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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Le nom dĂ©signe une douane, pas un lieu â et l'inventeur Ă©tait tailleur de pierre
Il est né vers 1910 à **Sinaia**, sur la vallée de la Prahova au pied des Bucegi, de la main de **Filippo Dozzi**, un tailleur de pierre italien originaire d'Udine venu travailler en Roumanie, qui en distribuait d'abord à ses compagnons de chantier avant de fonder son entreprise.
Il ne s'appelait pas non plus « de Sibiu » mais **salam de iarnÄ**, salami d'hiver, parce qu'on ne pouvait le produire que de septembre Ă avril, huit mois par an.
Le nom actuel vient du commerce et de l'administration : les batons transitaient par la **Vama Sibiului**, la douane de Sibiu, qui y apposait un Ă©norme tampon â « Treceau prin Vama Sibiului, care punea batoanelor o ÈtampilÄ imensÄ Â» â, et le public a pris l'habitude de nommer le produit par le tampon qu'il portait (https://evz.ro/salamul-sibiu-reteta-iarna.html).
L'indication gĂ©ographique protĂ©gĂ©e obtenue en 2016 consacre donc **un poste de douane, pas un terroir** : c'est le pendant exact du cas PÄlincÄ du Vol.10, oĂč la Roumanie avait protĂ©gĂ© un mot plutĂŽt qu'un lieu.
Aujourd'hui le salami « de Sibiu » sort d'usines Ă Sinaia, BacÄu, BraÈov, CÄlÄraÈi et FilipeÈtii de PÄdure â Sibiu n'est qu'un site parmi d'autres.
Six producteurs se partagent l'appellation sous seize marques commerciales (https://www.apc-romania.ro/ro/i-salamul-de-sibiu-se-fabrica-de-6-producatori-si-se-vinde-sub-16-marci/NzI4LTA.html).
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Parez la viande de porc de tout tissu conjonctif, de tout gras mou et de toute zone sanguinolente, puis pesez : il faut au minimum sept cents grammes de maigre pour trois cents de lard, et le lard doit ĂȘtre du dorsal ferme. Mettez le gras au congĂ©lateur jusqu'Ă ce qu'il soit dur au toucher, et la viande au grand froid sans la congeler Ă cĆur. Cette discipline thermique n'est pas un confort de travail : elle dĂ©cide de l'aspect de la tranche finie. Un gras qui s'Ă©tale au hachage enrobe les grains de maigre d'un film qui les empĂȘche de se souder, et le salami se dĂ©lite au couteau soixante-dix jours plus tard, quand il est trop tard pour tout.
Le pourquoiLe point de fusion des graisses de porc dorsales est bas ; au-delĂ de 6-8 °C elles deviennent plastiques et s'Ă©talent au cisaillement au lieu d'ĂȘtre coupĂ©es, phĂ©nomĂšne connu sous le nom d'enrobage du maigre.
Passez maigre et gras au hachoir pour obtenir un grain de deux Ă quatre millimĂštres â le cahier des charges le dĂ©crit joliment comme la taille d'un « bob de orez », un grain de riz. Surveillez la tempĂ©rature de la pĂąte pendant l'opĂ©ration : elle doit rester comprise entre moins six et plus quatre degrĂ©s, une fourchette qui inclut dĂ©libĂ©rĂ©ment le nĂ©gatif. Incorporez le sel de salaison et les Ă©pices, puis malaxez juste assez pour que la mĂȘlĂ©e devienne collante et adhĂšre Ă la paume. Ne cherchez pas la finesse d'une chair Ă saucisse : c'est ce grain lisible qui donnera la mosaĂŻque nette de la tranche.
Le pourquoiLe sel solubilise l'actine et la myosine, qui gélifient à froid et soudent les grains entre eux ; c'est cette gélification, et non une cuisson, qui donne sa cohésion à un produit cru.
Embossez la mĂȘlĂ©e en boyau naturel ou en membrane collagĂ©nique, sans laisser passer d'air, puis liez les extrĂ©mitĂ©s Ă la ficelle en laissant une boucle de suspension. L'enveloppe doit ĂȘtre permĂ©able Ă la vapeur d'eau : c'est une condition et non une prĂ©fĂ©rence, car un salami dont la membrane retient l'humiditĂ© verra sa moisissure pousser magnifiquement en surface sans que la masse perde un gramme. Piquez une par une toutes les bulles visibles par transparence, en pressant doucement autour. Pesez et notez le poids de chaque baton : c'est le seul chiffre qui vous dira, dans deux mois et demi, si le produit est prĂȘt.
Le pourquoiLa perte de masse est le seul indicateur direct de la baisse d'activité de l'eau, grandeur qui gouverne à la fois la sécurité et la texture d'un produit cru.
RĂ©hydratez la culture de Penicillium nalgiovense selon sa notice et pulvĂ©risez-la uniformĂ©ment sur toute la surface des batoane, sans oublier les extrĂ©mitĂ©s. Le cahier des charges est catĂ©gorique sur l'espĂšce : Penicillium nalgiovense seul, ou un mĂ©lange de Penicillium **contenant nĂ©cessairement** nalgiovense. On n'espĂšre pas cette flore, on l'installe, et pour une raison de sĂ©curitĂ© autant que de goĂ»t â un champignon ensemencĂ© en masse occupe le terrain et empĂȘche les moisissures sauvages toxinogĂšnes de s'implanter. Laissez ensuite les batoane en chambre humide et tiĂšde le temps que le voile blanc apparaisse et couvre toute la surface.
Le pourquoiPenicillium nalgiovense est une souche sélectionnée non toxinogÚne qui occupe la niche écologique par exclusion compétitive ; son mycélium consomme sucres, protéines et lipides de surface et libÚre les métabolites qui font l'arÎme.
Fumez Ă froid, entre neuf et vingt-quatre degrĂ©s, au bois de feuillu exclusivement â hĂȘtre, chĂȘne ou leur mĂ©lange â pendant un minimum de trois jours et un maximum de dix. La fenĂȘtre haute de vingt-quatre degrĂ©s peut surprendre pour du fumage dit froid, mais c'est le plafond du cahier des charges, et il tient compte du fait que le champignon de surface est vivant et doit le rester. Fumez par sĂ©ances plutĂŽt qu'en continu, en laissant la piĂšce se rééquilibrer entre deux : la fumĂ©e se dĂ©pose sur une surface sĂšche et sature vite si l'on insiste. Le voile blanc doit rester blanc, simplement plus dense.
Le pourquoiLes phénols et aldéhydes de la fumée sont antioxydants et bactériostatiques, mais ils ne pénÚtrent que de quelques millimÚtres ; leur rÎle est de protéger l'interface, pas la masse, que le sel et le séchage prennent en charge.
Passez en séchoir entre huit et vingt-quatre degrés pour un minimum de soixante jours de maturation-séchage, le cycle complet ne pouvant descendre sous soixante-dix jours. C'est ici que le produit se fait, et il se fait lentement : le mycélium consomme les sucres, les protéines et les lipides de la surface et rejette les produits de son métabolisme, qui migrent vers l'intérieur et constituent l'arÎme propre du salami à moisissure noble. ContrÎlez l'humidité autant que la température, et pesez votre baton témoin chaque semaine. Une perte réguliÚre est le signe que tout va bien ; un palier prolongé annonce un croûtage.
Le pourquoiLa protéolyse et la lipolyse conduites par le champignon et par les enzymes endogÚnes libÚrent peptides, acides aminés et acides gras courts ; c'est un travail enzymatique, donc lent et dépendant de la température, qu'aucune durée raccourcie ne reproduit.
Au quarante-cinquiĂšme jour de maturation, chaque baton destinĂ© Ă ĂȘtre commercialisĂ© tranchĂ© est nettoyĂ© **Ă la main** de sa croĂ»te de moisissure noble. L'opĂ©ration se fait Ă sec, Ă la brosse ou au linge, sans couteau et surtout sans eau : humidifier la surface d'un salami qu'on vient de dĂ©barrasser de sa flore protectrice, c'est rĂ©installer les conditions d'une contamination au moment prĂ©cis oĂč la piĂšce est le plus vulnĂ©rable. Les batons vendus entiers, eux, gardent leur voile â c'est la signature visuelle du produit. AprĂšs nettoyage, le sĂ©chage se poursuit jusqu'au terme du cycle.
Le pourquoiLe mycĂ©lium a dĂ©jĂ consommĂ© les nutriments de surface et libĂ©rĂ© ses mĂ©tabolites ; passĂ© ce stade il ne contribue plus Ă l'arĂŽme mais continue de barrer les Ă©changes d'humiditĂ©, ce qui ralentit le sĂ©chage du cĆur.
Le cycle achevĂ©, tranchez trĂšs fin et jugez. La section doit ĂȘtre une mosaĂŻque nette de grains de maigre rouge sombre et de gras blanc, sans anneau clair et humide au centre, sans vide, sans gras fondu sous la membrane. Le nez doit donner le fumĂ©, le porc et cette note de champignon et de sous-bois que seule la moisissure noble produit ; en bouche, une amertume fine, franche, jamais piquante ni ammoniaquĂ©e. Servez Ă tempĂ©rature ambiante, entre dix-huit et vingt degrĂ©s : sortant du rĂ©frigĂ©rateur, un salami de Sibiu ne livre rien de ce que soixante-dix jours ont construit.
Le pourquoiLes composés aromatiques issus de la lipolyse sont volatils et leur seuil de perception dépend de la température ; sous 15 °C, une grande partie reste simplement en phase et n'atteint jamais le nez.
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Sourcer ou se taire
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