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Atlas Culinaire · Ăles Salomon · OcĂ©anie
Sur Malaita, le motu â four de pierres chaudes creusĂ© et rechargĂ© pour chaque grand rassemblement â change d'Ă©chelle lors des mariages, des funĂ©railles et des cĂ©rĂ©monies de paix â la famille du mariĂ© prĂ©pare alors un festin gĂ©nĂ©reux de porc, de poisson et de racines la veille de la noce, mobilisant tout un village pendant des heures.
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Allumer un grand feu de bois et y disposer une soixantaine de pierres de riviÚre ou de lagon, denses et non poreuses, jusqu'à ce qu'elles deviennent incandescentes. Cette étape mobilise plusieurs hommes du village qui alimentent le feu à tour de rÎle pendant prÚs d'une heure. La quantité de pierres est directement proportionnelle au nombre de convives attendus.
Retirer les braises puis disposer les pierres chaudes en cercle Ă l'aide de pinces en bois ou de pagaies, sur une fosse creusĂ©e au prĂ©alable. Ce geste collectif, rĂ©alisĂ© rapidement pour ne pas perdre de chaleur, demande coordination entre plusieurs personnes. La surface doit ĂȘtre la plus rĂ©guliĂšre possible pour une cuisson homogĂšne.
DĂ©poser les racines Ă©pluchĂ©es â igname, patate douce, manioc, taro â directement sur le lit de pierres chaudes, puis ajouter les grosses piĂšces de porc. RĂ©partir gĂ©nĂ©reusement pour que chaque convive reçoive une part digne de l'occasion, la gĂ©nĂ©rositĂ© du festin Ă©tant elle-mĂȘme un marqueur social important lors d'un mariage ou d'un deuil. Les piĂšces les plus longues Ă cuire vont au centre, lĂ oĂč la chaleur reste la plus intense.
Envelopper le poisson entier dans des feuilles de bananier puis le disposer parmi les pierres, avec le pudding de racines pilées mélangées au lait de coco, lui aussi enveloppé. Ces éléments plus délicats demandent une protection supplémentaire par les feuilles pour ne pas brûler au contact direct. Le pudding cuit lentement, absorbant les arÎmes fumés du four.
Couvrir l'ensemble d'une seconde couche de pierres chauffées au préalable, pour emprisonner la chaleur par le dessus autant que par le dessous. Cette double exposition à la chaleur est ce qui distingue le motu d'une simple cuisson sur braises. Travailler rapidement pour ne pas laisser s'échapper la chaleur accumulée.
Sceller l'ensemble sous plusieurs couches croisées de feuilles de bananier, qui retiennent à la fois la chaleur et l'humidité nécessaire à une cuisson mi-vapeur mi-rÎtissage. Ce scellage est le geste qui transforme un simple tas de pierres chaudes en un véritable four. Bien border les cÎtés pour éviter toute fuite de vapeur.
Laisser cuire sans toucher au four pendant plusieurs heures, le temps exact dĂ©pendant de la quantitĂ© de nourriture et de la taille des piĂšces de porc. C'est le moment oĂč le village se rassemble, discute, prĂ©pare les autres Ă©lĂ©ments de la cĂ©rĂ©monie. La patience est ici une vertu collective autant qu'une nĂ©cessitĂ© technique.
Retirer les couches de feuilles puis les pierres du dessus pour rĂ©vĂ©ler des racines moelleuses Ă l'intĂ©rieur, croustillantes et lĂ©gĂšrement fumĂ©es Ă l'extĂ©rieur, aux cĂŽtĂ©s du porc tendre et du poisson parfumĂ©. Servir immĂ©diatement Ă tous les convives rassemblĂ©s, Ă mĂȘme de grandes feuilles Ă©talĂ©es au sol selon l'usage. Ce moment d'ouverture est souvent le point culminant social de la cĂ©rĂ©monie.
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Sourcer ou se taire
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