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Atlas Culinaire · Trinité-et-Tobago · Amériques
La soupe-repas du week-end trinidadien â viandes salĂ©es, racines-provisions, dumplings de farine et lait de coco. Ă ne pas confondre avec le sancocho hispanophone.
Le sancoche est ce qu'on fait le samedi quand il y a du monde et du temps. Une grande marmite, des viandes salées, tout ce que le jardin donne en racines, et l'aprÚs-midi devant soi.
La confusion avec le sancocho hispanophone est la premiĂšre chose Ă Ă©carter, et elle est frĂ©quente dans les diasporas de New York et de Toronto, oĂč les deux plats se croisent.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Couper le salt beef et le pigtail en morceaux de 4-5 cm. Placer dans une grande casserole avec 2 L d'eau froide, porter Ă Ă©bullition vive et **maintenir 30 minutes Ă gros bouillons** â l'eau devient grise et Ă©cumeuse, c'est le sel qui sort. Ăgoutter et **jeter cette eau** (impĂ©rativement). Rincer abondamment les viandes sous l'eau froide en frottant pour dĂ©coller le rĂ©sidu de sel. RĂ©server dans un saladier.
Le pourquoiLe salt beef et la queue de porc portent assez de sel pour assaisonner toute la marmite à eux seuls. Le bouillon va ensuite réduire une heure et concentrer encore : sans dessalage, le plat est perdu d'avance.
Dans une petite poĂȘle, chauffer **4 c.Ă .s. d'huile vĂ©gĂ©tale** Ă feu doux. Ajouter les **2 c.Ă .s. de grains de roucou (annatto)** et laisser infuser 2 minutes en remuant â l'huile devient orange-rouge profond et le roucou colore au fond. **NE PAS faire fumer**. Filtrer immĂ©diatement l'huile (jeter les grains) et rĂ©server. Cette huile parfume et colore le bouillon en signature tobagonienne â Ă©tape **Reggie Phillips et Felix Padilla**.
Le pourquoiLe roucou est un colorant, pas une épice : ses graines infusées à l'huile douce donnent l'orange-rouge caractéristique du bouillon sans apporter grand-chose au goût. C'est un plat qu'on reconnaßt d'abord à sa couleur.
Dans une **grande cocotte ou marmite de 6 L**, verser l'huile de roucou filtrĂ©e. Ajouter l'oignon jaune hachĂ©, l'ail pressĂ©, les 3 pimento peppers Ă©mincĂ©s, le thym et les cebettes. Faire revenir 5 minutes Ă feu moyen sans coloration excessive â les aromates doivent fondre, pas brunir. Ajouter le salt beef et le pigtail dĂ©salĂ©s et faire revenir 5 min en remuant. Verser le bouillon de boeuf (ou 2 L d'eau) chaud et porter Ă Ă©bullition.
Le pourquoiLes aromates saisis dans l'huile de roucou construisent le fond du bouillon, et la couleur passe de l'huile aux légumes puis au liquide. Tout le reste viendra se poser là -dessus.
Ajouter les pois cassĂ©s jaunes (ou pigeon peas) Ă©gouttĂ©s, puis les **provisions par ordre de tendresse** : eddoes entiers, dasheen en cubes, yam en cubes. Couvrir et mijoter Ă **feu moyen-doux 60 minutes** â le bouillon doit frĂ©mir, pas bouillir vivement. Remuer toutes les 15 min pour Ă©viter que les provisions accrochent au fond. Ajouter le **Scotch Bonnet ENTIER intact** (non percĂ©) Ă mi-cuisson, en le dĂ©posant dĂ©licatement sur le dessus du bouillon â il flotte et parfume.
Le pourquoiL'ordre d'entrĂ©e est toute l'intelligence du plat. Les racines n'ont pas le mĂȘme temps de cuisson : les dures d'abord, les tendres ensuite. Tout jeter ensemble donne une bouillie d'un cĂŽtĂ© et du cru de l'autre.
Pendant ce temps, prĂ©parer les dumplings : mĂ©langer 250 g de farine, 0.5 c.Ă .c. de sel et 130 ml d'eau tiĂšde, pĂ©trir 3 min jusqu'Ă boule ferme et lisse. Diviser en 12 petits boudins ovales de 5 cm. Quand les provisions dures sont tendres, ajouter dans la marmite : cassava, pumpkin, green fig en tronçons, plantain mĂ»r. **Glisser les 12 dumplings** sur le dessus du bouillon. Cuire **15 minutes Ă dĂ©couvert** â les dumplings flottent et gonflent, signe de cuisson.
Le pourquoiLes dumplings entrent en dernier, pour un quart d'heure seulement. Ils cuisent dans le bouillon et l'épaississent de leur amidon : c'est la touche afro-créole qui sépare le sancoche du sancocho hispanophone.
Verser les **400 ml de lait de coco** et ajouter les **8 feuilles de chadon bĂ©ni ciselĂ©es grossiĂšrement**. MĂ©langer dĂ©licatement (sans casser les provisions et dumplings) et mijoter encore **10 minutes** Ă feu doux dĂ©couvert pour que le coco lie le bouillon. GoĂ»ter et rectifier le sel â souvent superflu vu le salt beef. Retirer le Scotch Bonnet entier intact (le jeter ou le rĂ©server pour les amateurs).
Le pourquoiLe lait de coco arrondit le salé des viandes ; le chadon beni, jeté cru à la fin, donne le nez vert et vif du plat. C'est ce duo final qui fait le sancoche trinidadien, et non son cousin hispanophone.
Couvrir la marmite, **Ă©teindre le feu et laisser reposer 10 minutes** â les saveurs se concentrent et les provisions absorbent le bouillon. Servir le sancoche brĂ»lant dans de grandes assiettes creuses caribĂ©ennes, avec **avocat tranchĂ© frais sur le cĂŽtĂ©**, hops bread (petit pain trini) ou pain blanc, et hot sauce maison Trinidad (Matouk's ou Chief). Garnir d'une derniĂšre pincĂ©e de chadon bĂ©ni frais ciselĂ©. Tradition dominicale : ouvrir une bouteille de Carib glacĂ©e Ă cĂŽtĂ©.
Le pourquoiDix minutes hors du feu laissent les provisions finir d'absorber le bouillon et les saveurs se rassembler. C'est aussi ce qui évite de servir une soupe brûlante dont on ne goûte rien.
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Deux soupes-repas trinidadiennes et les mĂȘmes dumplings roulĂ©s Ă la main. Le sancoche est celle du samedi midi, chargĂ©e de racines et de viandes salĂ©es ; la corn soup est celle de trois heures du matin, vendue au gobelet Ă la sortie des fĂȘtes.
Voir la recette âVarianteLe mĂȘme nom, deux CaraĂŻbes. Le sancocho dominicain travaille des viandes fraĂźches â sept, pour la version d'apparat â dans une logique hispanophone. Le sancoche trinidadien exige des viandes SALĂES dessalĂ©es, des dumplings de farine roulĂ©s Ă la main et du chadon beni : trois marqueurs afro-crĂ©oles anglophones absents de l'autre. Cousins directs, cuisines diffĂ©rentes.
Voir la recette âCousineDeux soupes-repas du week-end anglophone, et les mĂȘmes spinners roulĂ©s entre les paumes. Le sancoche trinidadien tire son goĂ»t des viandes salĂ©es ; la bull foot soup antiguaise du collagĂšne d'un pied de bĆuf. MĂȘme famille afro-crĂ©ole, mĂȘmes provisions, deux fonds.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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