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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Une baie de garrigue, du sucre, quarante-cinq jours d'anaérobie — et surtout aucun alambic, contrairement à ce que le mot rượu laisse croire.
La première tient au mot : en vietnamien, rượu désigne indifféremment un vin et un alcool distillé, ce qui fait croire à beaucoup de visiteurs que le rượu sim sort d'un alambic.
Il n'en sort pas — c'est une fermentation de fruit au sucre en milieu anaérobie, sur quarante à quarante-cinq jours, sans aucune étape de distillation, et une recette qui en comporterait une décrirait un autre produit.
La deuxième concerne la protection : le registre officiel des indications géographiques ne connaît, pour l'ancienne province de Kiên Giang, que le nước mắm de Phú Quốc sous le numéro 6-00001 (https://ipvietnam.gov.vn/en/danh-sach-cac-chi-dan-ia-ly-uoc-bao-ho-tai-viet-nam) ; le rượu sim n'y figure pas, et les étoiles OCOP dont se prévalent les producteurs relèvent d'un programme de développement rural qui certifie une démarche qualité, pas une origine protégée.
La troisième est sanitaire : la baie est vendue avec un discours thérapeutique appuyé.
La science documente bien sa composition — cinq anthocyanes identifiés par chromatographie, delphinidine, cyanidine, péonidine, pétunidine et malvidine en glucosides — mais documenter des anthocyanes dans un fruit ne démontre aucun effet dans un verre d'alcool.
L'usage est réel et ancien ; la propriété reste à prouver.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Étalez les baies sur un plateau et triez-les une à une. Vous ne gardez que les fruits violet-noir profond, qui cèdent légèrement sous la pression du doigt et se détachent sans effort de leur pédoncule. Écartez impitoyablement les baies encore rouges ou fermes, qui sont acides et très tanniques, ainsi que toute baie fendue, moisie ou piquée. Ce tri conditionne tout : la couleur du vin, sa rondeur, et sa capacité à ne pas tourner. Retirez également feuilles et brindilles, dont les tanins verts donneraient une amertume herbacée impossible à corriger ensuite.
Le pourquoiLa maturité fait chuter les tanins condensés et monter les sucres fermentescibles et les anthocyanes, ces derniers étant les pigments qui donneront sa couleur au vin.
Rincez les baies à l'eau claire, rapidement et sans les laisser tremper, puis étalez-les sur un linge propre pour qu'elles sèchent en surface. Le séchage compte autant que le rinçage : de l'eau résiduelle dilue le moût et déséquilibre le rapport sucre/fruit que vous avez calculé. Si vous comptez sur les levures indigènes plutôt que sur des levures sélectionnées, soyez d'autant plus délicat au rinçage, car c'est la pruine à la surface du fruit qui les porte et un lavage énergique l'emporte. Travaillez vite et manipulez peu.
Le pourquoiLa pruine cireuse du fruit héberge les levures sauvages du genre Saccharomyces et apparentés, qui assurent le démarrage spontané de la fermentation.
Écrasez les baies à la main dans un grand récipient, en les froissant entre les doigts plutôt qu'en les broyant. Vous cherchez à ouvrir la peau et à libérer la pulpe et le jus, rien de plus. Les pépins doivent rester intacts : ils sont chargés de tanins durs et d'huiles qui rendent le vin âpre et râpeux, et aucun élevage ne rattrape ce défaut. C'est exactement la raison pour laquelle le mixeur est proscrit ici, alors qu'il serait plus rapide. Vous devez obtenir une masse pourpre épaisse où flottent des peaux, du jus libre, et des pépins entiers.
Le pourquoiLes pépins concentrent des tanins condensés très astringents dont l'extraction augmente fortement dès qu'ils sont fracturés.
Disposez la pulpe et le sucre en couches alternées dans la bonbonne stérilisée, en commençant et en terminant par le sucre. Ne remplissez qu'aux deux tiers : la fermentation va produire une mousse abondante les premiers jours et le moût déborderait. Laissez reposer quelques heures sans rien faire. Le sucre, par osmose, va tirer le jus hors de la pulpe et former de lui-même un moût liquide, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter de l'eau. C'est ce moût concentré qui donnera un vin de corps plutôt qu'une boisson allongée et faible.
Le pourquoiLa pression osmotique exercée par le sucre extrait l'eau intracellulaire de la pulpe, ce qui produit le moût sans dilution.
Si vous utilisez des levures œnologiques, réhydratez-les d'abord dans un peu d'eau tiède, autour de trente-cinq degrés, pendant un quart d'heure, jusqu'à ce qu'une mousse fine apparaisse en surface. Incorporez-les ensuite doucement au moût en remuant avec une spatule stérilisée. Si vous vous en remettez aux levures indigènes du fruit, sautez cette étape mais attendez-vous à un démarrage plus lent, de deux à trois jours. Surveillez alors de près : en climat chaud, un démarrage tardif laisse le champ libre aux bactéries acétiques qui transformeraient tout en vinaigre. C'est le choix des producteurs traditionnels de l'île, et il suppose de rester près de la bonbonne les premiers jours.
Le pourquoiLa réhydratation progressive restaure la membrane cellulaire des levures lyophilisées et évite le choc osmotique qui les tuerait en milieu très sucré.
Fermez la bonbonne avec un barboteur, ou à défaut un linge serré par un élastique, mais jamais avec un bouchon hermétique. Le gaz carbonique doit pouvoir s'échapper, faute de quoi le récipient se met en pression et peut éclater. Placez à l'ombre, à température stable, et laissez travailler quarante à quarante-cinq jours, durée que les producteurs de l'île donnent de façon convergente. Les premiers jours la fermentation est tumultueuse et bruyante, puis elle s'apaise. Enfoncez le chapeau de peaux qui remonte à la surface une fois par jour la première semaine, à l'aide d'une spatule propre, pour éviter qu'il ne sèche et ne moisisse.
Le pourquoiLes levures convertissent les sucres en éthanol et en gaz carbonique ; le dégagement gazeux entretient une couverture protectrice au-dessus du moût et exclut l'oxygène.
Quand le dégagement gazeux a cessé et que le moût s'est éclairci, soutirez le vin par siphonnage en plongeant le tuyau à mi-hauteur, sans jamais toucher le dépôt accumulé au fond. Ces lies sont faites de levures mortes et de débris de pulpe, et les remettre en suspension donne un vin trouble et amer. Filtrez ensuite à travers une étamine fine, puis mettez en bouteilles de verre teinté remplies presque à ras bord pour limiter le volume d'air. Bouchez et laissez reposer au frais et à l'obscurité au moins un mois avant de goûter.
Le pourquoiL'autolyse des levures mortes libère des composés amers et soufrés ; les séparer précocement préserve la netteté aromatique.
Laissez les bouteilles reposer au frais et à l'obscurité au moins un mois, idéalement davantage. L'astringence des tanins s'assouplit, l'alcool s'intègre et la couleur se stabilise. Servez frais, en petits verres, jamais glacé — le froid excessif ferme les arômes de fruit rouge et ne laisse que l'astringence. Le vin obtenu est fruité, franchement coloré, modérément alcoolisé. Rappelez, si vous l'offrez, ce qu'il est et ce qu'il n'est pas : un vin de fruit fermenté, dont les vertus médicinales relèvent d'un usage traditionnel documenté et non d'un effet démontré.
Le pourquoiL'élevage permet la polymérisation lente des tanins, qui perdent leur agressivité, et l'estérification progressive qui construit le bouquet.
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Sourcer ou se taire
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