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Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
Le faux-fruit rouge ou jaune du merey, pressé de son jus astringent, confit au papelón puis séché jusqu'à devenir une pùte ambrée : le dulce oublié du Sud vénézuélien
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
DĂ©tachez la noix â cette petite excroissance en forme de rein Ă l'extrĂ©mitĂ© du faux-fruit â et Ă©cartez-la, en portant des gants. La coque du cajou contient une huile caustique proche de celle du sumac vĂ©nĂ©neux, qui provoque de vĂ©ritables brĂ»lures cutanĂ©es. Les noix se traitent sĂ©parĂ©ment, par grillage, pour faire le turrĂłn ou le mazapĂĄn : ne les jetez pas, mais ne les manipulez pas Ă mains nues.
Lavez les faux-fruits et pressez-les fermement Ă la main, un Ă un, au-dessus d'un rĂ©cipient, pour en extraire une bonne partie du jus. Ce jus est trĂšs abondant et trĂšs astringent : c'est lui qui rĂąpe la langue. Gardez-le de cĂŽtĂ©, il donnera un excellent sirop rĂ©duit. Les fruits pressĂ©s sont aplatis, spongieux, nettement moins juteux â c'est exactement l'Ă©tat recherchĂ©.
Plongez les fruits pressĂ©s dans l'eau bouillante et laissez blanchir dix minutes, puis Ă©gouttez et JETEZ cette eau, qui aura emportĂ© encore une partie des tanins. Rincez briĂšvement. Les fruits sont maintenant assouplis et nettement moins astringents. GoĂ»tez un morceau : il doit ĂȘtre franchement acide et fruitĂ©, avec seulement une pointe d'astringence rĂ©siduelle.
Portez le papelĂłn, l'eau, les bĂątons de cannelle et les clous de girofle Ă Ă©bullition dans une grande marmite Ă fond Ă©pais, en remuant jusqu'Ă dissolution complĂšte, puis laissez frĂ©mir dix minutes. Ajoutez le jus de citron, qui empĂȘche la cristallisation et apporte un contrepoint Ă l'astringence rĂ©siduelle. Retirez les Ă©pices entiĂšres.
Plongez les fruits blanchis dans le sirop et laissez confire Ă feu TRĂS doux, Ă dĂ©couvert, environ trois heures. Ne remuez pas Ă la cuillĂšre : secouez la marmite de temps en temps, les fruits ramollis se dĂ©chirent au moindre contact. Ils foncent, deviennent translucides et le sirop rĂ©duit et s'Ă©paissit. C'est une cuisson longue et paisible qu'il ne faut surtout pas presser.
Sortez délicatement les fruits confits à l'écumoire et disposez-les sur des claies ou des plateaux, sans les superposer. Récupérez le sirop restant, qui est délicieux et servira à arroser le dulce ou à sucrer autre chose. Laissez les fruits égoutter une heure : ils doivent cesser de goutter avant d'entamer le séchage.
Faites sĂ©cher les fruits au soleil, sur claies, Ă l'abri des insectes sous un voile ou une moustiquaire â les fruits sucrĂ©s les attirent immĂ©diatement. Comptez deux Ă trois jours selon la chaleur, en les retournant matin et soir, et en les rentrant la nuit si l'humiditĂ© monte. C'est ce sĂ©chage qui donne le mot *pasao* : le fruit est passĂ©, sĂ©chĂ©, concentrĂ©.
Rangez les merey pasao en boĂźte hermĂ©tique, sĂ©parĂ©s par du papier sulfurisĂ© : ils se conservent plusieurs mois. Servez-les tels quels, un ou deux par personne, Ă©ventuellement arrosĂ©s du sirop de confisage rĂ©servĂ©, avec un cafĂ© noir. C'est un dulce de garde et de cadeau, aujourd'hui menacĂ© â El EstĂmulo le qualifie de « dulce oubliĂ© du Sud », et le prĂ©parer est dĂ©jĂ un acte de conservation.
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Sourcer ou se taire
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