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Atlas Culinaire · Russie · Europe
Le pain national soviétique par excellence : seigle complet dense et sombre, fermenté au levain, parfumé au malt rouge (krasny solod) et surtout au CORIANDRE — graines entières semées sur la croûte, moulu dans la mie — légèrement sucré-malté, l'odeur même de la Russie qu'on coupe en tranches fines pour le hareng ou le thé
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Zavarka — Préparer et saccharifier la zavarka — Dans un saladier résistant à la chaleur, mélanger les 75 g de farine de seigle, les 25 g de malt rouge fermenté et les 2 g de coriandre moulu. Verser dessus 250 ml d'eau à 95-100°C en fouettant énergiquement pour éviter les grumeaux : la pâte vire immédiatement au brun foncé. Couvrir et maintenir 1h30 à 2h à 63-65°C (four éteint avec lampe, bain-marie, ou yaourtière) — c'est la saccharification (осахаривание), où les enzymes transforment l'amidon en sucres. La zavarka réussie sent le chocolat et la réglisse, et a un GOÛT SUCRÉ. C'est elle qui donne au Borodinski son moelleux et sa douceur caractéristiques.
Levain — Rafraîchir le levain de seigle — En parallèle, vérifier que le levain de seigle est bien actif : il doit avoir été rafraîchi 10 à 12 heures avant, avoir doublé puis commencer à retomber, et sentir l'acide lactique vif. Un levain de seigle mou ou jeune ne lèvera jamais une pâte aussi lourde. Si le levain manque de vigueur, le nourrir et attendre — ne pas brusquer cette étape, elle conditionne toute la pousse. La force du levain, combinée à la douceur de la zavarka, donne l'équilibre acide-sucré signature du pain noir russe.
Pétrissage — Mélanger zavarka, levain et farines — Quand la zavarka est revenue à environ 30°C (tiède, surtout pas chaude sinon elle tue le levain), la verser dans un grand cul-de-poule avec le levain, la mélasse, le sucre, le sel, la levure éventuelle et l'eau tiède. Ajouter progressivement les 325 g de farine de seigle et les 75 g de farine de blé. Mélanger à la spatule ou à la main MOUILLÉE — la pâte de seigle est très collante et ne se pétrit PAS comme une pâte de blé : on ne cherche aucun réseau de gluten, juste une masse homogène, souple et lourde. Ajuster l'eau pour une consistance de pâte à béton souple.
Pousse — Première fermentation au chaud — Couvrir le cul-de-poule et laisser fermenter 2h30 à 3h dans un endroit chaud (28-29°C). La pâte de seigle ne double pas spectaculairement comme le blé : elle gonfle de 50 à 70%, se couvre de bulles en surface et devient aérée et acidulée. C'est l'action conjuguée du levain et de la levure. Cette pousse construit l'acidité qui équilibre la douceur de la zavarka et garantit la conservation du pain. Ne pas se fier au volume seul — l'aspect bullé et l'odeur lactique acide sont les meilleurs repères.
Façonnage — Mouler et faire pousser dans le moule — Huiler ou chemiser un moule à cake rectangulaire (le Borodinski est un pain de mie moulé, pas une boule). Avec une spatule mouillée, transférer la pâte dans le moule sans la dégazer brutalement, et lisser la surface à la main humide pour un dessus régulier et bombé. Couvrir et laisser pousser une seconde fois 1h à 1h30 à 29-30°C, jusqu'à ce que la pâte arrive presque au bord du moule et que de fines crevasses apparaissent en surface : c'est le signe qu'elle est prête à enfourner.
Décor — Badigeonner et semer le coriandre — Juste avant d'enfourner, badigeonner délicatement le dessus du pain à l'eau ou à la colle d'amidon (fécule cuite dans un peu d'eau), au pinceau, sans crever la surface. Semer généreusement les graines de coriandre entières sur toute la surface — parfois mêlées de quelques graines de cumin selon les régions. C'est LA signature du Borodinski, visuelle autant qu'aromatique : la croûte parsemée de coriandre est sa carte d'identité. Appuyer très légèrement pour que les graines adhèrent.
Cuisson — Cuire en deux paliers de température — Enfourner dans un four préchauffé à 290-300°C et cuire 15 minutes à cette chaleur vive pour saisir la croûte et fixer la forme. Baisser ensuite à 180°C et poursuivre 45 minutes : le pain de seigle a besoin d'une cuisson longue pour cuire son cœur dense. Le pain est cuit quand la croûte est très foncée, presque noire, et qu'il sonne creux sous le moule démoulé. Pour une croûte vernie, repasser un coup de pinceau d'empois d'amidon à la sortie du four pendant qu'il est brûlant.
Repos — Refroidir et trancher le lendemain — Démouler le pain chaud et le laisser refroidir complètement sur une grille, puis l'emballer dans un torchon propre et le laisser REPOSER 12 à 24 heures avant de le trancher. C'est une règle d'or du pain de seigle : tranché chaud, la mie s'écrase, colle au couteau et reste humide ; reposé une journée, elle se stabilise, le goût malt-coriandre s'épanouit et le pain se tranche fin et net. Le Borodinski se conserve ainsi près d'une semaine, et beaucoup le trouvent meilleur au deuxième ou troisième jour.
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Sourcer ou se taire
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