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Atlas Culinaire · Indonésie · Asie
Le sambal de labour : rouge-brun, Ă©pais et brillant, cuit long pour tenir tout un jour au champ, dĂ©libĂ©rĂ©ment peu piquant et jouĂ© sur le manis-gurih-asam (sucrĂ©-umami-acidulĂ©) â l'inverse exact des sambals faits pour brĂ»ler, et l'ancĂȘtre du sambal badjak des rayons nĂ©erlandais
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Aplatir la demi-cuillerĂ©e de terasi et la griller Ă feu doux, Ă la poĂȘle sĂšche ou sur la braise, une Ă deux minutes, jusqu'Ă ce qu'elle soit sĂšche, friable et parfumĂ©e (sans noircir). Dans la mĂȘme poĂȘle, griller Ă sec les noix de kemiri quelques minutes en les remuant, jusqu'Ă ce qu'elles blondissent et embaument lĂ©gĂšrement. RĂ©server l'un et l'autre. Ces deux grillages prĂ©alables sont la fondation aromatique du bajak : le terasi torrĂ©fiĂ© donne l'umami de fond, le kemiri grillĂ© dĂ©veloppe son huile et son goĂ»t de noisette qui liera la pĂąte.
Ăqueuter les gros piments rouges et les rawit ; comme le bajak est doux, fendre les gros piments et retirer une bonne partie des graines et des membranes blanches (siĂšge de la capsaĂŻcine), en gardant peu de rawit pour une chaleur de fond seulement. Ăplucher les Ă©chalotes et l'ail, les couper en deux. Couper la tomate en quartiers. Rincer et bien essuyer les piments : toute eau rĂ©siduelle ferait gicler l'huile Ă la friture qui suit. Tout doit ĂȘtre parĂ© et Ă portĂ©e avant d'allumer le feu, car les Ă©tapes de cuisson du bajak s'enchaĂźnent sans temps mort.
C'est ici que le bajak inverse le geste du sambal terasi : on cuit AVANT de piler. Faire chauffer 2 Ă 3 cuillerĂ©es de l'huile dans une poĂȘle et y faire revenir Ă feu moyen les gros piments (en partie Ă©pĂ©pinĂ©s), les rawit, les Ă©chalotes, l'ail et la tomate en quartiers, 5 Ă 6 minutes, jusqu'Ă ce que tout ramollisse, blondisse aux bords et embaume. Les lĂ©gumes doivent perdre leur cruditĂ© et commencer Ă confire, sans brĂ»ler. C'est cette prĂ©-cuisson qui donnera au bajak sa rondeur et sa profondeur â un sambal bajak n'est jamais cru.
TransfĂ©rer les lĂ©gumes revenus et Ă©gouttĂ©s dans le cobek, ajouter le terasi grillĂ© Ă©miettĂ© et les kemiri grillĂ©s, et piler Ă l'ulekan. Viser une texture « lisse mais lĂ©gĂšrement grossiĂšre » â ni purĂ©e fine de blender, ni gros morceaux : une pĂąte cohĂ©sive qui garde un peu de grain. C'est le geste inverse du terasi (oĂč l'on pile cru puis on saute) : ici on a frit d'abord, on Ă©crase ensuite. Le kemiri grillĂ©, en se broyant, libĂšre son huile et lie l'ensemble en une pĂąte souple.
C'est l'Ă©tape reine du bajak, celle qui le dĂ©finit. Chauffer le reste de l'huile dans la poĂȘle, y remettre la pĂąte pilĂ©e et la faire cuire Ă feu moyen-doux. Ajouter le gula merah (sucre de palme), l'asam jawa dĂ©layĂ© et filtrĂ©, et, si vous le souhaitez, les aromates optionnels (serai, daun salam, daun jeruk). Remuer rĂ©guliĂšrement et laisser mijoter longuement â 12 Ă 15 minutes au moins â jusqu'Ă ce que la sauce Ă©paississe nettement, fonce vers un rouge-brun profond, et que l'huile finisse par se SĂPARER et remonter brillante en surface (pecah minyak). C'est ce long confisage qui caramĂ©lise les sucres, marie le manis et l'asam, et rend le sambal stable et conservable. GoĂ»ter et rectifier sel, sucre et tamarin en fin de course.
Hors du feu ou Ă feu trĂšs doux, goĂ»ter et ajuster le triptyque qui fait le bajak : manis (sucrĂ©, gula merah), gurih (umami, terasi et sel) et asam (acidulĂ©, asam jawa). Le sambal doit ĂȘtre doux mais jamais Ă©cĆurant, l'aciditĂ© du tamarin relevant le sucre sans le masquer, le piquant restant modĂ©rĂ© en toile de fond. Ajouter une pointe de gula merah s'il est trop acide, un peu d'asam jawa s'il est trop sucrĂ© ou plat, une pincĂ©e de sel si l'umami manque de relief. Retirer les aromates optionnels (citronnelle, feuilles) avant de dresser.
Servir le sambal bajak tiĂšde ou Ă tempĂ©rature ambiante, en petit bol Ă part, pour accompagner ayam goreng, nasi uduk, lalapan, tempe et tahu, ou comme condiment de fond d'un nasi campur. Le surplus se conserve prĂ©cisĂ©ment parce qu'il a Ă©tĂ© confit : le transvaser dans un bocal propre et sec, tasser, et couvrir d'un film d'huile en surface pour exclure l'air. FermĂ©, au rĂ©frigĂ©rateur, il se garde jusqu'Ă un mois â hĂ©ritage direct de sa fonction d'origine, nourriture de champ stable et transportable. C'est ce mĂȘme profil doux et conservable qui l'a fait voyager jusqu'aux rayons nĂ©erlandais sous le nom de sambal badjak.
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