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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Deux cuissons et une meringue entre les deux : le roscón de Popayán se reconnaît à sa carapace blanche craquante, pas à sa forme
Celui de Bogotá est une couronne briochée fourrée d'arequipe ou de bocadillo.
Celui de Popayán, tel que l'inventaire du Ministerio de Cultura le recense pour la ville, est un « amasijo en forme de couronne que l'on RECOUVRE de blancs d'œufs montés en neige et de sucre et que l'on repasse ENFIN au four », avec une porteuse nommée, Esperanza Ortega (MinCultura et Gobernación du Cauca, « Informe final orden 623-2006 », Bogotá).
Le point tranché est là : c'est une double cuisson séparée par un glaçage de meringue, et c'est ce glaçage qui donne la carapace blanche craquante caractéristique.
Un roscón simplement doré à l'œuf entier avant d'aller au four — la méthode courante — est un autre gâteau.
Deuxième point, contextuel : les roscones appartiennent au corpus des dulces payaneses, dont plusieurs remontent à la période coloniale et qui font aujourd'hui partie du patrimoine immatériel de la Ciudad Blanca ; la Universidad del Cauca leur consacre un travail de recensement qui nomme les « portadoras de tradición », les femmes qui les tiennent.
Popayán est par ailleurs la première ville au monde déclarée Ville créative UNESCO de gastronomie, en 2005.
Troisième point, technique et contre-intuitif : la meringue se pose sur un roscón DÉJÀ CUIT et encore tiède, jamais sur la pâte crue.
Posée sur du cru, elle brunit et s'effondre avant que la pâte n'ait fini de cuire.
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Délayer la levure dans le lait tiède avec une pincée de sucre et laisser mousser dix minutes. Réunir la farine, le sucre, le sel et les zestes en fontaine, verser au centre la levure et les deux œufs entiers. Pétrir dix minutes, puis incorporer le beurre ramolli et pétrir cinq minutes de plus. La cible est une pâte souple, satinée, qui se décolle du plan de travail. Le sel s'ajoute avec la farine, jamais au contact direct de la levure.
Le pourquoiLe beurre ajouté après développement du gluten lubrifie un réseau déjà formé, alors qu'incorporé d'emblée il empêcherait les protéines de s'assembler.
Bouler la pâte, la couvrir d'un linge et la laisser pousser une heure environ, à l'abri des courants d'air, jusqu'à ce qu'elle double nettement. La cible est une pâte gonflée dans laquelle un doigt enfoncé laisse une empreinte qui remonte lentement. Une pâte enrichie en beurre et en œufs lève plus lentement qu'un pain simple : dans une cuisine fraîche, compter une heure et demie sans s'inquiéter.
Le pourquoiLes levures produisent leur maximum de CO₂ entre 24 et 28 °C ; au-delà, elles s'épuisent et la pâte prend un goût aigre.
Dégazer et diviser la pâte en dix portions. Rouler chacune en boudin de vingt-cinq centimètres, puis souder les deux extrémités pour former une couronne, en pinçant fermement. Les ranger espacées sur une plaque. La cible est une couronne régulière, à trou central bien ouvert. Le trou se referme à la pousse et à la cuisson : le faire nettement plus large qu'on ne le souhaite au final.
Le pourquoiLa pâte se rétracte et gonfle simultanément à la cuisson ; un trou central généreux compense cette fermeture et préserve la forme de couronne.
Couvrir et laisser pousser quarante minutes, jusqu'à ce que les couronnes aient bien gonflé. La cible est un pâton bombé qui frémit quand on secoue la plaque. Ne PAS dorer à ce stade : c'est là que le roscón payanés diverge de tous les autres. La surface part nue au four, et le glaçage n'interviendra qu'entre les deux cuissons.
Le pourquoiUne pâte surfermentée a épuisé ses sucres et affaibli son réseau : elle ne retient plus l'expansion thermique du four et s'affaisse.
Enfourner à 180 °C pour vingt à vingt-deux minutes, jusqu'à ce que les couronnes soient cuites mais à peine colorées. La cible est un roscón cuit à cœur, blond très clair, encore pâle. Il ne doit pas dorer : il retournera au four et une couronne déjà brune ressortira trop cuite sous sa meringue. Sortir et laisser tiédir dix minutes seulement.
Le pourquoiLa pâte doit achever sa cuisson au premier passage : le second, très doux, ne servira qu'à sécher la meringue et n'apportera plus de chaleur au cœur.
Monter les trois blancs avec les gouttes de citron jusqu'au bec d'oiseau, puis les serrer en ajoutant le sucre glace en trois fois. Napper généreusement chaque roscón tiède, en couche d'un demi-centimètre, et saupoudrer de sucre cristallisé. La cible est une meringue brillante, ferme, qui tient sur la couronne sans couler. Sur un roscón brûlant elle fond et glisse ; sur un roscón froid elle n'adhère pas — tiède est le seul état qui marche.
Le pourquoiÀ température tiède, la surface du roscón est encore légèrement humide et poreuse : la meringue s'y ancre mécaniquement sans que la chaleur ne liquéfie son sucre.
Remettre les roscones au four à 120 °C pour dix à douze minutes, uniquement pour sécher la meringue. Elle doit rester blanche et devenir craquante. La cible est une carapace blanche, sèche, qui craque sous le couteau sur une couronne moelleuse. À 180 °C, la meringue brunit, craquelle et coule sur les flancs : c'est l'erreur qui distingue immédiatement un roscón payanés d'un roscón raté. Laisser refroidir complètement avant de servir.
Le pourquoiLa meringue sèche par évaporation lente en dessous de 130 °C ; au-delà, les sucres caramélisent et le réseau protéique se rétracte, ce qui la fait craqueler et couler.
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Sourcer ou se taire
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