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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Des copeaux de renne rabotĂ©s dans un bloc gelĂ© et jetĂ©s dans un beurre brĂ»lant â le plat sami devenu le dĂźner de semaine de toute la SuĂšde du Nord, et le seul dont le Sametinget lui-mĂȘme dĂ©nonce la version industrielle.
Dans « Samisk mat », publication du Sametinget de mai 2010, la section consacrĂ©e au skav dĂ©crit le procĂ©dĂ© industriel du barattage â le tumlage â par lequel on malaxe la viande pour en extraire les protĂ©ines solubles qui la lient, puis on y ajoute un agent de rĂ©tention d'eau et du sucre, sans sel, avant de la mouler en bĂątons, de la trancher et de la conditionner sous vide ; et le document rapporte aussitĂŽt que « certains producteurs partant d'une fabrication traditionnelle du skav estiment qu'on ne devrait pas pouvoir vendre du renskav tumlĂ© sans indiquer qu'il l'est ».
La revendication est donc celle d'un étiquetage, pas d'une interdiction, et elle vient de l'intérieur de la filiÚre renne.
Le deuxiĂšme point tranchĂ© par la mĂȘme source est celui du morceau : le skav authentique est du skrapkött, c'est-Ă -dire ce qui reste une fois pris le rĂŽti, les filets et l'Ă©paule, et le Sametinget note que beaucoup tiennent ce reste pour meilleur que les filets eux-mĂȘmes ; le « gourmetskav » vendu plus cher par les gros producteurs vient au contraire de l'Ă©paule, la bog.
Autrement dit, la version chĂšre est la moins traditionnelle des deux.
Le troisiĂšme dĂ©saccord porte sur le gel : le renskav se fait par dĂ©finition sur viande gelĂ©e, seule façon d'obtenir un copeau assez fin, mais la recette traditionnelle relayĂ©e par les producteurs de Reko Ren exige de DĂCONGELER complĂštement les copeaux avant de les saisir, faute de quoi l'eau relĂąchĂ©e fait bouillir la viande au lieu de la colorer â ce qui contredit frontalement l'usage domestique rĂ©pandu qui consiste Ă verser le sachet gelĂ© dans la poĂȘle.
Enfin la mĂȘme publication du Sametinget rappelle qu'on peut faire du skav avec un cĆur de renne gelĂ©, et qu'existe un suovas-skav rabottĂ© sur de l'intĂ©rieur de cuisse salĂ© et fumĂ©, plus cher parce qu'il suppose dĂ©coupe, salage, sĂ©chage et fumage avant mĂȘme de commencer Ă raboter.
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Sortir le renskav du congĂ©lateur bien avant de cuisiner et le laisser dĂ©congeler entiĂšrement au rĂ©frigĂ©rateur, puis le sĂ©cher sur du papier absorbant. Ce point est contre-intuitif â le skav se fabrique justement en rabotant un bloc gelĂ© â mais la recette traditionnelle des producteurs de renne est formelle : les copeaux doivent ĂȘtre totalement dĂ©congelĂ©s au moment de la cuisson. Des copeaux encore pris de glace libĂšrent en fondant plusieurs cuillerĂ©es d'eau qui refroidissent la poĂȘle et font bouillir la viande. Les copeaux prĂȘts se dĂ©tachent les uns des autres du bout des doigts, souples, d'un rouge sombre presque violet, sans flaque au fond du rĂ©cipient. Si l'on est pressĂ© et qu'ils sont encore glacĂ©s, mieux vaut alors les cuire en tout petites poignĂ©es et accepter d'y passer trois fois plus de temps que de tout mettre d'un coup.
Le pourquoiL'eau doit s'évaporer avant que la surface puisse dépasser cent degrés et entamer les réactions de Maillard ; tant qu'il reste de l'eau libre, la température de la viande plafonne à cent degrés et l'on fait de la cuisson à l'étouffée, grise et sans croûte.
Si l'on fait la version stuvad, Ă©mincer l'oignon et le faire fondre doucement au beurre dans une seconde poĂȘle jusqu'Ă ce qu'il devienne translucide et sucrĂ©, huit minutes environ, puis rĂ©server. ProcĂ©der de mĂȘme avec les champignons, en les faisant d'abord rendre toute leur eau Ă feu vif dans une poĂȘle sĂšche avant d'ajouter la matiĂšre grasse. Ce dĂ©doublement n'est pas de la coquetterie : oignon et champignons contiennent beaucoup d'eau, et les cuire avec la viande revient Ă la faire bouillir. La cible est un oignon dorĂ© et fondant, des champignons qui grĂ©sillent et ont perdu les deux tiers de leur volume. Si l'on manque de poĂȘles, cuire d'abord la viande, la rĂ©server, puis faire les lĂ©gumes dans la mĂȘme poĂȘle en dĂ©glaçant les sucs â l'ordre inverse ne marche pas.
Le pourquoiLes champignons sont composĂ©s Ă plus de quatre-vingt-dix pour cent d'eau ; tant qu'elle n'est pas Ă©vacuĂ©e, la poĂȘle reste sous les cent degrĂ©s et rien ne colore. Les cuire Ă sec d'abord fait sortir cette eau sans consommer la matiĂšre grasse, qui n'aurait servi qu'Ă la diluer.
Chauffer une grande poĂȘle Ă feu vif jusqu'Ă ce qu'une goutte d'eau y danse et s'Ă©vapore instantanĂ©ment, puis y jeter une noix de beurre. DĂšs qu'il mousse, ajouter une PETITE poignĂ©e de copeaux, en couche unique, et ne les toucher qu'aprĂšs une trentaine de secondes ; les retourner, compter encore une trentaine de secondes, et dĂ©barrasser dans une assiette chaude. Recommencer trois ou quatre fois, en remettant un peu de beurre Ă chaque fournĂ©e. La consigne des producteurs est explicite : cuire par petites quantitĂ©s pour que la poĂȘle ne refroidisse pas. Ă l'oreille, la bonne fournĂ©e grĂ©sille violemment et sans discontinuer ; dĂšs qu'on entend un bruit de bouillon, c'est ratĂ©. La cible est un copeau dorĂ© sur les faces, encore rosĂ© au centre, souple sous la fourchette. Si une fournĂ©e a bouilli, l'Ă©goutter, monter le feu et la repasser trente secondes Ă sec â on rĂ©cupĂšre un peu de couleur, jamais la tendretĂ© perdue.
Le pourquoiLe renne est une viande extrĂȘmement maigre, autour de deux Ă trois pour cent de lipides, sans gras intramusculaire pour tamponner la chaleur ; ses fibres se contractent et expulsent leur eau trĂšs vite au-delĂ de soixante-cinq degrĂ©s Ă cĆur. La fenĂȘtre entre saisi et dessĂ©chĂ© se compte en dizaines de secondes, d'oĂč la nĂ©cessitĂ© d'une poĂȘle brĂ»lante et de petites quantitĂ©s.
La derniĂšre fournĂ©e dĂ©barrassĂ©e, verser un dĂ©cilitre d'eau ou de bouillon de renne dans la poĂȘle encore brĂ»lante et gratter le fond Ă la spatule pour dissoudre les sucs caramĂ©lisĂ©s. Laisser rĂ©duire une minute, remettre l'oignon et les champignons si l'on en a fait, ajouter la crĂšme le cas Ă©chĂ©ant, puis rendre toute la viande Ă la poĂȘle avec le jus qu'elle a rendu dans l'assiette. MĂ©langer hors du feu ou sur feu trĂšs doux, trente secondes, le temps que tout soit chaud et nappĂ©. Saler et poivrer maintenant seulement. La cible est une viande enrobĂ©e d'un jus court et brillant, pas une viande en sauce. Si la sauce est trop longue, la rĂ©duire AVANT de remettre la viande, jamais aprĂšs.
Le pourquoiLes sucs collĂ©s au fond sont des mĂ©lanoĂŻdines et des acides aminĂ©s issus des rĂ©actions de Maillard : ce sont eux qui portent l'essentiel du goĂ»t rĂŽti, et le dĂ©glaçage les remet en solution au lieu de les laisser dans la poĂȘle Ă laver.
Dresser une large cuillerĂ©e de purĂ©e de pommes de terre, creuser lĂ©gĂšrement le centre et poser la viande PAR-DESSUS, de sorte que le jus de la poĂȘle descende dans la purĂ©e â c'est la façon de servir que dĂ©crit la recette traditionnelle, et elle change rĂ©ellement l'assiette. Ă cĂŽtĂ©, une bonne cuillerĂ©e de confiture d'airelles bien froide et deux ou trois tranches de concombre salĂ©. Rien d'autre : pas de salade, pas de lĂ©gume vert. La cible est une bouchĂ©e qui prend Ă la fois la viande, la purĂ©e imprĂ©gnĂ©e et un peu d'airelle. Si l'on a fait la version Ă la crĂšme, servir alors dans une assiette creuse et non plate, le jus Ă©tant plus abondant.
Le pourquoiLa purée de pomme de terre, riche en amidon et en matiÚre grasse, capte les composés aromatiques liposolubles du jus de renne et les redistribue en bouche ; servie à cÎté, elle reste un féculent neutre et le jus se perd au fond de l'assiette.
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Sourcer ou se taire
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