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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le ravioli que tout Tibétain cite en premier — et que trois idées reçues abîment : sa pâte n'est pas levée, son jus ne vient pas d'un bouillon ajouté, et il n'est pas le plat du nouvel an tibétain.
L'ÉTYMOLOGIE D'ABORD.
La version popularisée veut qu'une princesse néware, épouse d'un roi tibétain, ait introduit le momo au XVe siècle — thèse relayée par Alisha Sijapati dans The Kathmandu Post en septembre 2016.
L'article 馍馍 de la Wikipédia en chinois lui oppose une dérivation directe de l'homophone chinois 馍馍, qui désigne dans les parlers du Nord-Ouest un pain de froment cuit à la vapeur, et adosse la profondeur historique des raviolis de la région à l'étude archéobotanique de Chen T.
et Wu Y.
et al.
(2012) sur les restes alimentaires d'Astana.
La datation courante est de toute façon intenable : la seule reine néware documentée d'un roi tibétain, Bhrikuti, appartient au VIIe siècle, pas au XVe.
LA PÂTE ENSUITE, et c'est le point décisif pour qui cuisine.
Le gouvernement populaire de la préfecture de Shannan (山南市人民政府) tranche en toutes lettres dans sa fiche du 31 décembre 2019 : le 藏包 est un « 灌汤死面包子 », un ravioli à bouillon de pâte MORTE, c'est-à-dire non levée, et la farce de yak gras est réduite en pâte « 边剁边加水 », en ajoutant l'eau au fur et à mesure du hachage.
Cela exclut formellement l'assimilation au baozi han, qui est levé, et désigne l'eau incorporée au couteau — et non un bouillon gélifié ajouté à la façon du xiaolongbao de Shanghai — comme la source du jus.
LE RITUEL ENFIN.
Contre une idée très répandue dans la presse gastronomique, Lobsang Wangdu, Tibétain né à Lhassa, documente que les momos ne sont PAS traditionnellement servis au Losar, leur forme close étant tenue par certains pour inauspicieuse.
Sources adossées : http://www.shannan.gov.cn/zjsn/snly/tsms/201912/t20191231_50381.html et https://www.yowangdu.com/tibetan-food/momos-tibetan-dumplings.html
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Mêler la farine et le sel, verser l'eau en trois fois en ramenant la farine du bord vers le centre, puis pétrir à la main huit à dix minutes. La pâte doit devenir franchement souple et lisse — pas élastique et tendue comme une pâte à pain, mais docile, cédant sous la pression sans se déchirer. Il n'y a ni levure ni levain, et il n'y en aura pas : c'est une pâte morte, et sa qualité vient uniquement du pétrissage et de l'hydratation. Couvrir d'un bol retourné ou d'un linge humide et laisser reposer trente minutes. Si la pâte reste dure et cassante au terme du repos, le diagnostic est toujours l'un des deux mêmes : pétrissage écourté, ou eau comptée trop chichement au départ. Dans les deux cas, mouiller les mains et repétrir cinq minutes rattrape la situation.
Le pourquoiSans levure, aucun gaz ne viendra assouplir la mie : la seule élasticité disponible est celle du réseau de gluten développé au pétrissage, puis détendu au repos. C'est pourquoi le pétrissage est ici plus long que pour une pâte levée, où la fermentation fait une partie du travail.
C'est l'étape qui fait le plat, et il faut y consacrer le temps qu'elle demande. Poser la viande sur une planche et la hacher au couteau lourd, en croisant les passages, jusqu'à ce qu'elle se réduise en pâte. Toutes les deux ou trois minutes, verser une cuillerée d'eau froide sur la viande et continuer de hacher : l'eau disparaît dans la trame de la viande, absorbée, et le hachis devient progressivement plus clair, plus brillant, plus souple. Compter cent vingt millilitres au total pour quatre cent cinquante grammes, incorporés en huit ou dix fois — jamais d'un coup, sinon l'eau reste en flaque sur la planche au lieu d'entrer dans la viande. Incorporer en fin de hachage la ciboule, le gingembre et le sel, en quantités mesurées. La farce finie doit tomber lourdement de la cuillère sans couler, et briller. Si elle rend de l'eau au repos, c'est qu'elle en a reçu trop vite : la travailler à la main trois minutes de plus la relie.
Le pourquoiLe hachage libère les protéines myofibrillaires, myosine en tête, qui forment un gel capable de retenir l'eau ajoutée ; incorporée par petites doses, celle-ci est piégée dans ce réseau et ne ressortira qu'à la chaleur, sous forme de bouillon.
Diviser la pâte en deux, garder une moitié sous le bol. Rouler l'autre en boudin, détailler des morceaux de la taille d'une noix, les écraser à la paume puis les abaisser au rouleau en disques de la largeur d'une paume, soit une dizaine de centimètres. L'épaisseur se norme par la négative : le disque ne doit pas être translucide au point qu'on voie la planche à travers, ni épais et raide. Le momo tibétain assume une pâte plus épaisse que le momo népalais et bien plus qu'un ravioli cantonais — on ne cherche pas la transparence, on cherche une enveloppe qui tiendra un jus bouillant. Un tour de main efficace consiste à abaisser en tournant le disque d'un quart de tour à chaque passage, et à laisser le centre légèrement plus épais que les bords : le centre porte le poids de la farce, les bords doivent pouvoir se plisser.
Le pourquoiUn bord plus fin que le centre se plisse sans former de bourrelet de pâte crue au sommet, là où les épaisseurs s'additionnent — c'est la zone qui reste pâteuse quand tout le reste est cuit.
Poser un disque sur la paume creusée, déposer au centre une bonne cuillerée à soupe de farce, puis remonter le bord entre le pouce et l'index en formant des plis successifs que l'on ramène vers un point central, en tournant la pièce dans la main. Aucune source n'impose un nombre canonique de plis, et il ne faut pas transposer les dix-huit plis du xiaolongbao de Nanxiang, qui appartiennent à une autre culture : on plisse jusqu'à faire le tour. Une divergence documentée mérite en revanche d'être connue — la fiche officielle de Shannan prescrit de laisser un petit orifice au sommet du pinçage (包捏结合处留小口), là où la pratique domestique tibétaine ferme complètement. L'orifice laisse s'échapper la vapeur excédentaire et limite les éclatements ; la fermeture close retient davantage de jus. Les deux se défendent, et le débutant a tout intérêt à commencer par l'orifice. La demi-lune pliée en deux puis plissée sur l'arc est l'autre forme attestée, plus rapide et tout aussi légitime.
Le pourquoiLes plis ne sont pas décoratifs : ils épaississent le sommet, précisément la zone où la pression interne de vapeur est maximale, et transforment une soudure en une série de verrous successifs.
Porter à ébullition franche l'eau du wok ou de la casserole qui portera le panier : la vapeur doit être déjà dense au moment où les momos entrent, sinon la pâte ramollit avant de coaguler et colle irrémédiablement. Huiler au pinceau ou à la main le fond du panier, ou tapisser de feuilles de chou ou de papier cuisson perforé — c'est le support qu'on huile, pas les pièces. Disposer les momos en laissant deux bons centimètres entre eux : la pâte gonfle légèrement et deux momos qui se touchent fusionnent puis se déchirent quand on les sépare. Un panier de bambou à deux ou trois étages permet de cuire toute la fournée d'un coup, et le bambou a l'avantage d'absorber la condensation du couvercle, là où un couvercle métallique la renvoie en gouttes sur les pièces.
Le pourquoiL'amidon de la pâte gélatinise vers soixante-dix degrés et devient collant avant de se stabiliser ; une montée en température lente prolonge la fenêtre de collage, une vapeur déjà dense la traverse vite.
Couvrir et compter dix minutes à partir de la reprise de la vapeur, sans jamais soulever le couvercle en cours de route — chaque levée fait chuter la température et allonge la cuisson d'autant. La pâte passe du blanc mat et farineux au blanc satiné et légèrement translucide sur les zones fines, tout en restant opaque : un momo tibétain n'a jamais la transparence d'un har gow, sa pâte est trop épaisse pour cela. À l'ouverture, la fiche du gouvernement de Shannan décrit le rendu d'un mot juste : les pièces se présentent « 状如莲花 », en forme de fleur de lotus, les plis s'étant ouverts vers l'extérieur sous la poussée de la vapeur. Ce n'est pas une image décorative mais un repère de réussite. Sortir immédiatement les momos du panier : laissés dedans, ils continuent de transpirer, détrempent leur fond et collent au bambou.
Le pourquoiDix minutes suffisent parce que la farce a été réduite en pâte fine : la chaleur y pénètre bien plus vite que dans un hachis grossier, et la viande de yak, maigre en fibres malgré son gras, cuit court.
Les momos se mangent brûlants, dans la minute qui suit le panier, et se tiennent à la main au-dessus du bol : un momo réussi mouille la main quand on le mord, et c'est précisément le signe qu'il est réussi. La méthode locale consiste à croquer un petit trou sur le flanc, aspirer le bouillon, puis manger le reste — sans quoi le premier jus, très chaud, part sur les doigts. Servir le sepen dans un bol commun, à part et jamais versé dessus : le condiment de tomate, piment et ail apporte la brûlure que la farce, salée et rien de plus, ne porte pas. Accompagner de thé au beurre salé ou de thé clair. Les momos qui restent se réchauffent à la vapeur cinq minutes, jamais au micro-ondes, qui les rend caoutchouteux ; le lendemain, la version poêlée à la poêle sèche, dorée sur une face, est un usage domestique courant et parfaitement légitime.
Le pourquoiLe jus intérieur se réabsorbe partiellement dans la farce en refroidissant et la pâte se raffermit ; servi tiède, le momo perd le contraste entre enveloppe tendue et bouillon libre qui fait tout son intérêt.
La même pâte et le même geste ouvrent une petite famille qu'il faut nommer correctement, car les sources institutionnelles les distinguent formellement. Le mothuk est le momo servi noyé dans un bouillon, et il se façonne en pièces allongées dites tsi-tsi momo, « en souris », plus petites et faites pour la cuillère. Le chura momo se farcit de fromage tibétain et d'épinards, le shamey momo de légumes, le cha sha momo de poulet — pour toutes ces farces végétales, il faut impérativement précuire les champignons et le tofu et éponger les légumes, faute de quoi l'eau qu'ils rendent détrempe la pâte de l'intérieur et fait éclater les pièces. En revanche, ne pas ranger sous le nom de momo deux plats voisins que le Centre de recherche en tibétologie de Chine liste séparément : le 夏帕勒 (sha-bag-leb) est une galette de viande poêlée, et le 索冈比希 (gsol-rkang-pi-shi) est le momo FRIT à la poêle, qui est un objet distinct du répertoire.
Le pourquoiLes légumes crus contiennent jusqu'à quatre-vingt-dix pour cent d'eau, libérée d'un coup à la vapeur ; la viande, elle, retient l'eau dans son gel protéique. D'où l'obligation de précuire les farces végétales que la farce carnée ne connaît pas.
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Sourcer ou se taire
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