Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Autriche · Styrie
Le ragoût alpin d'hiver à l'orge perlé, aux haricots et au porc fumé du sud de l'Autriche — un plat de Carême préhistorique attesté dès l'âge du fer à Hallstatt
Dans les galeries salines de Hallstatt, à 400 mètres sous la montagne, des archéologues ont trouvé dans les années 1990 quelque chose d'inattendu : des restes alimentaires préservés par le sel depuis l'âge du fer, il y a 3 500 ans. Parmi les contenus d'estomacs fossilisés et les dépôts collés aux parois des ustensiles de cuisson, on reconnaît sans ambiguïté les ingrédients d'un ragoût : orge (Hordeum vulgare), légumineuses — des fèves (Vicia faba minor) — et des os de porc salé. Le Ritschert existait avant l'Autriche, avant la Styrie, avant le mot lui-même.
La première mention écrite ne vient pas d'un livre de cuisine mais d'un récit de voyage. En 1485, le secrétaire apostolique Paolo Santonino accompagnait le visiteur épiscopal Matthias Schinosi dans sa tournée des paroisses de Carinthie. Dans son journal du Gailtal, Santonino décrit un repas de huit plats — et le huitième, noté sans nom, est « de l'orge dans un bouillon de viande gras ». C'est notre Ritschert, à 541 ans de distance, servi à une table d'Église dans une vallée alpine. Le nom lui-même — ru(e)tschart — n'apparaît par écrit que cinquante ans plus tard, en 1534, dans le livre de cuisine du monastère de Tegernsee en Bavière, preuve que le plat débordait déjà les frontières régionales.
Ritschert vient du slovène ričet (gruau d'orge) — un héritage de la longue cohabitation austro-slovène dans les Alpes orientales. En Carinthie, on dit aussi Gerstbrein (de Gerste, l'orge, et Brei, la bouillie), terme qui a lui-même migré en slovène sous la forme ješprenj. Cette circulation des mots entre langues voisines dit tout de la nature de ce plat : il n'appartient ni à un peuple ni à un État, mais à un territoire, celui des vallées alpines qui s'étirent de la Styrie à la Carinthie et jusqu'en Slovénie, où le cousin slovène ričet est quasi identique.
La recette est d'une honnêteté absolue : on fait tremper la nuit des grains d'orge perlé (Rollgerste) et des haricots secs. Le lendemain, on les réunit dans une grande casserole avec des os à moelle ou du lard fumé (Selchfleisch — Stelzen ou Rippchen), on couvre d'eau, on laisse mijoter deux à trois heures. L'orge gonfle et libère son amidon, épaississant le bouillon en une texture crémeuse et dense ; les haricots fondent à moitié, le lard parfume tout. On ajoute oignon, ail, laurier, marjolaine. C'est un plat de soudure — ces repas qu'on fait en fin d'hiver, quand les réserves s'épuisent mais que les légumes frais ne sont pas encore là.
La grande querelle du Ritschert oppose la Styrie à la Carinthie sur le choix du haricot. En Carinthie, la tradition est au gros haricot blanc (dicke weiße Bohnen). En Styrie, c'est le Käferbohne — le haricot coureur, marbré rouge et noir — qui s'impose, jugé « bien plus aromatique que le haricot blanc » et responsable de la couleur et du goût caractéristiques du Ritschert styrien. Ces deux versions ont des défenseurs fervents et des familles entières qui refusent de transiger. Le Ritschert est l'un de ces rares plats où la géographie interne d'un pays s'exprime dans une seule légumineuse.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
La veille, mettre l'orge perlé et les haricots secs à tremper SÉPARÉMENT dans deux grands volumes d'eau froide, au moins 6 à 12 heures. Le lendemain, égoutter dans une passoire et laisser bien s'égoutter.
Émincer l'oignon, presser l'ail. Couper carottes, céleri-rave et poireau en petits dés. Hacher finement la livèche. Détailler la viande fumée en dés réguliers.
Dans une grande cocotte, faire revenir doucement l'oignon émincé sans le colorer, puis ajouter l'ail et laisser parfumer. Ajouter carottes et céleri-rave et faire suer quelques minutes.
Verser les haricots égouttés et le bouillon, porter à ébullition puis baisser à frémissement. Ajouter les feuilles de laurier. Laisser cuire les haricots environ 30 minutes avant d'ajouter le reste.
Incorporer l'orge perlé égoutté et les dés de viande fumée. Ajouter la marjolaine et la livèche. Compléter avec de l'eau ou du bouillon si nécessaire pour bien couvrir.
Laisser mijoter à feu doux, à couvert, jusqu'à ce que l'orge et les haricots soient bien tendres et que le ragoût ait épaissi, en remuant de temps en temps pour qu'il n'attache pas, environ 1 heure à 1 h 30.
Une dizaine de minutes avant la fin, ajouter le poireau émincé pour qu'il garde un peu de tenue et de fraîcheur dans le ragoût.
Goûter, puis rectifier en sel et poivre seulement maintenant. Retirer les feuilles de laurier. Servir bien chaud, en Carinthie avec du pain noir. Encore meilleur réchauffé le lendemain.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.