Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Suisse · Berne & Oberland
De la galette du petit-déjeuner paysan au plat national qui a donné son nom au « fossé du rösti » : des pommes de terre râpées, saisies dans le gras jusqu'à la croûte dorée — en huit écoles, de Berne au Tessin.
Le rösti commence la veille, le soir. C'est là tout son art, aussi humble que radical : on cuit les pommes de terre en robe des champs, on les laisse refroidir une nuit entière, et c'est seulement le lendemain qu'on les râpe en gros filaments. Ce repos au froid n'est pas une lubie de cuisinier — c'est de la chimie. En refroidissant, l'amidon se réorganise et se raffermit (les savants parlent de « rétrogradation »), si bien que les filaments tiennent à la cuisson au lieu de s'écraser en purée. La patience, ici, se mange.
La guerre du rösti tient en un mot : CRUES ou CUITES ? L'école bernoise, la patrimoniale, exige des pommes de terre cuites la veille puis refroidies — ce sont elles qui donnent les filaments qui tiennent.
✦ Choisissez votre école ✦
Pommes de terre cuites la veille puis refroidies, mêlées de lardons fumés (Speck) et d'un filet de lait. C'est la « Berner Rösti », inscrite au patrimoine culturel immatériel depuis 2012. JAMAIS d'oignon.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
La veille au soir, faites cuire les pommes de terre en robe des champs à l'eau salée, 25 à 30 minutes, jusqu'à ce qu'elles soient cuites mais encore fermes au cœur. Égouttez, laissez tiédir, puis oubliez-les une nuit entière au réfrigérateur. Le lendemain, pelez-les et râpez-les à gros trous : vous obtenez de longs filaments dorés. Faites rissoler les dés de lard fumé jusqu'à ce qu'ils croustillent, réservez-les en gardant la graisse fondue, puis mêlez délicatement lard et filet de lait aux pommes râpées.
Le pourquoiLe repos d'une nuit au froid fait « rétrograder » l'amidon : les chaînes se réorganisent et se raffermissent, ce qui donne des filaments qui tiennent au lieu de fondre en purée. [Harold McGee, On Food and Cooking ; Berner Rösti, Lebendige Traditionen (canton de Berne)]
Faites bien chauffer une poêle antiadhésive de 26 à 28 cm. Ajoutez le gras — beurre à rôtir ou beurre clarifié — et, dès qu'il est chaud, retirez-en l'excédent : il doit enrober la poêle, pas y former une mare. La poêle doit être franchement chaude avant que les pommes y entrent.
Le pourquoiTrop de gras au départ s'infiltre dans la galette, l'alourdit et forme une couche grasse entre les filaments qui les empêche de se souder — l'effet de l'amidon est annulé. [Stéphane Décotterd, démonstration filmée]
Versez les pommes râpées dans la poêle chaude. Étalez-les sans les tasser comme du ciment : laissez-les respirer, puis donnez-leur à la spatule la forme d'une galette ronde et régulière, légèrement bombée. À partir de là, on ne remue plus — on laisse la croûte se construire.
Le pourquoiUne galette qu'on remue ne forme jamais de croûte : c'est l'immobilité au contact du gras chaud qui caramélise l'amidon de surface. [Swissmilk ; Betty Bossi (Berner Rösti)]
Laissez cuire à feu moyen-doux une dizaine de minutes, sans y toucher, jusqu'à une croûte dorée et profonde sur le dessous. Pour aider la galette à se figer, vous pouvez glisser la poêle quelques minutes dans un four bien chaud : elle se tiendra mieux et sera plus facile à retourner.
Le pourquoiUne cuisson douce et patiente sèche et dore l'amidon de surface en une croûte continue, sans brûler le cœur. [Tiptopf ; Swissmilk]
Le grand moment. Posez une grande assiette plate (ou un couvercle) sur la poêle. D'un geste ferme et sûr, en protégeant votre main, retournez la poêle : la galette tombe sur l'assiette, face dorée vers le haut. Remettez un peu de gras dans la poêle, puis faites reglisser la galette dedans, face crue vers le fond.
Le pourquoiRetourner à l'assiette plutôt qu'à la spatule garde la galette entière et la croûte intacte. [Swissmilk ; Betty Bossi]
Laissez cuire la seconde face une dizaine de minutes à feu moyen-doux, jusqu'à une dorure aussi franche que la première. Un peu de beurre frais en fin de cuisson achèvera la couleur.
Le pourquoiLa seconde face cuit plus vite : la galette est déjà chaude à cœur, il ne reste qu'à dorer. [Swissmilk]
Faites glisser le rösti sur une grande assiette chaude. Si le cœur vous en dit — c'est l'héritage paysan —, couronnez-le d'un œuf au plat, dont le jaune coulant fera office de sauce. Une salade verte bien vinaigrée pour la fraîcheur, un verre de Chasselas, et la table est servie.
Le pourquoiL'œuf au plat et la salade acidulée équilibrent la richesse de la galette : c'est le repas complet du soir, simple et roboratif. [Berner Rösti, Lebendige Traditionen (canton de Berne)]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
♔ Cette recette n'a jamais été testée par la communauté. Soyez le premier à fermer la couronne.
Le cousin grison, resté au pays : les Maluns sont des pommes de terre cuites la veille, râpées puis longuement roulées dans la farine et le beurre à feu doux jusqu'à former des petites perles dorées. Même point de départ que le rösti — la patate cuite-refroidie — pour une texture toute différente.
Voir la recette →CousineGalette suisse de pommes de terre râpées, archétype.
Voir la recette →CousineLe cousin « féculent » sans le fromage filant : la galette de pommes de terre suisse, autre grand classique alpin de la pomme de terre.
Voir la recette →CousineL'accompagnement obligé. À Zurich, le Geschnetzeltes se sert avec un rösti doré et croustillant — l'accord est devenu si évident qu'on imagine mal l'un sans l'autre. La galette de pommes de terre éponge la sauce crémeuse à merveille.
Voir la recette →CousineRösti suisse, autre galette de pomme de terre râpée.
Voir la recette →La cousine irlandaise, maligne : elle marie pomme de terre crue râpée ET purée cuite dans une même pâte — un compromis cru/cuit qui n'est pas sans rappeler le tour de main hybride des chefs. « Boxty on the griddle, boxty in the pan », dit la comptine.
Pas encore dans l'AtlasLe cousin d'outre-Atlantique du petit-déjeuner : pommes de terre râpées saisies à la plaque jusqu'au croustillant, en galette ou en talons compacts. Même geste que le rösti nature, mais né dans les diners américains de la fin du XIXᵉ siècle.
Pas encore dans l'AtlasLa cousine germanique : des pommes de terre crues râpées, liées d'œuf et d'un peu de farine, frites en petites galettes individuelles plutôt qu'en un grand disque. On les sert souvent avec de la compote de pommes ou du sucre — un glissement vers le sucré que le rösti ne connaît pas.
Pas encore dans l'AtlasLa galette de fête : pommes de terre râpées, oignon, œuf et farine, frites dans l'huile pour Hanoucca, où l'huile a une valeur symbolique. Plus liée que le rösti, et toujours individuelle, servie avec compote de pommes ou crème acidulée.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
♔ COURONNE — PAGE MAÎTRESSE · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.