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Atlas Culinaire · Grèce · Europe
Le beignet au miel qu'Aristophane voyait déjà vendre dans la rue, sous un nom venu de l'arabe
Il faut commencer par démonter une belle histoire, parce qu'elle est fausse, et que la vraie est meilleure.
LE PRIX DES JEUX OLYMPIQUES N'EXISTE PAS.
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Délayez la levure dans un peu d'eau tiède avec la cuillerée de miel. Versez-la sur la farine et le sel, puis ajoutez le reste de l'eau petit à petit en battant vigoureusement, jusqu'à obtenir une pâte épaisse et COULANTE, entre la pâte à crêpes épaisse et la pâte à pain très molle. Battez encore jusqu'à ce qu'elle devienne élastique et file.
Le pourquoiC'est la fluidité qui fait le loukoumas. Une pâte ferme donnera une boule dense ; une pâte coulante piège les bulles de gaz et cuit en formant un cœur creux, qui est précisément ce que le sirop viendra remplir. [Pâte battue jusqu'à devenir élastique, décrite comme épaisse et fluide, dans la recette d'Argyro Barbarigou.]
Couvrez le saladier d'un linge et laissez lever dans un endroit tiède, entre une heure et deux, jusqu'à ce que la pâte ait doublé et que sa surface soit couverte de grosses bulles épaisses.
Le pourquoiLe signe à guetter n'est pas seulement le volume mais les bulles. Une pâte qui a gonflé sans buller a encore du chemin à faire, et vous obtiendriez des beignets lourds. [Levée jusqu'au doublement et à l'apparition de grosses bulles épaisses, chez Argyro Barbarigou ; une à deux heures dans les autres recettes grecques.]
Chauffez une huile neutre dans une casserole haute, sur une profondeur d'au moins huit centimètres. Visez 170 à 175 degrés.
Le pourquoiLes températures publiées vont de 160 à 190 degrés, et l'écart n'est pas anodin. Trop bas, le beignet boit l'huile et ressort gras. Trop haut, il colore avant que le cœur soit cuit et reste cru dedans. Le milieu du faisceau est le bon compromis. [Fourchette relevée dans les recettes grecques et internationales, de 160 °C à 190 °C selon les auteurs ; aucune ne fait autorité seule.]
Mouillez-vous la main. Prenez une bonne poignée de pâte dans le poing et serrez : la pâte remonte entre le pouce et l'index en formant une boule. Coupez-la avec une cuillère mouillée et laissez-la tomber directement dans l'huile.
Le pourquoiC'est le geste de métier du plat, et il n'est pas décoratif : le poing dose et arrondit d'un seul mouvement, sans travailler la pâte ni chasser le gaz qu'elle contient. Une cuillerée simplement versée donne une forme irrégulière et plus dense. [Technique décrite par Argyro Barbarigou, la pâte pressée vers le haut entre le pouce et les autres doigts puis coupée à la cuillère.]
Faites frire par petites fournées, en les poussant doucement avec une écumoire pour qu'ils tournent, jusqu'à ce qu'ils soient dorés et gonflés, trois à quatre minutes. Égouttez sur une grille, pas sur du papier.
Le pourquoiUn loukoumas bien levé se retourne presque seul dans l'huile, parce qu'il est creux et déséquilibré. C'est le meilleur indice de réussite, et il se voit avant même la couleur. [Friture par petites fournées jusqu'à coloration dorée, trois à quatre minutes, dans les recettes grecques.]
Faites tiédir le miel de thym avec une cuillerée d'eau pour le rendre coulant, sans le faire bouillir. Versez-le généreusement sur les loukoumades encore brûlants.
Le pourquoiLe miel chauffé au-delà de quarante degrés perd ses arômes les plus fins, et bouilli il tourne au caramel. Tiède, il reste fluide, pénètre dans le cœur creux du beignet et garde son parfum de thym. [Miel de thym et service immédiat, chez Argyro Barbarigou ; les recettes au sirop de miel le préparent séparément et le laissent refroidir avant de le verser.]
Saupoudrez aussitôt de cannelle et de sésame grillé, ajoutez les noix concassées si vous en mettez, et servez dans la minute.
Le pourquoiLe sésame grillé et la cannelle ne sont pas une décoration : ils sont la finition canonique du loukoumadiko athénien depuis plus d'un siècle, et le sésame apporte le seul contraste de texture du plat. [Service saupoudré de sésame et de cannelle chez Ktistakis, maison fondée en 1912, et dans la recette d'Argyro Barbarigou.]
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L'autre grand dessert grec au miel, mais cuit au four et non frit, et lié à Noël quand le loukoumas n'a pas de saison. Ensemble, ils disent la place du miel dans la pâtisserie grecque, là où le nord de l'Europe met le sucre et le beurre.
Voir la recette →La branche la plus lointaine, et elle a un témoin : Ibn Battuta rencontre au XIVᵉ siècle en Inde un beignet frit au sirop appelé al-hashimi. Le voyage du luqmat al-qadi vers l'est est documenté par un homme qui l'a mangé.
Pas encore dans l'AtlasLe voisin qui a donné le mot. Λουκουμάς vient directement du turc ottoman lokma, la bouchée, attesté dans le lexique de Redhouse de 1890, et l'ancienne forme grecque lokmás en gardait la trace. En Turquie, le lokma se prépare en grande quantité quarante jours après un décès et se distribue aux voisins avec une prière pour le défunt.
Pas encore dans l'AtlasChypre a gardé une forme du mot plus proche du turc, lokmádes, comme le faisait l'ancien grec lokmás avant que le u ne s'installe dans le groupe km.
Pas encore dans l'AtlasLa bouchée du juge, et l'ancêtre documenté du mot autant que de la forme. Elle est décrite dès le XIIIᵉ siècle par al-Baghdadi dans les livres de cuisine abbassides, le même al-Baghdadi dont le Kitab al-Tabikh donne l'ancêtre de la moussaka. Elle apparaît dans les Mille et Une Nuits, et Ibn Battuta la rencontre au XIVᵉ siècle en Inde sous le nom d'al-hashimi.
Pas encore dans l'AtlasLe cousin italien, frit et sucré, dont le nom éclaire au passage celui des svingoi grecs. Les deux mots se ressemblent trop pour que ce soit un hasard, même si la filiation exacte reste discutée.
Pas encore dans l'AtlasLes branches levantines de la même famille, frites et trempées dans le sirop, servies notamment pendant le Ramadan. Le beignet au sirop est l'un des plats les plus voyageurs de la Méditerranée orientale.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre, et il est attesté au texte. Athénée, au livre XIV des Deipnosophistes, décrit les enkrides comme des gâteaux bouillis dans l'huile puis assaisonnés de miel, et les fait citer par Stésichore, Épicharme, Nicophon, Aristophane et Phérécrate. Chez les deux derniers, on les VEND et on les CHAPARDE dans la rue : le beignet au miel était déjà de la nourriture de trottoir à Athènes.
Pas encore dans l'AtlasLe même beignet, d'autres noms, une autre fête. Les Romaniotes de Ioannina font des lalangites et des svingoi, les Séfarades de Thessalonique ont apporté les leurs après 1492, et tous les frient pour Hanoukka, où l'huile honore le miracle du Temple. Thessalonique comptait plus de cinquante mille juifs avant la guerre et moins de mille après la Shoah : ces recettes se transmettent malgré tout.
Pas encore dans l'AtlasLe nom pontique du même beignet. Chaque communauté grecque en a gardé un : tsirihtá au Pont, lokmádes à Chypre, svingoi chez les juifs de Grèce. Le plat voyage moins que ses noms.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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