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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Une bouillie de riz au lait qu'on enrichit d'Ćufs, de crĂšme, d'amandes et de safran avant de l'enfourner : le plat de province de Gotland, et le seul dessert suĂ©dois dont le safran soit un hĂ©ritage commercial mĂ©diĂ©val.
Elle n'est pas non plus une prĂ©paration Ă la farine â sa base est de la RISGRYNSGRĂT, la bouillie de riz au lait suĂ©doise, ce qui en fait techniquement un gĂąteau de riz et l'apparente au risgrynsgröt de NoĂ«l bien plus qu'Ă une pĂąte Ă crĂȘpes.
Le deuxiĂšme point est celui du safran, et il porte l'histoire de l'Ăźle : le safran ne pousse pas en SuĂšde, mais il est prĂ©sent Ă Gotland depuis le Moyen Ăge, quand l'Ăźle Ă©tait un centre de commerce prospĂšre oĂč arrivaient les marchandises exotiques du monde entier.
La saffranspannkaka est donc un plat de terroir dont l'ingrĂ©dient signature n'a jamais Ă©tĂ© local â c'est le commerce, et non l'agriculture, qui l'a rendu gotlandais.
Le troisiĂšme point est un piĂšge de traduction qu'il faut signaler : l'accompagnement canonique est la SALMBĂRSSYLT, confiture de salmbĂ€r, une baie sauvage de Gotland qui ressemble Ă une mĂ»re ou Ă une myrtille â et non de la confiture de mĂ»res arctiques (hjortron), avec laquelle plusieurs sources francophones et anglophones la confondent.
La mûre arctique est orange et pousse dans les tourbiÚres du Nord ; la salmbÀr est une baie de Gotland, et la confusion vide le plat de son ancrage insulaire.
Enfin, la saffranspannkaka est le landskapsrÀtt de Gotland, ce qui lui donne un statut que peu de desserts suédois possÚdent.
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Porter l'eau Ă Ă©bullition, y verser le riz et laisser gonfler cinq minutes, puis ajouter le lait, une pincĂ©e de sel, et laisser cuire Ă tout petit feu Ă demi-couvert trente-cinq Ă quarante minutes, en remuant souvent â la bouillie de riz attache trĂšs vite. Elle est prĂȘte quand le riz est fondant et que la bouillie nappe la cuillĂšre. La refroidir complĂštement, idĂ©alement une nuit au rĂ©frigĂ©rateur. La cible est une gröt Ă©paisse et froide, qui tient sur la cuillĂšre. Si elle a attachĂ©, ne pas gratter le fond : le goĂ»t de brĂ»lĂ© traverserait tout le gĂąteau.
Le pourquoiEn refroidissant, l'amidon du riz rĂ©trograde et recristallise partiellement, ce qui Ă©paissit nettement la bouillie et lui donne du corps. C'est cette structure qui permettra au gĂąteau de tenir Ă la coupe sans excĂšs d'Ćufs.
Ăcraser les pistils de safran entre les doigts ou au mortier avec une pincĂ©e de sucre, puis les faire infuser dans un demi-dĂ©cilitre de lait chaud pendant au moins dix minutes, Ă couvert. Le lait prend une couleur orangĂ©e profonde et un parfum caractĂ©ristique. La cible est un lait franchement colorĂ©, pas jaune pĂąle. Si l'infusion reste claire, prolonger â les carotĂ©noĂŻdes du safran sont lentement solubles et une infusion trop courte gaspille l'Ă©pice.
Le pourquoiLa crocine, pigment hydrosoluble du safran, et le safranal, son composĂ© aromatique, se libĂšrent lentement et essentiellement en milieu chaud ; dix minutes d'infusion extraient plusieurs fois ce qu'une addition directe Ă froid donnerait pour la mĂȘme dose.
Battre les Ćufs avec la crĂšme et le miel, puis les incorporer Ă la bouillie de riz FROIDE en mĂ©langeant Ă la spatule. Ajouter les amandes hachĂ©es et l'infusion de safran, et mĂ©langer jusqu'Ă obtenir un appareil homogĂšne de couleur dorĂ©e. Il doit rester Ă©pais et lĂ©gĂšrement granuleux â on doit voir les grains de riz. La cible est un appareil jaune d'or oĂč le riz et les amandes se distinguent. Si l'appareil paraĂźt trop liquide, c'est que la bouillie n'Ă©tait pas assez Ă©paisse : ajouter une cuillerĂ©e de chapelure ou de semoule fine plutĂŽt que de la farine, qui donnerait un goĂ»t de pĂąte.
Le pourquoiLe gĂąteau tient par la combinaison de deux rĂ©seaux â l'amidon rĂ©trogradĂ© du riz et le gel protĂ©ique de l'Ćuf. Le premier fait la structure, le second la cohĂ©sion ; une bouillie trop liquide reporte toute la charge sur les Ćufs et le gĂąteau devient un flan.
Verser l'appareil dans un plat beurrĂ©, parsemer des amandes rĂ©servĂ©es et enfourner Ă deux cents degrĂ©s pour une trentaine de minutes â les sources gotlandaises donnent une fourchette de cent soixante-quinze Ă deux cent vingt-cinq degrĂ©s pour vingt-cinq Ă trente minutes. La surface dore et le centre doit encore trembler lĂ©gĂšrement. La cible est un gĂąteau dorĂ©, pris sur les bords, souple au cĆur. Si la surface colore trop vite, couvrir d'aluminium : c'est la cuisson Ă cĆur qui a besoin de sa durĂ©e.
Le pourquoiLes protĂ©ines de l'Ćuf coagulent entre soixante-cinq et quatre-vingts degrĂ©s ; poussĂ©es au-delĂ , elles se contractent et expulsent l'eau retenue par l'amidon, ce qui produit un gĂąteau sec et une flaque au fond du plat. Sortir le gĂąteau tremblant, c'est s'arrĂȘter juste avant.
Laisser tiĂ©dir une dizaine de minutes puis servir dans le plat, Ă la cuillĂšre ou en parts, avec de la confiture de salmbĂ€r et de la crĂšme fouettĂ©e non sucrĂ©e servies Ă part. La saffranspannkaka se mange tiĂšde ou froide, mais tiĂšde elle est nettement meilleure. La cible est une cuillerĂ©e oĂč le gĂąteau tiĂšde, la crĂšme froide et l'aciditĂ© de la confiture se rencontrent. Ă dĂ©faut de salmbĂ€r, une confiture de mĂ»res sauvages est le substitut le plus proche â mais pas la mĂ»re arctique, qui est un autre fruit et un autre goĂ»t.
Le pourquoiLa perception du safran et du miel augmente nettement avec la température, alors que la crÚme froide contraste et nettoie le palais entre deux cuillerées ; servi froid, le gùteau paraßt dense et son safran devient discret.
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Sourcer ou se taire
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