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Atlas Culinaire · Brésil · Nordeste
Le riz-totem du Piauí — carne de sol coupée menu et fondue dans le riz parfumé au colorau, poivron et oignon : un plat de vaqueiro né, dit-on, des cuisines de la fazenda de charque de Simplício Dias, baptisé du prénom de sa femme Maria Isabel
Le Maria Isabel porte DEUX controverses. L'ORIGINE DU NOM ET DU PLAT — plusieurs versions coexistent, rapportées par Wikipédia pt-BR et Agro20 : la version historique de l'écrivain piauiense Enéas Barros attribue l'origine à la fazenda de charque de Simplício Dias da Silva, riche commerçant et fazendeiro du littoral piauiense, le plat ayant été 'baptisé du nom de Maria Isabel, épouse du prestigieux seigneur' par les esclaves de la propriété ; une autre version raconte qu'une cuisinière coupa la carne de sol en petits morceaux pour la mélanger au riz afin que les femmes mangent aussi, 'car les hommes, le plus souvent vaqueiros, se servaient en premier et prenaient toute la viande' ; une troisième donne le nom des deux filles d'une cuisinière, Maria et Isabel. PIAUÍ VS MATO GROSSO — controverse géographique tranchée par les sources : si le Maria Isabel est unanimement un symbole de la gastronomie piauiense (Hotel Uchôa, Agro20, O Mundo em Lanches), la Wikipédia pt-BR le catalogue aussi comme 'comida típica do estado do Mato Grosso' (typique des festas de santo de Cuiabá, où il est dit 'arroz de pinicado'). L'ancrage piauiense reste le plus documenté et le plus revendiqué, le Piauí en faisant un emblème identitaire. URL adossée : https://pt.wikipedia.org/wiki/Maria-isabel
Le Maria Isabel se sert en plat unique du déjeuner, des almoços familiaux et des fêtes piauienses, souvent accompagné de paçoca de carne de sol et de vinagrete. Accord traditionnel : bière brésilienne glacée (Brahma, Antarctica) qui rafraîchit le salé de la carne de sol. Variante non-alcoolisée signature : suco de caju ou suco de bacuri (fruit-roi du Piauí et de l'Amazonie orientale), ou un suco de cajá acidulé qui contre le gras de la viande. Un guaraná glacé fait aussi l'affaire au déjeuner familial. Pour les versions banquet, un vin rouge léger et frais (Beaujolais, Tannat jeune rafraîchi). ÉVITER les vins blancs sucrés et les boissons trop tanniques qui durcissent la carne de sol.
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La veille, couper 500 g de carne de sol (ou charque) en morceaux et les plonger dans un grand volume d'eau froide. Dessaler 12 heures minimum au frais en changeant l'eau 6 fois. Cette étape est non-négociable : la carne de sol piauiense est très salée et un dessalage insuffisant rend le plat immangeable. Goûter un petit éclat rincé : il doit rester légèrement salé sans agresser. Égoutter.
Mettre la carne de sol dessalée dans une cocotte-minute avec de l'eau à hauteur et cuire 25 minutes sous pression jusqu'à tendreté. Égoutter, laisser tiédir, puis COUPER ou effilocher en TOUT PETITS morceaux — c'est la signature du Maria Isabel : la viande menue se fond dans chaque cuillerée de riz, à la différence d'un plat de viande en gros morceaux. C'est cette coupe fine qui, selon la légende, permit aux femmes de la fazenda de manger leur part.
Dans une grande panela, chauffer 30 mL de manteiga de garrafa (ou huile). Y faire dorer la carne de sol coupée jusqu'à coloration et léger croustillant sur les bords. Ajouter 1 oignon haché et 2 gousses d'ail, suer 3 min. Incorporer 5 g de colorau (urucum) qui teinte le gras en orangé profond, ainsi qu'une tomate en dés si désiré. Bien mélanger pour que tout s'imprègne du parfum de la viande dorée.
Ajouter 400 g de riz cru directement dans le refogado de carne et le nacrer 2-3 minutes en remuant, pour que chaque grain s'enrobe du gras parfumé et de l'umami de la carne de sol. Verser 800 mL d'eau bouillante (environ 1,5 volume pour 1 de riz), saler TRÈS légèrement après avoir goûté (la carne sale déjà). Porter à frémissement, baisser le feu, couvrir semi-fermé et cuire 18-20 min jusqu'à absorption complète de l'eau.
Quand l'eau est presque entièrement absorbée et le riz cuit mais encore un peu humide, incorporer le poivron vert (pimentão) coupé en petits dés et la pimenta-de-cheiro hachée. Mélanger délicatement, couvrir et laisser finir à feu très doux 3-4 minutes : le poivron doit rester légèrement croquant et parfumé, pas fondu. C'est la fraîcheur végétale qui équilibre le salé de la viande.
Couper le feu et laisser reposer la panela couverte 5 minutes. Ce repos permet au riz de finir de gonfler à la vapeur et aux grains de se détacher (ficar soltinho). Ne pas remuer pendant le repos — la vapeur fait le travail. La texture finale doit être un riz détaché, lustré d'orangé par le colorau, constellé de petits morceaux de carne de sol.
Aérer le riz à la fourchette (jamais à la cuillère qui l'écrase). Parsemer généreusement de cheiro-verde haché — cebolinha (ciboule) et coentro ou salsinha (coriandre ou persil). Goûter et rectifier le sel uniquement si nécessaire. Le Maria Isabel est prêt : un riz parfumé, orangé, ponctué de carne de sol, frais de poivron et d'herbes.
Servir le Maria Isabel chaud, en plat unique généreux du déjeuner. Au Piauí, on l'accompagne traditionnellement de paçoca de carne de sol (la version pilée et farinée) et d'un vinagrete (salade de tomate-oignon-poivron au vinaigre) qui apporte l'acidité fraîche. Une pimenta-de-cheiro à côté pour les amateurs. C'est le déjeuner-symbole de Teresina et du Sertão piauiense.
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