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Atlas Culinaire · Autriche · Vienne
Le petit four rose vif de la Konditorei viennoise â chutes de biscuit liĂ©es Ă la confiture d'abricot, au chocolat et au rhum, sous un glaçage rose alcoolisĂ© signature
Dans les arriĂšre-boutiques dorĂ©es des ZuckerbĂ€ckereien viennoises, Ă la charniĂšre du XIXe et du XXe siĂšcle, un geste discret allait donner naissance Ă l'une des douceurs les plus emblĂ©matiques d'Autriche : le Punschkrapfen. NĂ© non pas d'une recette officielle ni d'une commande impĂ©riale, mais de l'intelligence Ă©conomique des confiseurs viennois, ce petit gĂąteau carrĂ© â enrobĂ© de son glaçage fondant rose vif â est d'abord une leçon de frugalitĂ© Ă©levĂ©e au rang d'art.
Le Punschkrapfen est, de l'aveu mĂȘme des grands pĂątissiers, une "Resteverwertung der edelsten Sorte" â la valorisation des restes la plus noble qui soit. Dans les ateliers du tournant du siĂšcle, les chutes de gĂ©noise (Abschnitte), les fonds de biscuit et les morceaux de gĂąteaux trop secs pour ĂȘtre vendus tels quels Ă©taient Ă©miettĂ©s, mĂ©langĂ©s Ă de la confiture d'abricot, de la crĂšme de nougat et gĂ©nĂ©reusement imbibĂ©s de rhum-punch : l'alcool, vrai masque aromatique, couvrait les imperfections du temps et transmutait les restes en trĂ©sor. La forme finale â des cubes de trois Ă quatre centimĂštres, enrobĂ©s de fondant rose â cachait sous son uniforme festif tout un passĂ© en miettes.
Vienne Ă cette Ă©poque Ă©tait, comme le note l'AustriaWiki, le "paradis des Mehlspeisen" : une ville oĂč la pĂątisserie relevait du cĂ©rĂ©moniel, oĂč chaque Konditorei Ă©tait une petite cour et chaque confiseur un artisan de la consolation sucrĂ©e. Les HofzuckerbĂ€cker â pĂątissiers de la Cour impĂ©riale â avaient Ă©levĂ© l'art du sucre Ă des hauteurs vertigineuses, inventant au fil des dĂ©cennies les Kardinalschnitte, EsterhĂĄzyschnitte, et bien sĂ»r la Sachertorte. Le Punschkrapfen s'est glissĂ© dans ce panthĂ©on non par dĂ©cret mais par adoption populaire : sans inventeur connu, sans acte de naissance officiel, il s'est simplement imposĂ© dans la corporation comme une Ă©vidence.
Aujourd'hui, dans les grandes maisons comme Meinl am Graben, le chef pĂątissier Josef Haslinger avoue que, faute de chutes en quantitĂ© suffisante, les trois couches â gĂ©noise, crĂšme punch, glaçage â sont dĂ©sormais cuites et montĂ©es exprĂšs pour le produit-phare. Le recyclage originel s'est retournĂ© : c'est la recette du rebus qui a pris le dessus sur toute la maison.
Mais le Punschkrapfen recĂšle une troisiĂšme vie, inattendue et politique. DĂšs les annĂ©es 1970, en Carinthie, le gĂąteau â rose dehors, brun dedans, et toujours un peu ivre â est devenu la mĂ©taphore satirique d'une certaine Ăąme autrichienne. La formule "Die MentalitĂ€t der Ăsterreicher ist wie ein Punschkrapfen : auĂen rot, innen braun und immer ein bisschen betrunken" â rouge comme la social-dĂ©mocratie, brun comme le passĂ© national-socialiste, ivre comme la mĂ©moire embrumĂ©e â est populairement (et faussement) attribuĂ©e Ă Thomas Bernhard. La Zitatforschung (recherche sur les citations) a retracĂ© sa vraie gĂ©nĂ©alogie : c'est le psychiatre Erwin Ringel qui l'a citĂ©e publiquement le premier en 1985, lors d'une confĂ©rence sur "l'Ăąme carinthienne", en l'attribuant Ă un "cher ami" anonyme des annĂ©es 1970. L'attribution Ă Bernhard n'est apparue qu'en 2009, sur un forum du journal Der Standard. Peu importe : la mĂ©taphore a fait fortune, et le Punschkrapfen est entrĂ© dans la langue politique autrichienne comme peu de pĂątisseries y sont entrĂ©es.
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Séparer les oeufs. Monter les jaunes avec le sucre glace, le sucre vanillé et le zeste de citron au batteur 4 à 5 minutes, jusqu'à une masse claire et aérienne qui fait le ruban.
Monter les blancs avec une pincée de sel en neige ferme. Incorporer délicatement la farine tamisée puis les blancs en neige à la masse de jaunes, à la spatule, en mouvements de bas en haut pour ne pas casser l'air.
Ătaler la pĂąte uniformĂ©ment sur une plaque chemisĂ©e de papier cuisson. Cuire au four prĂ©chauffĂ© Ă 200 °C pendant 8 Ă 10 minutes, jusqu'Ă ce que le biscuit soit dorĂ© et souple.
Laisser refroidir, puis dĂ©tailler le biscuit en deux abaisses Ă©gales. RĂ©server les bords parĂ©s et les chutes â c'est cette « Resteverwertung » qui constituera le coeur de la masse de punch.
Couper les chutes de biscuit en petits dés. Faire fondre le chocolat. Mélanger les dés avec la confiture d'abricot, le chocolat fondu, le rhum brun et le jus d'orange. Laisser macérer 30 minutes pour que la masse s'imbibe et se lie.
Ătaler la masse de punch (env. 1 cm) sur une abaisse de biscuit, recouvrir de la seconde abaisse. Presser lĂ©gĂšrement et rĂ©frigĂ©rer 1 heure pour que l'ensemble se raffermisse avant la dĂ©coupe.
DĂ©couper le montage en cubes rĂ©guliers d'environ 5 x 5 cm (la forme cubique traditionnelle). Ăgaliser les arĂȘtes pour que le glaçage nappe proprement chaque face.
Tamiser le sucre glace, ajouter l'eau chaude, le rhum et le sirop de framboise. Mélanger en un fondant lisse et rose vif. Tiédir au bain-marie, tremper chaque cube à la fourchette pour le napper sur toutes les faces.
Poser les cubes glacés sur une grille, déposer une cerise confite au sommet de chacun. Laisser figer le glaçage à température ambiante avant de servir. Se conserve 3 à 5 jours au frais en boßte hermétique.
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