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Atlas Culinaire · Canada · Prairies
Raviolis ukraino-canadiens bouillis puis sautés au beurre noisette, fourrés d'une purée de pommes de terre au cheddar et oignons caramélisés — servis avec crème sure et oignons frits. L'héritage vivant des colons ukrainiens et polonais des Prairies.
Le perogy des Prairies est né dans les cales des bateaux qui, entre 1891 et la Première Guerre mondiale, amenèrent quelque 170 000 immigrants ukrainiens et polonais des provinces austro-hongroises de Galicie et de Bucovine vers le Manitoba, la Saskatchewan et l'Alberta. Attirés par les terres bon marché offertes par le gouvernement canadien, ces colons préférèrent la ceinture boisée (le « parkland ») à la prairie nue, jugeant son sol plus fertile. Dans leurs cuisines de rondins, ils reproduisirent le varenyky de la mère patrie : un simple chausson de pâte non levée, bouilli et fourré de ce que la terre donnait — pomme de terre, chou, fromage blanc.
Le perogy des Prairies porte un débat identitaire jamais tout à fait clos, d'abord sur le NOM.
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Cuire les pommes de terre à l'eau salée jusqu'à très tendres. Égoutter soigneusement et sécher à la vapeur quelques minutes dans la casserole chaude (ceci élimine l'eau résiduelle et donne une purée plus sèche). Réduire en purée lisse avec un presse-purée — ne pas utiliser de mixeur (rend la purée collante). Pendant ce temps, faire caraméliser les oignons émincés dans le beurre à feu très doux pendant 30 minutes jusqu'à fondants, translucides et d'un beau brun doré. Incorporer les oignons caramélisés et le cheddar râpé dans la purée chaude — le fromage doit fondre complètement. Saler, poivrer. Laisser refroidir COMPLÈTEMENT au réfrigérateur (minimum 2 heures, idéalement toute une nuit).
Le pourquoiUne purée séchée à la vapeur puis refroidie est la clé de la tenue : l'eau résiduelle des pommes de terre est l'ennemie du soudage, car elle ramollit la pâte de l'intérieur et fait éclater les chaussons à l'ébullition. Le presse-purée, contrairement au mixeur, rompt les cellules sans libérer l'amidon collant qui rendrait la farce élastique. Les oignons cuits très doucement développent leurs sucres par caramélisation lente, apportant une profondeur sucrée qui équilibre la salinité du cheddar.
Dans un grand bol, mélanger la farine et le sel. Faire un puits et y verser les œufs battus, l'eau tiède, la crème sure et l'huile. Mélanger d'abord avec une fourchette puis pétrir à la main pendant 8-10 minutes jusqu'à obtenir une pâte lisse, souple et élastique — elle ne doit pas coller aux mains mais ne doit pas non plus être sèche. Si trop sèche, ajouter 1 c.à.s. d'eau ; si collante, ajouter 1 c.à.s. de farine. Former une boule, envelopper dans du film alimentaire et réfrigérer minimum 30 minutes (jusqu'à 2 heures). Ce repos est essentiel pour détendre le gluten.
Le pourquoiLe pétrissage prolongé développe le réseau de gluten qui donnera à la pâte son élasticité : c'est lui qui permettra d'abaisser finement sans déchirer et d'obtenir, après cuisson, ce mordant tendre et légèrement élastique propre au perogy. La crème sure et l'œuf enrichissent la pâte et l'assouplissent, la rendant plus docile qu'une pâte à nouilles maigre. Le repos au froid détend ensuite le gluten tendu, sans quoi la pâte se rétracterait à l'abaisse.
Diviser la pâte reposée en 4 portions. Travailler une portion à la fois, garder les autres au réfrigérateur. Sur un plan légèrement fariné, abaisser la pâte à 2-3 mm d'épaisseur. Découper des cercles de 8-9 cm avec un emporte-pièce rond ou un verre. Déposer au centre de chaque disque une noix de farce froide (environ 15 g — taille d'une grosse cerise). Replier le disque en demi-lune, souder les bords en pinçant fermement avec les doigts puis en crimpant le bord avec une fourchette ou en pressant entre le pouce et l'index pour faire des crantes décoratives.
Le pourquoiUne abaisse de 2 à 3 mm est le juste milieu : plus épaisse, la pâte reste pâteuse au cœur après ébullition ; plus fine, elle se perce sous le poids de la farce. Chasser l'air au moment de refermer est capital, car une poche d'air emprisonnée se dilate à la chaleur et fait éclater le chausson. Travailler une portion à la fois, le reste au froid, évite que la pâte ne sèche et cesse de coller.
Porter à ébullition une grande casserole avec 4 litres d'eau bien salée (2 c.à.s. de sel). Plonger les perogies par batch de 10-12 (jamais tous d'un coup). Ils couleront d'abord au fond, puis remonteront à la surface au bout de 2-3 minutes — poursuivre la cuisson 2-3 minutes après la remontée. La pâte doit être tendre et translucide mais pas déchirée. Retirer avec une écumoire et égoutter soigneusement.
Le pourquoiUn grand volume d'eau salée maintenu à frémissement stabilise la température quand on plonge les chaussons et les empêche de coller au fond ou entre eux. Le perogy coule d'abord, puis remonte lorsque la pâte cuite se détend et que l'air interne se dilate : la flottaison est le signal que la cuisson touche à sa fin. Cuire par petites fournées évite de faire chuter la température et de coller les chaussons en grappe.
Dans une grande poêle, faire chauffer le beurre à feu moyen jusqu'à ce qu'il mousse et commence à prendre une couleur noisette (beurre brun). Ajouter les perogies bouillis égouttés en une seule couche — ne pas surcharger la poêle. Cuire 2-3 minutes sans bouger jusqu'à ce que le dessous soit doré et légèrement croustillant. Retourner et colorer 2-3 minutes de l'autre côté. Dans la même poêle ou une poêle à part, faire frire les oignons émincés dans le beurre restant jusqu'à croustillants et dorés.
Le pourquoiLe beurre noisette est la signature du plat : chauffé jusqu'à ce que ses protéines de lait brunissent, il libère un arôme grillé de noisette qui enrobe le chausson. Poser les perogies bien égouttés en une seule couche, sans les bousculer, laisse le contact avec la poêle chaude former une croûte dorée par réaction de Maillard, ce contraste croustillant qui répond à la tendreté du bouilli.
Disposer les perogies sautés dans des assiettes chaudes. Couvrir généreusement d'oignons frits croustillants et de bacon émietté (optionnel). Servir immédiatement avec un pot généreux de crème sure à côté — la tradition des Prairies est que chacun prend autant de crème sure qu'il le désire. Poivrer généreusement. Un repas de perogies classique des Prairies comprend entre 8 et 12 perogies par personne selon l'appétit.
Le pourquoiL'assemblage final joue sur les contrastes : la crème sure apporte l'acidité fraîche qui tranche la richesse du beurre, de la pomme de terre et du fromage, tandis que les oignons frits ajoutent croquant et douceur grillée. C'est un plat qui se sert brûlant et sans attendre, car un perogy poêlé qui refroidit perd son croustillant et sa pâte se raffermit.
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Cousin sibérien plus lointain : le pelmeni est plus petit, à pâte plus fine, et se fourre de viande crue cuite dans le chausson, là où le perogy privilégie les farces cuites de pomme de terre et fromage.
Pas encore dans l'AtlasLe pierogi polonais est le frère occidental du plat : même chausson de pâte non levée bouilli, garnitures partagées (pomme de terre-fromage, chou, fruits). Le terme polonais « pierogi » a cohabité avec « varenyky » dans les Prairies au gré des communautés.
Pas encore dans l'AtlasLe varenyky ukrainien est la forme ancestrale directe du perogy des Prairies : même pâte non levée, mêmes farces (pomme de terre, chou, fromage blanc), apportée par les colons de Galicie et de Bucovine. Le perogy canadien en est la variante des Prairies, souvent au cheddar et sauté au beurre.
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