Chargement de lâatlas
Atlas Culinaire · Croatie · Europe
Un kilo d'amandes mondĂ©es, moulues et liĂ©es au maraschino de Zadar, enfermĂ© dans un ruban de pĂąte enroulĂ© en spirale â le gĂąteau que les bĂ©nĂ©dictines de Rab servirent au pape Alexandre III en 1177
La version la plus rĂ©pandue, reprise par Novi list comme par les guides gastronomiques du Kvarner, veut qu'en 1177 le pape Alexandre III, rĂ©fugiĂ© Ă Rab pour Ă©chapper Ă la tempĂȘte lors de la consĂ©cration de la cathĂ©drale, ait reçu des moniales bĂ©nĂ©dictines un gĂąteau d'amandes façonnĂ© en escargot et posĂ© sur une hostie â la recette, sans mesures, aurait Ă©tĂ© conservĂ©e au monastĂšre.
Mais deux maisons en revendiquent la garde : le couvent bénédictin de Sv.
Andrija ET celui de Sv.
Antun Padovanski, et les recettes qui en descendent divergent sur le point le plus visible â l'alcool.
Le canon moderne impose le maraschino de Zadar, alors que plusieurs versions anciennes citent une liqueur de rose, ce qui déplace la torta d'un siÚcle et d'une géographie.
L'Ătat a fini par trancher sur le principe sinon sur la formule : le savoir-faire de la prĂ©paration de la rapska torta est inscrit au Registar kulturnih dobara Republike Hrvatske comme bien culturel immatĂ©riel, et la poste croate lui a consacrĂ© un timbre en juillet 2020 tirĂ© Ă 100 000 exemplaires.
Reste le dogme des artisanes, rĂ©sumĂ© par Dunja Brnjac dans Novi list : moudre soi-mĂȘme ses amandes Ă©bouillantĂ©es et pelĂ©es, jamais de poudre du commerce â « s'il n'y a pas d'amour dedans, ne la faites pas du tout ».
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Plonger les amandes une minute dans l'eau bouillante, les Ă©goutter et les peler une Ă une en pressant entre le pouce et l'index â la peau part seule si le bain a Ă©tĂ© assez chaud. Ătaler ensuite les amandes mondĂ©es sur un linge ou une plaque et les laisser sĂ©cher un jour entier Ă l'air libre, en les remuant deux ou trois fois. Cette attente est la premiĂšre des trois journĂ©es que rĂ©clame la torta, et personne Ă Rab ne la saute.
Le pourquoiUne amande humide libÚre son huile au broyage et donne une masse grasse qui suinte et brunit à la cuisson ; le séchage complet garantit une mouture sÚche et poudreuse.
Moudre les amandes sĂ©chĂ©es au moulin ou au robot, par petites quantitĂ©s et en pulsant, jusqu'Ă une poudre fine mais non pĂąteuse. MĂ©langer cette poudre avec le sucre, les sucres vanillĂ©s et les zestes d'orange et de citron. Incorporer les Ćufs un Ă un, puis le maraschino, en travaillant Ă la main jusqu'Ă obtenir une masse dense, homogĂšne et mallĂ©able, qui se tient en boule sans coller aux doigts.
Le pourquoiLe broyage par pulsations Ă©vite l'Ă©chauffement qui ferait suinter l'huile d'amande, et le sucre absorbe l'humiditĂ© des Ćufs pour donner une farce plastique qui se roule en boudins.
Battre les Ćufs avec le sucre, les sucres vanillĂ©s, le sel et les zestes, ajouter le beurre ramolli, puis incorporer la farine progressivement. PĂ©trir jusqu'Ă une pĂąte souple, lisse et Ă©lastique, comparable Ă une pĂąte Ă nouilles enrichie. Former une boule, la filmer et la laisser reposer une journĂ©e entiĂšre au frais â le second temps long de la recette, celui qui rendra la pĂąte Ă©talable Ă l'extrĂȘme.
Le pourquoiLe repos long relùche le réseau de gluten formé au pétrissage, ce qui permet ensuite d'étaler la pùte trÚs fin sans qu'elle ne se rétracte ni ne se troue.
Sortir la pĂąte une demi-heure avant de la travailler. L'Ă©taler trĂšs finement au rouleau sur un plan lĂ©gĂšrement farinĂ©, jusqu'Ă voir le bois par transparence â l'Ă©paisseur d'une pĂąte Ă ravioli. DĂ©couper des bandes rĂ©guliĂšres d'une dizaine de centimĂštres de large, Ă la roulette pour un bord net. Couvrir d'un linge les bandes en attente : la pĂąte fine sĂšche vite et cesse alors de se souder.
Le pourquoiLa finesse extrĂȘme de la pĂąte fait que le gĂąteau est presque entiĂšrement farce ; une pĂąte Ă©paisse dominerait l'amande et trahirait l'Ă©quilibre historique de la recette.
DĂ©poser un boudin de farce d'amandes sur toute la longueur de chaque bande, refermer la pĂąte par-dessus et souder la jonction du bout des doigts humides. Rouler les boudins garnis sous la paume pour les rĂ©gulariser, puis les aplatir trĂšs lĂ©gĂšrement. Enrouler ensuite le premier boudin sur lui-mĂȘme au centre d'une plaque, et lui souder les suivants bout Ă bout pour dĂ©rouler une spirale continue â la forme d'escargot, lue Ă Rab comme la crosse d'un Ă©vĂȘque.
Le pourquoiLa spirale rĂ©partit la farce dense en une couronne d'Ă©paisseur constante, ce qui permet une cuisson homogĂšne lĂ oĂč un gĂąteau plein resterait cru au cĆur.
DĂ©couper dans les chutes de fines laniĂšres de pĂąte, les torsader et les disposer en couronne sur le pourtour extĂ©rieur de la spirale, en les pinçant Ă intervalles rĂ©guliers pour dessiner une dentelle. C'est cette bordure ouvragĂ©e, autant que la spirale, qui signe une rapska torta authentique. Dorer l'ensemble au jaune d'Ćuf battu, en insistant sur les reliefs qui prendront la couleur.
Le pourquoiLa bordure décorative n'est pas qu'ornementale : elle épaissit le contour et protÚge la tranche extérieure de la spirale, la plus exposée, d'un dessÚchement à la cuisson.
Enfourner à 170-180 °C et cuire 30 à 35 minutes, jusqu'à une couleur d'or pùle et uniforme. La torta ne doit pas brunir : la masse d'amandes trÚs sucrée colore vite et deviendrait amÚre. Surveiller à partir de la vingtiÚme minute et couvrir d'une feuille d'aluminium si la surface fonce trop tÎt. Laisser refroidir complÚtement sur la plaque avant toute manipulation.
Le pourquoiĂ 170-180 °C, la farce d'amandes coagule doucement grĂące aux Ćufs pendant que la fine pĂąte cuit sans dessĂ©cher â plus chaud, le sucre caramĂ©lise et l'amande vire Ă l'amer.
Une fois la torta parfaitement froide, la saupoudrer de sucre glace et la faire glisser sur un plat de service. Trancher en petites parts en suivant les tours de la spirale : la farce est si dense et si sucrĂ©e qu'une portion gĂ©nĂ©reuse Ă©cĆure. Elle se conserve plus d'une semaine dans une boĂźte hermĂ©tique, et beaucoup la trouvent meilleure au troisiĂšme jour, quand le maraschino a fini d'imprĂ©gner l'amande.
Le pourquoiLe sucre en trĂšs forte proportion est un conservateur naturel qui abaisse l'activitĂ© de l'eau â c'est ce qui a permis Ă ce gĂąteau d'ĂȘtre un cadeau de voyage insulaire pendant des siĂšcles.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.