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Atlas Culinaire · Bangladesh · Asie
Jarret de bœuf (ou de mouton) cuit huit à douze heures à très basse flamme dans un bouillon épais aux épices mogholes — cardamome noire, clou de girofle, gingembre sec, fenugrec — lié à la farine de blé, servi au petit déjeuner du vendredi dans les restaurants du vieux Dhaka, Chawkbazar et Tantibazar, héritage direct de la cuisine des nawabs du XVIIe siècle.
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Préparation — Faire revenir les oignons et saisir la viande — Chauffer l'huile de moutarde dans une grande cocotte à fond épais à feu vif jusqu'au point de fumée. Émincer finement un oignon et le faire frire dans l'huile chaude 10 à 12 minutes, en remuant régulièrement, jusqu'à obtenir des oignons brun-dorés foncés mais non brûlés — c'est la base de couleur et de saveur du bouillon. Cette étape de friture poussée de l'oignon est ce qui donne au nihari sa couleur brun-orangé profonde et sa saveur caramélisée. Ajouter les pâtes de gingembre et d'ail et faire sauter 3 minutes — le mélange crache, colle, fonce légèrement et dégage une odeur puissante. Ajouter les épices entières et toutes les épices moulues (sauf le gingembre sec), mélanger et faire revenir 2 minutes en ajoutant un peu d'eau si ça accroche. Ajouter les morceaux de jarret et les os à moelle, monter le feu au maximum et faire saisir 8 à 10 minutes en retournant les morceaux pour bien colorer chaque face — la viande doit être brune sur toutes ses faces, avec des sucs de caramélisation collés au fond de la cocotte qui seront déglacés par l'eau.
Cuisson longue — Cuire à très basse flamme toute la nuit (6 à 12 heures) — Verser l'eau chaude — le liquide doit couvrir généreusement la viande. Porter à ébullition, écumer soigneusement les impuretés grises qui remontent en surface pendant les 10 premières minutes. Ajouter le gingembre sec moulu et le fenugrec moulu. Verser le ghee. Couvrir hermétiquement et réduire à feu minimum — le bouillon doit très doucement frémir, à peine visible (un léger frémissement en surface toutes les 5 secondes). La tradition des restaurants de Chawkbazar est de cuire sur un feu de charbon de bois très bas ou sur un réchaud à gaz au minimum, en posant la cocotte sur une plaque diffusante. À maison, la chaleur la plus basse du gaz ou, encore mieux, une cuisson au four à 110°C couvercle fermé. Laisser cuire 6 à 12 heures en vérifiant le niveau de liquide toutes les 2 heures — ajouter de l'eau chaude si nécessaire pour maintenir la viande couverte. La magie du nihari se passe dans ces heures silencieuses : le collagène du jarret se dissout progressivement en gélatine, les épices s'infusent profondément dans la viande, et le bouillon évolue d'une soupe fine vers un liquide trouble et dense aux reflets ambrés.
Liage — Lier le bouillon à la farine — Après 6 heures minimum de cuisson, la viande doit se détacher facilement des os au toucher — si elle résiste encore, poursuivre la cuisson. Délayer la farine de blé dans 60 ml d'eau froide en fouettant bien pour éviter les grumeaux. Avec une louche, prélever 200 ml du bouillon chaud et le verser en filet dans la suspension de farine en fouettant — cette technique de tempérage évite que la farine coagule en grumeaux dans le bouillon. Verser le mélange tempéré en filet dans la cocotte en remuant constamment. Laisser cuire 20 minutes à feu moyen en remuant de temps en temps — le bouillon va épaissir progressivement et passer d'une consistance liquide à une consistance nappante. La texture finale doit être celle d'une sauce veloutée épaisse — quand on trace un sillon avec la louche, il reste visible 2 à 3 secondes avant de se refermer. Rectifier le sel.
Garniture — Frire les oignons beresta et finir — Dans une petite poêle, chauffer 2 c.à.s. d'huile de moutarde à feu vif. Couper les 2 oignons restants en rondelles fines et les frire 12 à 15 minutes jusqu'à brun foncé croustillant — c'est le beresta (oignons frits). Cette garniture croustillante appose un contraste de texture sur le bouillon onctueux. Retirer avec une écumoire et égoutter sur papier absorbant. Servir le nihari dans des bols profonds avec 2 à 3 morceaux de viande et la moelle des os exposée, napper généreusement de bouillon épais et chaud. Garnir de beresta croustillant, de gingembre frais émincé, de piment vert haché, de feuilles de coriandre fraîche et de citron vert. L'arôme final doit être puissant, épicé, légèrement fumé (cardamome noire), avec des notes chaudes de gingembre sec — une odeur qui s'impose et qu'on sent à l'autre bout du restaurant.
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