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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Trois liquides, zéro eau, une cocotte de terre : le plat que le Jiangxi place en tête de son répertoire, et dont Taïwan a fait autre chose en changeant une seule huile
La version de Ningdu compte, comme les trois tasses du nom, une tasse de vin de riz, une tasse d'HUILE DE CAMÉLIA — le 茶油 pressé des graines de Camellia oleifera, corps gras identitaire des collines du Jiangxi — et une tasse de sauce soja, sans une goutte d'eau ni de bouillon.
La version taïwanaise, de très loin la plus connue hors de Chine, remplace l'huile de camélia par de l'huile de sésame torréfié et ajoute en fin de cuisson une grosse poignée de basilic, absent du plat continental.
Ce n'est pas une variante de détail : le basilic et le sésame donnent un profil aromatique entièrement différent, et les deux villes revendiquent chacune la paternité.
Une troisième version, elle aussi documentée, remplace l'huile de camélia par du saindoux, ce qui donne trois lectures possibles des « trois tasses ».
La légende de fondation, elle, est belle et invérifiable : elle attribue le plat au geôlier de Wen Tianxiang, le lettré résistant de la fin des Song capturé par les Yuan, à qui une vieille femme aurait apporté un poulet et du vin ; le geôlier aurait tout mis en cocotte avec trois tasses de vin de riz, et aurait refait le plat chaque année après l'exécution.
Aucune source d'époque ne l'atteste et il faut la donner pour ce qu'elle est.
Sur le statut enfin, aucune inscription au patrimoine culturel immatériel n'a pu être confirmée, ce qui n'empêche pas une reconnaissance institutionnelle réelle d'un autre ordre : le bureau du Commerce de la ville de Ganzhou a publié une note de réflexion sur la promotion du plat, il figure en tête des dix plats les plus renommés du Jiangxi et il a été retenu au menu des Jeux olympiques de 2008.
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Découper le poulet à l'os en morceaux réguliers, d'une bouchée, en gardant la peau. Rincer et éponger soigneusement. La découpe à l'os n'est pas une négligence : c'est elle qui donnera son corps à la sauce, puisque le plat ne comporte ni bouillon ni eau et que toute la gélatine viendra des jointures et de la peau.
Le pourquoiL'os et le cartilage libèrent de la gélatine pendant la réduction, seule source de viscosité dans une préparation sans liant ni fond.
Verser toute l'huile de camélia dans une cocotte de terre, la chauffer à feu moyen et y jeter le gingembre et la ciboule. Les aromates grésillent et l'huile prend leur parfum en quelques minutes. L'huile de camélia a un point de fumée élevé et un goût de noisette discret, très différent de l'huile de sésame torréfié de la version taïwanaise.
Le pourquoiL'infusion à chaud transfère les composés aromatiques liposolubles du gingembre et de la ciboule dans le corps gras qui servira tout le plat.
Ajouter les morceaux de poulet et les faire saisir à feu vif en les retournant, jusqu'à ce que la peau soit dorée et la chair raidie. Le grésillement est fort et l'odeur change nettement. Cette saisie initiale enferme les jus de la volaille et donne à la sauce finale sa profondeur : sans elle, le plat reste plat et la viande relâche son eau.
Le pourquoiLa réaction de Maillard sur la peau et les surfaces de coupe produit les composés torréfiés que la longue réduction concentrera ensuite.
Verser le vin de riz, puis la sauce soja, puis ajouter le sucre candi. Le vin s'évapore violemment au contact de la cocotte brûlante et le liquide prend aussitôt une couleur sombre. Ce moment est celui où le plat prend son nom : trois liquides mesurés à égalité, et rien d'autre — ni eau, ni bouillon, ni fond.
Le pourquoiL'alcool du vin de riz dissout les composés aromatiques que ni l'eau ni l'huile ne captent seuls, puis s'évapore en les laissant dans la sauce.
Couvrir la cocotte et laisser braiser à feu doux, sans soulever le couvercle. La paroi épaisse de terre monte lentement et diffuse une chaleur régulière ; la volaille cuit dans la vapeur d'alcool et de soja. C'est la phase longue du plat et elle ne demande aucune intervention : chaque ouverture fait perdre de la vapeur qui manquera ensuite à la cuisson.
Le pourquoiL'atmosphère saturée en alcool sous couvercle attendrit les fibres sans dessèchement, la vapeur d'éthanol transportant les arômes au cœur de la chair.
Ôter le couvercle, remonter légèrement le feu et laisser réduire en remuant régulièrement, jusqu'à ce que le liquide devienne sirupeux et enrobe chaque morceau d'une laque brune et brillante. C'est la minute la plus délicate du plat : passé le point de nappage, le sucre du soja brûle très vite et l'amertume est irrattrapable. Mieux vaut couper le feu un peu tôt : la chaleur résiduelle de la terre finit le travail.
Le pourquoiLa concentration simultanée des sucres, du sel et de la gélatine issue des os donne une sauce visqueuse capable d'adhérer à la surface.
Porter la cocotte directement à table, couvercle en place, et l'ouvrir devant les convives : la terre garde la chaleur et le parfum s'échappe d'un coup. Servir avec du riz blanc, indispensable pour saucer. Ne rien ajouter au dernier moment — ni herbe, ni condiment, ni sésame : c'est précisément par ces ajouts que la version taïwanaise s'éloigne de celle-ci.
Le pourquoiLa terre cuite restitue lentement la chaleur accumulée dans sa paroi, ce qui maintient la sauce fluide pendant tout le service.
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Sourcer ou se taire
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