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Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
Un sofrito d'oignon, d'ajĂ dulce et de tomate noyĂ© de suero, liĂ© aux Ćufs sans jamais les laisser prendre : la sauce dans laquelle Trujillo trempe son arepa depuis toujours
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Hachez l'oignon trĂšs fin, ouvrez et Ă©mincez les ajĂ dulce en retirant les graines, hachez les tomates. Battez les Ćufs dans un bol Ă part et posez-le Ă portĂ©e de main. Ce plat va trĂšs vite et ne pardonne pas les hĂ©sitations : Ă partir du moment oĂč le suero entre dans la poĂȘle, vous ne quitterez plus la cuillĂšre. Tout doit donc ĂȘtre prĂȘt et Ă portĂ©e avant d'allumer le feu.
Chauffez l'huile Ă feu moyen et faites suer l'oignon hachĂ© quatre Ă cinq minutes jusqu'Ă transluciditĂ©. Ajoutez les ajĂ dulce et l'ail si vous en mettez, et poursuivez trois minutes : la poĂȘle doit embaumer franchement le parfum vĂ©gĂ©tal et doux de l'ajĂ, sans que rien n'ait bruni. C'est cette base, minuscule mais essentielle, qui donne au mojo son goĂ»t vĂ©nĂ©zuĂ©lien et pas simplement crĂ©meux.
Ajoutez les tomates hachĂ©es et laissez cuire cinq Ă six minutes Ă dĂ©couvert, en Ă©crasant Ă la cuillĂšre, jusqu'Ă ce qu'elles se dĂ©fassent et que le mĂ©lange perde son eau. Le sofrito doit ĂȘtre une pĂąte brillante, pas une soupe : toute l'eau restante diluerait la liaison Ă venir et donnerait un mojo liquide. Ăcrasez bien pour qu'il ne reste pas de gros morceaux.
Baissez le feu au minimum et versez le suero en remuant constamment. Le mĂ©lange doit chauffer sans jamais frĂ©mir : le suero est un produit lactique acide et il tranche instantanĂ©ment Ă l'Ă©bullition. Laissez-le monter doucement en tempĂ©rature deux Ă trois minutes, jusqu'Ă ce qu'il soit chaud au doigt mais qu'aucune bulle n'apparaisse. Ă ce stade, ajoutez la protĂ©ine choisie si vous en mettez â chicharrĂłn ou thon.
COUPEZ LE FEU. Versez les Ćufs battus en filet tout en remuant Ă©nergiquement et sans discontinuer. La chaleur rĂ©siduelle de la poĂȘle suffit Ă les lier : en une minute, le mĂ©lange Ă©paissit et devient crĂ©meux, nappant. C'est le geste exact que dĂ©crivent les sources trujillanas â « se apaga y se sigue revolviendo constantemente para que no se corte y quede cremoso ». Si le mĂ©lange prend trop vite, posez la poĂȘle sur un linge humide dix secondes.
Ajoutez la branche de cilantro entiĂšre et remuez encore trente secondes hors du feu. Le cilantro parfume la sauce chaude sans cuire â c'est la signature aromatique andine du mojo. Certaines maisons la retirent avant de servir, d'autres la laissent : les deux se font. GoĂ»tez et rectifiez le sel seulement maintenant, en tenant compte de celui du suero.
Versez le mojo brĂ»lant dans un bol de service et posez-le au centre de la table avec les arepas fendues. On trempe, on ramasse, on recommence â c'est ainsi que Trujillo mange son petit-dĂ©jeuner, et c'est prĂ©cisĂ©ment ce geste partagĂ© qui fait dire aux Trujillanos que le mojo est plus une identitĂ© qu'une recette. La texture doit ĂȘtre celle d'une crĂšme Ă©paisse, jamais celle d'une omelette.
Le mojo se mange dans la foulĂ©e. Ce qui reste se garde un jour au rĂ©frigĂ©rateur mais ne se rĂ©chauffe qu'au bain-marie trĂšs doux, en remuant : au feu direct ou au micro-ondes, les Ćufs finissent de coaguler et la sauce devient granuleuse. Beaucoup de foyers trujillanos le mangent d'ailleurs froid le lendemain, tartinĂ© sur l'arepa, et ne s'en portent pas plus mal.
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Sourcer ou se taire
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