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Atlas Culinaire · Canada · PremiÚres Nations & Arctique
Le pain plat du Grand Nord â farine, levure chimique, gras, eau â frit dans la graisse de phoque ou de narval, mangĂ© chaud sur la banquise avec du country food et du thĂ© Labrador. Introduit par les missionnaires Ă©cossais au XIXe siĂšcle, reculturĂ© par les Inuit du Nunavut jusqu'Ă devenir, en cent ans, un marqueur identitaire de l'Arctique canadien.
Le palaugaaq pose une question rare en cuisine traditionnelle : peut-on appeler "traditionnel" un plat dont les ingrĂ©dients arrivent par bateau ? Le bannock descend du bannach gaĂ©lique, dĂ©barquĂ© au Nunavut au XIXe siĂšcle avec les missionnaires presbytĂ©riens Ă©cossais et les comptoirs Hudson's Bay Company. Farine de blĂ©, levure chimique, sucre, lait en poudre â tout est importĂ©. Pourtant les Inuit ne le rendent jamais (Inuit Tapiriit Kanatami, organisation nationale des 65 000 Inuit du Canada, l'intĂšgre dĂ©sormais aux buffets de country food officiels comme le gala Tapiriit Ă Ottawa). Ils l'ont reculturĂ© : frit dans la graisse de phoque ou de narval pour qu'il ne gĂšle pas (tĂ©moignage recueilli par l'UniversitĂ© de Waterloo : "My late grandmother used to use narwhal fat when she made bannock when we were out camping"), mangĂ© brĂ»lant sur la glace avec caribou sĂ©chĂ©, omble fumĂ© et thĂ© Labrador (qajartaq). DeuxiĂšme controverse : la graisse. La version ancestrale arctique utilise huile de phoque (uqsuq) ou graisse de narval qui supportent le froid extrĂȘme sans figer ; la version moderne urbaine (Iqaluit, Cambridge Bay) bascule sur Crisco ou huile vĂ©gĂ©tale â plus pratique, moins savoureuse, et qui prive les jeunes du goĂ»t gras-marin qui dĂ©finit l'identitĂ© culinaire inuit. TroisiĂšme front : DISTINCTION VS BANNOCK FIRST NATIONS. Le bannock cri/mĂ©tis du sud (sakopwehkasikan, luskinikn chez les Mi'kmaq, ba`wezhiganag chez les Ojibway) se cuit souvent au four ou se frit dans le saindoux ; il porte une histoire diffĂ©rente (MĂ©tis Red River, fur trade des Prairies). Le palaugaaq inuit est arctique, fait au-dessus d'un poĂȘle de camp ou enroulĂ© sur un bĂąton vert sur le feu de tourbe, et il ne sera jamais sucrĂ© comme la bannock-doughnut des bingos mĂ©tis. QuatriĂšme dĂ©bat, linguistique : palaugaaq (Inuktitut Baffin), palauga (forme courte), qaqulliq (variantes Kivalliq) â chaque dialecte du vaste Inuit Nunangat porte son orthographe, et les ateliers de souverainetĂ© alimentaire de Sylvia Grinnell Park Ă Iqaluit (Susie Naulaq, Caroline Ipeelie-Qiatsuk pour le Government of Nunavut, 2024) transmettent les deux versions sans hiĂ©rarchie : la frite Ă l'huile et celle aux raisins cuite au poĂȘle Ă bois. CinquiĂšme couche : la souverainetĂ© alimentaire. ITK et Pauktuutit Inuit Women of Canada dĂ©fendent l'apprentissage du palaugaaq aux jeunes comme acte de rĂ©silience face Ă l'insĂ©curitĂ© alimentaire chronique du Nord (70 % des foyers Nunavut en 2024) â paradoxe d'un pain blanc colonial devenu outil de rĂ©appropriation.
ThĂ© Labrador sĂ©chĂ© (qajartaq), thĂ© bleuet (le prĂ©fĂ©rĂ©, "ça aide les maux d'estomac" â Caroline Ipeelie-Qiatsuk), ou thĂ© busserole. Ă la chasse : cafĂ© noir bouilli dans la kettle de camp. En version sucrĂ©e : confiture de bleuets sauvages du Nunavut ou beurre de cacahuĂšte (slathered, "gĂ©nĂ©reusement Ă©talĂ©" selon l'usage iqalummiut).
Le palaugaaq est l'un des aliments les plus omniprĂ©sents du Nunavut contemporain â vendu sur les marchĂ©s d'Iqaluit, servi dans les sections country food des Ă©coles du territoire, partagĂ© en sortie de chasse, prĂ©sent au gala Tapiriit de l'Inuit Tapiriit Kanatami Ă Ottawa (Ă©dition 2023 au National Arts Centre : "bannock was served fried, baked and as doughnuts with berry compote"). Le Government of Nunavut organise depuis plusieurs annĂ©es des ateliers gratuits de transmission au parc Sylvia Grinnell Ă Iqaluit (instructrices Susie Naulaq et Caroline Ipeelie-Qiatsuk). Bien que ses ingrĂ©dients soient tous importĂ©s (farine, levure, sucre, gras industriel dans les versions urbaines), il fonctionne comme un marqueur identitaire de l'arctique canadien depuis plus d'un siĂšcle â un cas rare de "heritage adoptĂ©" pleinement assumĂ© par la communautĂ©.
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Dans un grand saladier, mélanger soigneusement la farine, la levure chimique, le sel et, si on choisit la version sweet d'Iqaluit, le sucre et le lait en poudre. Bien aérer à la fourchette pour que la levure se répartisse uniformément.
Verser l'eau chaude (â 60°C, douloureuse au toucher mais pas bouillante) LENTEMENT au centre du saladier, en tournant doucement Ă la cuillĂšre en bois. Ne PAS pĂ©trir. MĂ©langer juste jusqu'Ă ce que la pĂąte forme une boule grossiĂšre et collante.
Couvrir le saladier d'un linge ou d'une assiette. Laisser reposer 10 minutes pile. La pùte va légÚrement gonfler, se détendre, devenir plus facile à façonner sans coller.
Huiler légÚrement les mains. Diviser la pùte en 8-10 boules de la taille d'une balle de tennis. Avec le pouce ou un doigt, percer un trou propre au centre de chaque boule (comme un beignet épais).
Chauffer le gras (graisse de phoque/narval pour la version arctique ancestrale, saindoux ou Crisco pour la version moderne) dans une poĂȘle en fonte profonde ou une marmite â environ 5 cm de gras, tempĂ©rature moyenne-vive (test : un petit bout de pĂąte qui pĂ©tille immĂ©diatement). Plonger 2-3 palaugaaq Ă la fois. Frire 1 minute par face, retourner avec une Ă©cumoire dĂšs que la premiĂšre face est dorĂ©e.
Sortir les palaugaaq, les poser sur du papier absorbant ou une grille. Servir immĂ©diatement, chauds, avec confiture de bleuets sauvages, beurre de cacahuĂšte gĂ©nĂ©reusement Ă©talĂ©, ou â version chasse pure â Ă cĂŽtĂ© du caribou sĂ©chĂ©, omble fumĂ©, ou muktuk. Accompagner d'un thĂ© Labrador, bleuet ou busserole.
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