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Atlas Culinaire · Pérou · Amériques
Dans les communautĂ©s amazoniennes du PĂ©rou, on vous tend un bol de masato blanchĂątre au premier regard â refuser, c'est refuser l'amitiĂ© elle-mĂȘme.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
SĂ©lectionner des tubercules de yuca dulce bien fermes, sans marbrures sombres ni zones spongieuses â une yuca abĂźmĂ©e fermente de façon erratique et peut dĂ©velopper des moisissures indĂ©sirables. Ăplucher entiĂšrement en retirant les deux couches : la peau brune extĂ©rieure et la pellicule rose-violacĂ©e interne (cette seconde couche, souvent nĂ©gligĂ©e, contient des concentrations plus Ă©levĂ©es de linamarine, prĂ©curseur d''HCN mĂȘme dans la yuca dulce). Couper les tubercules en tronçons de 8â10 cm pour uniformiser la cuisson. L''odeur Ă ce stade doit ĂȘtre neutre, lĂ©gĂšrement terrĂ©e, jamais acide â une odeur fermentĂ©e avant cuisson indique une yuca trop vieille.
Plonger les morceaux de yuca dans une grande quantitĂ© d''eau froide non salĂ©e et porter Ă Ă©bullition vive. Maintenir l''Ă©bullition franche pendant 20â30 minutes jusqu''Ă ce qu''un couteau s''enfonce sans rĂ©sistance au cĆur du tubercule : la chair doit s''effondrer presque d''elle-mĂȘme. Ă ce stade, un fil fibreux central (la « vena ») apparaĂźt bien visible â c''est normal et il faudra le retirer entiĂšrement lors du broyage. La cuisson complĂšte est non nĂ©gociable : elle dĂ©truit les glycosides cyanogĂ©niques rĂ©siduels et gĂ©latinise l''amidon, le rendant accessible aux enzymes de fermentation. L''eau de cuisson sera jetĂ©e (elle concentre les impuretĂ©s).
Ăgoutter la yuca cuite et retirer immĂ©diatement les fils fibreux centraux Ă la main pendant que c''est encore chaud â ils durcissent en refroidissant et deviendraient impossibles Ă filtrer aprĂšs fermentation. Ăcraser la chair chaude au pilon dans un mortier traditionnel (batĂĄn de madera) ou au presse-purĂ©e, en travaillant Ă©nergiquement : l''objectif est une pĂąte absolument lisse, sans grumeaux, qui s''Ă©tale facilement. Dans les communautĂ©s amazoniennes, c''est le stade oĂč certaines femmes effectuent la mastication traditionnelle â quelques bouchĂ©es de pĂąte mĂąchĂ©es quelques secondes et recrachĂ©es dans la masse inoculent l''amylase salivaire. Dans la version moderne : incorporer la chancaca rĂąpĂ©e et Ă©ventuellement les Ă©pluchures d''ananas (agent levain) Ă la pĂąte encore chaude et bien mĂ©langer. La pĂąte finale doit avoir la consistance d''une purĂ©e de pommes de terre Ă©paisse.
Dans un rĂ©cipient en terre cuite (olla de barro) ou, Ă dĂ©faut, un grand saladier en verre ou plastique alimentaire (Ă©viter l''inox qui peut inhiber certaines souches de levures), dĂ©layer progressivement la pĂąte de yuca dans l''eau bouillie refroidie Ă 30 °C â verser l''eau par tiers en remuant vigoureusement Ă chaque ajout pour obtenir un liquide homogĂšne sans caillots. La consistance finale avant fermentation doit ressembler Ă du lait Ă©pais lĂ©gĂšrement grumeleux : ni trop liquide (fermentation trop rapide et alcool excessif), ni trop Ă©paisse (fermentation bloquĂ©e au centre). Ajouter les Ă©ventuels arĂŽmes (anis, cannelle) Ă ce stade. Le pH initial est neutre Ă lĂ©gĂšrement acide.
Couvrir la jarre d''un tissu propre (jamais d''un couvercle hermĂ©tique â le COâ doit s''Ă©chapper) et placer dans un endroit chaud, idĂ©alement 28â32 °C, tempĂ©rature ambiante de l''Amazonie pĂ©ruvienne. Remuer doucement toutes les 8â12 heures avec une spatule en bois propre pour homogĂ©nĂ©iser la fermentation. Ă 24 h : lĂ©gĂšre mousse blanchĂątre en surface, odeur aigre-douce naissante â c''est le masato « tierno » ou « joven », peu alcoolisĂ© (â 1 % vol.), idĂ©al pour les enfants et les anciens selon la tradition Shawi. Ă 48 h : mousse plus active, arĂŽme lactĂ©-acidulĂ© prononcĂ©, alcool â 2â3 % vol. â c''est le masato standard de consommation courante. Ă 72 h+ : masato bravo, alcool â 4â5 % vol., rĂ©servĂ© aux cĂ©lĂ©brations et rites de passage dans les communautĂ©s.
Une fois la fermentation atteint le niveau souhaitĂ©, filtrer le masato Ă travers une passoire fine ou un tissu de coton propre pour retenir les fibres rĂ©siduelles et les gros grumeaux. Dans les versions traditionnelles, cette Ă©tape est parfois omise et le masato est servi avec sa texture Ă©paisse naturelle â c''est le « masato sin colar » que prĂ©fĂšrent les anciens. Ajuster la consistance en ajoutant de l''eau bouillie froide si trop Ă©pais. GoĂ»ter et rectifier : le masato doit ĂȘtre lĂ©gĂšrement aigre, doux, avec une lĂ©gĂšre effervescence sur la langue. Si trop acide, diluer davantage. Ajouter la pincĂ©e de sel si dĂ©sirĂ©.
Servir le masato Ă tempĂ©rature ambiante ou lĂ©gĂšrement frais (jamais avec glaçons qui tuent la fermentation active et diluent les arĂŽmes) dans un bol en cĂ©ramique ou un coui (calebasse) traditionnellement sculptĂ©. Dans le protocole d''hospitalitĂ© amazonien documentĂ© par l''anthropologue Jason Urquhart (CAAAP, 2019), c''est la maĂźtresse de maison qui sert la premiĂšre tournĂ©e â offrir du masato Ă un visiteur prĂ©cĂšde tout Ă©change verbal : c''est le signe d''ouverture et de bienvenue. Refuser est une offense sĂ©rieuse, interprĂ©tĂ©e comme un manque de confiance ou de respect. Le masato se boit Ă petites gorgĂ©es lentes, jamais cul-sec. Il accompagne naturellement le tacacho (banane plantain Ă©crasĂ©e au lard), le juane (riz et poulet en feuille de bijao) ou tout poisson grillĂ© amazonien.
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Sourcer ou se taire
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