Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Indonésie · Sumatra
Le gâteau de poisson tenggiri et de sagou de Palembang, bouilli puis frit, noyé dans une sauce cuko brun foncé acidulée-pimentée — l'âme culinaire du Sumatra Sud, héritière lointaine du kelesan de Sriwijaya
TROIS DÉBATS QUI DIVISENT PALEMBANG. (1) SAGOU OU TAPIOCA ? Le nom complet « pempek » descendrait, selon la documentation native id.wikipedia.org/wiki/Pempek, d'un vieux marchand chinois surnommé apek (terme d'argot hokkien pour « vieux monsieur ») qui aurait mélangé du tapioca à la chair de poisson invendue pour la conserver, et la vendait sur sa charrette : « pek… apek ! » Mais les puristes de Palembang rappellent que la farine traditionnelle est le SAGOU (tepung sagu, extrait du palmier Metroxylon), pas le tapioca (tepung tapioka, issu du manioc) — le sagou donne le mordant élastique « kenyal » authentique, le tapioca rend la pâte plus molle et collante. Beaucoup de versions modernes et hors Sumatra trichent au tapioca par économie. L'article académique de Springer (Journal of Ethnic Foods 2023, « Pempek Palembang: history, food making tradition, and ethnic identity ») documente cette tension identitaire. (2) LE POISSON : le canon est l'ikan tenggiri (thazard/maquereau royal, Scomberomorus), à la chair blanche ferme et au goût marin franc ; à défaut on tolère l'ikan gabus (poisson-tête-de-serpent, snakehead) qui était la chair fluviale d'origine du bassin du Musi, voire le belida (poisson-couteau) le plus prestigieux. Utiliser du cabillaud ou du colin = sortie de l'authenticité. (3) LE CUKO, NI TROP SUCRÉ NI TROP DOUX : la sauce cuko (de cuka, « vinaigre ») oppose les écoles. La version Palembang historique est FRANCHEMENT ACIDE-PIMENTÉE, dominée par le vinaigre et le sucre de palme (gula merah/gula batok) à peine adoucissant, avec ail, piment-oiseau et ebi (crevettes séchées) ; les versions javanaises et commerciales la sucrent davantage. Un cuko « doux » est jugé dénaturé par les Palembangais. Les types canoniques : lenjer (long cylindre), kapal selam (« sous-marin », le plus célèbre, qui enveloppe un œuf entier dans la pâte), adaan (boule frite directement sans pré-cuisson, à l'oignon), keriting, kulit (peau de poisson) et pistel (farci de papaye). Garants : ville de Palembang (capitale du Sumatra Sud, 1,7 M hab.), héritage du royaume bouddhiste de Sriwijaya (VIIe s.), Sri Owen et Lara Lee côté documentation anglophone.
Thé glacé sucré-citronné ou eau glacée pour calmer le cuko brûlant. Traditionnellement servi avec des nouilles jaunes (mie kuning) bouillies, des dés de concombre frais et de l'ebi (crevette séchée pilée) saupoudrée. En collation de rue tout au long de la journée à Palembang, jamais en plat de fête formel.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Dans une casserole, faire fondre le sucre de palme dans l'eau et porter à frémissement jusqu'à obtenir un sirop brun foncé légèrement réduit, environ 15 minutes. Retirer du feu et incorporer le vinaigre (ou le tamarin délayé). Piler ensemble ail, piments-oiseaux et ebi au mortier, puis les ajouter au sirop HORS DU FEU pour garder leur mordant frais. Saler. Le cuko doit être brun très foncé, sirupeux mais coulant, agressivement acide-pimenté. Filtrer ou laisser tel quel selon le goût, puis reposer au frais.
La chair de tenggiri doit être TRÈS FROIDE. La placer dans un grand bol posé sur de la glace. Ajouter l'eau glacée, le sel, le sucre et l'ail pilé, puis mélanger à la main rapidement jusqu'à obtenir une pâte de poisson lisse et collante. Ne pas chauffer la masse : la chaleur des mains durcit les protéines et rend le pempek caoutchouteux. Travailler vite et froid.
Ajouter PROGRESSIVEMENT la farine de sagou à la pâte de poisson en repliant délicatement avec les doigts, sans pétrir : on cherche juste à amalgamer. La quantité exacte de sagou s'ajuste à l'œil — la pâte doit être souple, légèrement collante mais façonnable, jamais sèche ni surchargée. Trop de sagou = pempek dur ; trop peu = il se délite à l'ébullition. Façonner un témoin et le tester à l'eau bouillante.
Pour le LENJER : rouler la pâte en cylindres longs de 2-3 cm de diamètre. Pour le KAPAL SELAM : aplatir une boule de pâte en coupelle creuse dans la paume, casser un œuf cru au centre, puis refermer hermétiquement la pâte autour de l'œuf en pinçant bien les bords — la moindre fissure et l'œuf s'échappe à l'ébullition. Soigner l'étanchéité.
Porter une grande casserole d'eau (légèrement huilée pour éviter que les pempek collent) à frémissement, PAS à gros bouillon qui les déchirerait. Plonger les pempek délicatement. Ils coulent puis remontent à la surface quand ils sont cuits — compter 12 à 18 minutes selon la taille, plus longtemps pour les kapal selam à cause de l'œuf. Égoutter sur une grille.
Chauffer l'huile à 170-180 °C. Frire les pempek bouillis (entiers ou tranchés pour les lenjer) jusqu'à ce qu'ils soient dorés et légèrement croustillants à l'extérieur tout en restant moelleux-élastiques à cœur, environ 4-5 minutes. Attention : les pempek peuvent crépiter, garder une distance. Égoutter sur papier.
Trancher les pempek (le kapal selam se coupe en deux pour montrer l'œuf). Disposer dans un bol avec quelques nouilles jaunes et des dés de concombre frais. NOYER généreusement de sauce cuko brune. Saupoudrer éventuellement d'ebi pilée. Servir immédiatement, tant que le pempek est encore croustillant-chaud et le cuko froid : le contraste chaud/froid et croustillant/acide est tout l'intérêt.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.