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Atlas Culinaire · Guatemala · Amériques
TĂȘte, foie et abats de porc patiemment cuits puis remis dans un recado rouge tomate-miltomate-chile guaque liĂ© Ă la tortilla et colorĂ© Ă l'achiote â l'un des plus vieux ragoĂ»ts mĂ©tis du Guatemala, nĂ© Ă Antigua au XVIá” siĂšcle, servi avec du riz et des tortillas chaudes.
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Commencez par flamber les derniers poils de la tĂȘte de porc sur la flamme, puis plongez-la dans une grande marmite d'eau salĂ©e et laissez-la cuire Ă frĂ©missement environ deux heures, jusqu'Ă ce que la chair se dĂ©tache de l'os. On prend ce temps parce que la tĂȘte est riche en collagĂšne et en cartilage : seule une cuisson longue les attendrit et donne ce moelleux gĂ©latineux qui fait le revolcado. Vous saurez que c'est prĂȘt quand la viande, les oreilles et la peau se dĂ©tachent sans rĂ©sistance et que le bouillon est trouble et parfumĂ©. La cible, c'est une chair fondante et un bouillon de fond goĂ»teux que vous rĂ©serverez pour le recado. Si la viande rĂ©siste encore, prolongez sans hĂ©siter, un abat mal cuit reste caoutchouteux. Et surtout, Ă©cartez la rate si elle est prĂ©sente : elle rendrait tout le plat amer.
Pendant ce temps, faites cuire le foie de porc une vingtaine de minutes dans un peu de bouillon, puis séparez-le en deux portions : l'une que vous coupez en petits dés, l'autre que vous réservez pour la mixer dans le recado. Ce dédoublement est une astuce de cuisiniÚre chapina : le foie mixé épaissit et enrichit la sauce d'un goût profond et légÚrement ferreux, tandis que les dés gardent de la mùche dans le ragoût. Vous reconnaßtrez le foie cuit à sa couleur uniformément brune et à sa fermeté. La cible, c'est un foie juste cuit, ni cru ni desséché. Trop cuit, il devient granuleux et sec ; surveillez-le donc. Réservez les deux portions séparément pour la suite.
Sur un comal ou une poĂȘle sĂšche bien chaude, faites toaster les tomates, les miltomates, l'oignon, les gousses d'ail et le poivron jusqu'Ă ce que leurs peaux noircissent par endroits, et toastez Ă part les chiles guaque Ă©pĂ©pinĂ©s quelques secondes par face avant de les faire tremper dans de l'eau chaude. Ce toastage Ă sec est le secret du fond fumĂ© du recado : la chaleur caramĂ©lise les sucres des tomates et rĂ©veille les huiles des chiles, ce qu'une simple Ă©bullition ne ferait jamais. Vous sentirez une odeur grillĂ©e monter et verrez les peaux cloquer et brunir. La cible, c'est des lĂ©gumes tendres et marquĂ©s de taches noires, et des chiles assouplis et parfumĂ©s. Attention Ă ne pas carboniser les chiles, qui tourneraient Ă l'amer en quelques secondes de trop. Ăgouttez-les avant de mixer.
RĂ©unissez dans le mixeur les tomates et miltomates toastĂ©s, les chiles trempĂ©s, l'oignon, l'ail, le poivron, le cumin, la moitiĂ© de foie rĂ©servĂ©e et les tortillas de maĂŻs prĂ©alablement trempĂ©es, puis mixez avec un peu de bouillon jusqu'Ă obtenir un recado lisse et nappant. La tortilla mixĂ©e est ici le liant traditionnel d'Antigua : c'est elle qui Ă©paissit la sauce et lui donne du corps, lĂ oĂč une version tardive utiliserait de la mie de pain. Vous obtiendrez une purĂ©e rouge-brun homogĂšne, ni trop liquide ni pĂąteuse. La cible, c'est un recado qui nappe la cuillĂšre sans couler comme de l'eau. S'il est trop Ă©pais, dĂ©tendez-le au bouillon ; trop liquide, ajoutez une demi-tortilla. Passez-le au tamis si vous le voulez trĂšs lisse.
Dans une grande marmite, idĂ©alement en terre, chauffez un filet d'huile et dĂ©layez l'achiote, puis versez le recado mixĂ© â il va projeter, soyez prudent â et laissez-le frire et rĂ©duire une quinzaine de minutes en remuant. Cette cuisson du recado, dite sofrito, est capitale : elle concentre les saveurs, cuit le goĂ»t cru de la tomate et fixe la couleur rouge intense de l'achiote. Vous verrez la sauce foncer, Ă©paissir et l'huile rougie remonter Ă la surface, signe qu'elle est prĂȘte. La cible, c'est un recado lustrĂ©, rouge profond, aux arĂŽmes fondus. GoĂ»tez et ajustez le sel ; si l'amertume pointe, c'est souvent un excĂšs d'achiote, corrigez avec une pincĂ©e de sucre. Remuez rĂ©guliĂšrement pour qu'il n'attache pas au fond.
Ajoutez maintenant au recado la viande effilochĂ©e de la tĂȘte, les dĂ©s de foie (et le cĆur ou la longe si vous en mettez), puis mouillez avec le bouillon rĂ©servĂ© jusqu'Ă obtenir la consistance d'un ragoĂ»t gĂ©nĂ©reux et laissez mijoter une vingtaine de minutes. Ce mijotage final marie les abats au recado et les imprĂšgne de sa saveur : la viande boit la sauce, la sauce s'enrichit du gras des abats, l'ensemble s'harmonise. Vous le reconnaĂźtrez Ă l'arĂŽme rond et au recado qui nappe joliment chaque morceau. La cible, c'est un revolcado nourrissant, ni soupe ni pĂąte, oĂč la cuillĂšre tient debout sans peine. S'il rĂ©duit trop, rallongez de bouillon ; s'il est trop liquide, laissez rĂ©duire Ă dĂ©couvert. Rectifiez le sel une derniĂšre fois.
Servez le revolcado bien chaud dans des assiettes creuses, accompagnĂ© de riz blanc et d'une pile de tortillas de maĂŻs chaudes pour saucer. C'est ainsi qu'on le mange Ă Antigua comme dans les comedores de la capitale : le riz absorbe le recado rouge, la tortilla sert de cuillĂšre comestible, et l'on alterne bouchĂ©es d'abats fondants et grains de riz nappĂ©s. La cible, c'est une assiette gĂ©nĂ©reuse et roborative, plat de fĂȘte populaire et de grandes tablĂ©es. PrĂ©sentez-le simplement, le revolcado n'a pas besoin de dĂ©cor : sa couleur rouge profond et son fumet font tout le travail. Proposez des quartiers de citron vert Ă cĂŽtĂ©, leur aciditĂ© rĂ©veille le cĂŽtĂ© gras des abats. Mangez sans façon, Ă la cuillĂšre et Ă la tortilla.
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