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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Le hareng du solstice : filets doux et Ă©picĂ©s, crĂšme acidulĂ©e, ciboulette et pommes de terre nouvelles â le seul plat sans lequel un midsommar suĂ©dois n'existe pas.
« Matjes » vient du nĂ©erlandais maatjesharing, lui-mĂȘme issu de maagdenharing, le « hareng vierge » â un hareng pĂȘchĂ© AVANT qu'il n'ait fait ses Ćufs, jeune, gras et sexuellement immature.
Or la fiche que le Jordbruksverket consacre au matjessill de KlĂ€desholmen indique que le poisson employĂ© est du hareng de mer du Nord SEXUELLEMENT MĂR (könsmogen nordsjösill), complĂ©tĂ© de hareng de RĂŒgen et de hareng atlanto-scandien, sĂ©lectionnĂ© sur la taille et la teneur en gras.
Autrement dit, le matjessill suédois industriel n'est plus, au sens strict, un matjes.
Le deuxiĂšme Ă©cart est chromatique et aromatique : le matjes nĂ©erlandais est salĂ©, franchement marin et peu Ă©picĂ©, quand le suĂ©dois est doux, Ă©picĂ© et ROUGE â la WikipĂ©dia suĂ©doise attribue cette couleur au bois de santal pulvĂ©risĂ© (sandeltrĂ€) associĂ© Ă la cannelle, dans une saumure d'eau, de vinaigre et d'acide acĂ©tique parfumĂ©e au piment de la JamaĂŻque, au clou de girofle et Ă l'aneth.
Le mélange exact reste un secret d'entreprise, le Jordbruksverket le note explicitement.
TroisiÚme point : l'ancienneté revendiquée.
KlĂ€desholmen Seafood fait remonter ses traditions Ă 1594 et la pĂȘche y est effectivement Ă©conomiquement structurante depuis le XVIá” siĂšcle, avec un apogĂ©e au XVIIIá” ; mais la production de matjessill sur l'Ăźle n'a commencĂ© que dans les annĂ©es 1950, et la WikipĂ©dia suĂ©doise date l'arrivĂ©e du matjes en SuĂšde du dĂ©but du XXá” siĂšcle.
Un produit vieux de soixante-dix ans portĂ© par une maison vieille de quatre siĂšcles : les deux affirmations sont vraies, elles ne parlent simplement pas de la mĂȘme chose.
Enfin, une demande d'indication géographique protégée a été déposée auprÚs de l'Union européenne pour le matjessill de KlÀdesholmen ; à la date de rédaction, aucune source consultée ne confirme son octroi.
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Brosser les pommes de terre nouvelles sans les peler, les mettre Ă l'eau froide salĂ©e avec une grosse branche d'aneth et porter Ă frĂ©missement. Compter quinze Ă vingt minutes selon le calibre, jusqu'Ă ce qu'une pointe de couteau entre sans forcer. La peau d'une fĂ€rskpotatis de juin se gratte Ă l'ongle avant cuisson et devient soyeuse aprĂšs : c'est le signe qu'elle est vraiment nouvelle. Ăgoutter et servir chaudes, sans les peler. La cible est une pomme de terre fondante qui garde sa forme. Si elles sont plus grosses, les couper en deux plutĂŽt que d'allonger la cuisson, qui ferait Ă©clater les petites.
Le pourquoiLes composĂ©s aromatiques de l'aneth sont volatils et hydrosolubles ; ils passent dans l'eau et parfument la pomme de terre par sa peau pendant la cuisson, mais ils se dĂ©gradent au-delĂ de quelques minutes d'Ă©bullition â d'oĂč l'aneth de cuisson et l'aneth de service, qui ne font pas le mĂȘme travail.
Sortir le matjessill du réfrigérateur vingt minutes avant de servir, ouvrir la boßte et poser les filets sur une grille au-dessus d'une assiette pour qu'ils s'égouttent sans macérer dans leur saumure. Ne PAS rincer : la saumure épicée au piment de la Jamaïque, à la cannelle, au clou de girofle et à l'aneth est exactement ce qu'on achÚte. Les filets doivent devenir brillants et souples, d'un rose-brun soutenu que la Wikipédia suédoise attribue au bois de santal pulvérisé. La cible est un filet tempéré, égoutté, qui sent les épices avant de sentir le poisson. Si l'on doit servir un buffet long, garder les filets au froid et n'en tempérer qu'une partie à la fois.
Le pourquoiLa perception des composĂ©s aromatiques dĂ©pend fortement de leur volatilitĂ©, elle-mĂȘme fonction de la tempĂ©rature : sous cinq degrĂ©s, les aldĂ©hydes et les terpĂšnes de la cannelle, du girofle et de l'aneth restent quasiment immobiles, et le produit paraĂźt muet.
Pour la version qu'a popularisée KlÀdesholmen, disposer les pommes de terre chaudes sur un grand plat et les écraser grossiÚrement à la fourchette, sans les réduire en purée : on veut des morceaux et des reliefs qui retiendront le beurre. Faire fondre le beurre à feu moyen jusqu'à ce qu'il mousse, que la mousse retombe et qu'il sente la NOISETTE, puis le verser brûlant sur les pommes de terre écrasées. L'odeur qui monte à ce moment est celle du plat entier. La cible est une couche de pommes de terre irréguliÚres, dorées par le beurre. Si le beurre a noirci, le jeter et recommencer : entre noisette et brûlé, il n'y a qu'une vingtaine de secondes.
Le pourquoiLe beurre noisette naĂźt de la rĂ©action de Maillard entre les protĂ©ines lactiques et le lactose rĂ©siduel une fois l'eau Ă©vaporĂ©e, autour de cent cinquante degrĂ©s ; les composĂ©s formĂ©s â dont des pyrazines â donnent l'arĂŽme de noisette. Au-delĂ de cent soixante-dix, ils se dĂ©gradent en composĂ©s amers.
Sur les pommes de terre Ă©crasĂ©es et beurrĂ©es, rĂ©partir les filets de matjessill Ă©gouttĂ©s et coupĂ©s en tronçons, puis des cuillerĂ©es de crĂšme acidulĂ©e, l'oignon rouge ciselĂ© si l'on en met, et une pluie gĂ©nĂ©reuse de ciboulette et d'aneth. Poivrer au moulin. Disposer autour les quartiers d'Ćufs durs. La cible est un plat oĂč l'on voit chaque Ă©lĂ©ment : le rose du hareng, le blanc de la crĂšme, le vert des herbes. Rien n'est mĂ©langĂ© â c'est un plat de composition, chacun prenant ce qu'il veut. Si la crĂšme acidulĂ©e est trop ferme pour se rĂ©partir, la dĂ©tendre d'une cuillerĂ©e de lait, jamais d'eau.
Le pourquoiL'acide lactique de la crÚme acidulée tranche le sucre et le sel de la marinade et relance la salivation ; c'est le contrepoint qui rend supportable une préparation aussi sucrée-salée, et c'est pourquoi il est indissociable du matjes dans tout le répertoire suédois.
Porter le plat Ă table avec du knĂ€ckebröd, du beurre, un fromage affinĂ©, la biĂšre froide et l'aquavit glacĂ© en petits verres. On mange le matjessill par petites bouchĂ©es, avec de la pomme de terre, de la crĂšme et de la ciboulette Ă chaque fois. La cible est un plat qui tient une heure sur la table sans se dĂ©faire â la crĂšme et les herbes se posent au dernier moment justement pour cela. Si le repas doit durer, prĂ©voir un deuxiĂšme plat montĂ© au frais qu'on sortira Ă mi-parcours plutĂŽt que de recharger celui qui est Ă table.
Le pourquoiUn alcool trÚs froid anesthésie partiellement les récepteurs de la bouche et coupe la sensation de gras et de sel ; c'est la fonction physiologique du snaps sur une table de hareng, et non un simple usage festif.
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Sourcer ou se taire
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