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Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
La soupe-remède du Venezuela — panza et pied de bœuf longuement attendris, pois chiches, tubercules et sofrito d'ají dulce ; « lève les morts », dit-on, parfaite pour les lendemains de fête et les jours de pluie
Le mondongo appartient à la grande famille des soupes de tripes que l'Europe méditerranéenne — les *callos* espagnols, la *trippa* italienne — a portées jusqu'aux Amériques à l'époque coloniale, où le gras-double bon marché nourrissait les tables modestes. Au Venezuela, le plat s'est surtout enraciné dans les Andes, au Táchira, au point d'y porter un autre nom : les folkloristes rappellent que le mot *mondongo* y est d'usage récent et que le plat s'appelait d'abord *mute* — le même *mute santandereano* que l'on cuisine de l'autre côté de la frontière colombienne. Longuement mijoté avec pois chiches, tubercules et courge, coloré à l'onoto, il est devenu la soupe du dimanche et des lendemains difficiles : on lui prête la vertu de « lever les morts » et de guérir n'importe quelle grippe. Plat-remède autant que plat de fête, il se sert brûlant, relevé de cilantro et, dans les Andes, d'un trait de citron vert pressé à table.
Plusieurs débats, tous réels, entourent le mondongo vénézuélien.
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Nettoyer les abats — Frotter citron et sel, la veille — La veille, nettoyer scrupuleusement la panza et la pata de res : rincer abondamment, puis frotter chaque morceau avec du gros sel et la chair de citrons verts coupés pour ôter toute impureté et odeur. Selon recetas-venezolanas.com, on recommande de 'frotar la panza con limones' un jour avant. Rincer, couvrir d'eau citronnée et réfrigérer une nuit. C'est l'étape qui fait ou défait le mondongo.
Le pourquoiLe gras-double et le pied de bœuf portent une odeur tenace d'étable et un mucus visqueux. Le gros sel abrasif décroche mécaniquement ces résidus, tandis que l'acide du citron neutralise les composés odorants. Un abat mal dégorgé parfume tout le bouillon final : ce travail de la veille ne se rattrape pas ensuite.
Blanchir et démarrer la cuisson — Première eau jetée, abats au pot — Le jour même, tailler la panza (et la tripe si utilisée) en petits carrés réguliers. Plonger les abats dans une grande marmite d'eau bouillante salée et citronnée, laisser bouillir 10 minutes, puis **jeter cette première eau** : elle emporte les dernières impuretés et l'odeur. Remettre les abats et la pata dans la marmite propre, couvrir d'eau fraîche et porter à frémissement avec laurier et tiges de cilantro.
Le pourquoiCette première ébullition fait remonter le sang résiduel, l'écume grise et les dernières odeurs. En jetant l'eau, vous partez ensuite sur un bouillon clair et net plutôt que trouble et fort en goût d'abat.
Cuire les abats longuement — Trois à quatre heures de patience — Laisser mijoter les abats à couvert, à feu doux, pendant **3 à 4 heures**, jusqu'à ce que la panza soit fondante et la pata gélatineuse. Écumer la mousse qui monte au début. Ajouter les pois chiches égouttés à mi-cuisson (après ≈1h30) pour qu'ils cuisent sans se déliter. Le bouillon prend du corps grâce au collagène de la pata : c'est ce qui lui donne sa texture nourrissante caractéristique.
Le pourquoiLa panza est un muscle très riche en collagène. Seules de longues heures à petit frémissement transforment ce tissu coriace en gélatine fondante ; c'est ce même collagène, libéré par la pata, qui donne au bouillon son corps rond et nappant.
Le sofrito coloré — Onoto, ají dulce et aromates — Pendant la cuisson, préparer le sofrito : chauffer un peu d'huile avec l'onoto (achiote) jusqu'à ce qu'elle vire orange, retirer les graines. Y faire suer oignon, ail, ají dulce, poivron et tomate concassée avec le cumin, jusqu'à compoter. Ce sofrito 'aliñado' donne au mondongo sa robe orangée et son parfum créole profond — sans lui, ce n'est qu'un bouillon de tripes fade.
Le pourquoiL'onoto (achiote) est un colorant gras, pas un piment : infusé dans l'huile chaude, il libère sa couleur orangée sans piquer. Le sofrito, compoté jusqu'à perdre son eau, concentre les sucres de l'oignon et du poivron — c'est la base aromatique qui sauve le plat de la fadeur des abats.
Assembler bouillon, sofrito et racines — Tout réunir, légumes durs d''abord — Quand la panza est tendre, verser le sofrito dans la marmite et mélanger : le bouillon prend aussitôt sa couleur. Ajouter les tubercules dans l'ordre — yuca et maïs d'abord (plus durs), puis carotte et pomme de terre. Laisser reprendre l'ébullition douce et cuire jusqu'à ce que les racines soient presque tendres. Goûter et commencer à ajuster le sel maintenant que le bouillon a réduit.
Le pourquoiLa yuca et le maïs sont denses et cuisent lentement ; les engager avant la carotte et la pomme de terre évite de vous retrouver avec des tubercules encore crus à côté de légumes déjà réduits en purée.
Lier avec l''auyama — Courge fondante et liaison — Ajouter enfin l'auyama (courge) en cubes. En cuisant, elle se défait partiellement et **épaissit naturellement** le mondongo, lui donnant ce velouté qui distingue une vraie sopa d'un simple bouillon clair. Laisser cuire jusqu'à ce qu'une pointe de couteau traverse tous les légumes. Vérifier la consistance : le mondongo doit être nourrissant et nappant, pas liquide.
Le pourquoiL'auyama est riche en amidon et en pectine. En cuisant, elle se défait en partie et épaissit le bouillon naturellement, sans farine, lui donnant ce velouté et cette douceur qui distinguent une vraie sopa d'un simple bouillon clair.
Finir et servir — Cilantro, câpres et citron à table — Hors du feu, ajouter les feuilles de cilantro ciselées et les câpres, qui réveillent le gras des abats. Rectifier le sel et le poivre une dernière fois. Servir le mondongo brûlant dans des bols creux — idéalement des tazas de barro (bols de terre) — avec des quartiers de citron vert à presser à table (geste andin tachirense), de l'aguacate et une arepa ou du casabe. C'est le plat-remède du dimanche et des lendemains de fête.
Le pourquoiAprès des heures de gras et d'abats, le palais sature. Le cilantro cru, les câpres salées-acides et le citron pressé à table apportent la fraîcheur et l'acidité qui relancent chaque cuillerée et coupent la richesse du bouillon.
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Ancêtre européen du mondongo : ragoût espagnol de tripes de bœuf et de pois chiches dont la technique a traversé l'Atlantique à l'époque coloniale et donné naissance aux mondongos latino-américains.
Pas encore dans l'AtlasCousine mexicaine du monde hispanique : soupe de tripes elle aussi réputée « remède de lendemain de fête », partageant avec le mondongo la longue cuisson des abats et sa réputation de plat réconfortant du dimanche.
Pas encore dans l'AtlasVersion colombienne du même plat, de l'autre côté de la frontière andine : au Táchira, le mondongo s'appelle d'ailleurs proprement mute. Même soupe de tripes longuement mijotée avec pois chiches, maïs et tubercules.
Pas encore dans l'AtlasCousine caribéenne portant le même nom : soupe de tripes et de légumes, mais typiquement sans les pois chiches qui caractérisent la version vénézuélienne.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
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