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Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
La grande marmite du dimanche vénézuélien — viandes croisées (''cruzado''), tubercules ñame-yuca-ocumo, plátano et jojoto longuement mijotés en un bouillon réconfortant ; au Venezuela, ''aller à un sancocho'' veut dire aller à la fête
Au Venezuela, « aller à un sancocho » ne désigne pas un repas mais une fête. Héritier des ragoûts et pot-au-feu apportés par les Espagnols à l'époque coloniale — cousin du cocido et du puchero —, le sancocho s'est créolisé au contact des racines tropicales du Nouveau Monde : le ñame, la yuca, l'ocumo et l'auyama, qui donnent à son bouillon cette couleur d'or et ce velouté impossibles à obtenir avec la seule pomme de terre. On l'appelle aussi hervido, « le bouilli », alors même que la règle d'or est de ne jamais laisser l'eau bouillir vraiment : le secret d'un bouillon limpide tient dans ce frémissement patient. Plat du dimanche par excellence, il se cuisine en grande marmite, dehors autant que possible, pendant qu'on bavarde et qu'on se ressert. Chaque région le décline : viandes de la savane chez les Llaneros, poisson et lait de coco sur la côte orientale et à Margarita. Ce n'est pas une recette figée, c'est un rituel de rassemblement.
Le **sancocho** se fait-il avec **UNE** viande ou **PLUSIEURS** (le fameux 'cruzado') ? Le débat structure le plat.
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Le bouillon de viandes — Saisir, couvrir, écumer longuement — Rincer les viandes (bœuf, poule, porc si utilisé) et les déposer dans une grande marmite avec l'os à moelle. Couvrir largement d'eau froide (environ 4 litres) et porter à frémissement. Dès que la mousse grise monte, écumer patiemment à la louche pendant les premières minutes : c'est elle qui rend le bouillon trouble et amer si on la laisse. Ajouter la moitié du sofrito (ají dulce, oignon, ail, tiges de cilantro, apio, sel), couvrir à demi et laisser mijoter doucement.
Le pourquoiPartir à l'eau froide fait migrer lentement protéines, collagène et sucs des os et des viandes vers le bouillon plutôt que de les emprisonner dans la chair. En montant doucement en température, les impuretés coagulent et remontent en une écume qu'on retire ; les laisser, c'est condamner le bouillon à rester trouble et amer.
Préparer le sofrito et les racines — Trio de tubercules et aromates créoles — Pendant que les viandes mijotent, peler et tailler les tubercules en gros morceaux qui tiendront la cuisson : yuca en tronçons, ocumo et ñame en quartiers, plátano vert en rondelles épaisses, auyama en cubes. Garder l'ordre en tête : les durs d'abord, l'auyama et la papa ensuite. Ciseler le reste du sofrito (ají dulce, cebollín, poivron, ail) pour la touche finale. Bien rincer la yuca qui rend de l'amidon.
Le pourquoiOn taille en gros morceaux car les racines tropicales se délitent vite : trop petites, elles fondraient en purée avant que les viandes soient tendres. Rincer la yuca chasse l'amidon de surface qui, sinon, rendrait le bouillon collant et pâteux.
Les tubercules durs — Yuca, ocumo, ñame, plátano au bouillon — Quand les viandes commencent à s'attendrir (après 1h30), ajouter les tubercules les plus durs : yuca, ocumo, ñame et plátano vert, ainsi que le maïs en rondelles. Le bouillon doit les couvrir — rallonger d'eau chaude si besoin. Reprendre le frémissement et laisser cuire à découvert pour que le bouillon se concentre. Goûter et commencer à ajuster le sel, sans excès.
Le pourquoiOn introduit d'abord les racines les plus coriaces, une fois que les viandes ont commencé à rendre leur gélatine : yuca, ñame et plátano vert tiennent longtemps sans se défaire. La cuisson à découvert laisse le bouillon se concentrer au lieu de rester dilué.
Les légumes tendres — Auyama, papa et liaison naturelle — Ajouter l'auyama (courge) et les pommes de terre si utilisées. L'auyama est la clé de texture : en se défaisant légèrement, elle épaissit et adoucit naturellement le bouillon, lui donnant ce velouté orangé caractéristique. Laisser cuire jusqu'à ce qu'une pointe de couteau traverse tous les tubercules sans résistance. Le bouillon doit être nappant, pas liquide comme de l'eau.
Le pourquoiL'auyama, riche en amidon et en pectine, se défait et disperse ses particules dans le liquide : c'est elle qui épaissit et adoucit le bouillon, lui donnant ce velouté orangé sans une once de farine. Une liaison naturelle, propre au sancocho.
Le parfum final — Second sofrito et cilantro vif — C'est le geste qui sépare le sancocho du pot-au-feu : ajouter le reste du sofrito frais (ají dulce, cebollín, poivron, ail) et les feuilles de cilantro dans les dernières minutes. La chaleur résiduelle libère leur parfum vif sans le cuire à mort. Rectifier le sel et le poivre une dernière fois, maintenant que le bouillon a réduit. Couper le feu et laisser reposer cinq minutes.
Le pourquoiLes composés aromatiques volatils de l'ají dulce, du cebollín et surtout du cilantro s'évaporent à la cuisson prolongée. Les ajouter à la toute fin préserve leur parfum vif et cru : c'est précisément ce qui sépare le sancocho d'un pot-au-feu fondu et uniforme.
Dégraisser et dresser le bouillon — La ''sopa'' d''abord — Dégraisser la surface si nécessaire (une louche posée à plat capte le gras). Servir d'abord la **sopa** : une bonne louche de bouillon avec un assortiment de tubercules dans chaque bol creux, parsemée de cilantro frais. Au Venezuela, on relève souvent son bol d'un trait de citron vert pressé à table. C'est la première assiette du rituel dominical.
Le pourquoiServir d'abord le bouillon et les racines respecte le rituel de l'hervido et réveille l'appétit : le liquide chaud et lié se savoure seul, avant les viandes plus lourdes du second service. Dégraisser garde la bouche nette.
Le ''seco'' et les accompagnements — Viandes, casabe et aguacate — Présenter à part le **seco** : les morceaux de viande (bœuf, poule, porc) sur un plat, à piocher avec le casabe (galette de yuca croustillante) qu'on trempe dans le bouillon. Disposer l'avocat en quartiers et des quartiers de citron. Certaines tables servent aussi un peu de riz blanc à côté. C'est le repas-fleuve du dimanche : on mange longtemps, on se ressert, on partage.
Le pourquoiPrésenter les viandes à part laisse chacun composer son assiette et tremper le casabe dans le bouillon. L'avocat frais et le citron apportent le contrepoint gras-acide qui allège la richesse du plat et relance le palais.
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L'ancêtre ibérique : le pot-au-feu de viandes et légumes apporté par la colonisation, dont le sancocho descend directement avant de se créoliser au contact des racines tropicales du Nouveau Monde.
Pas encore dans l'AtlasAutre grande soupe-repas vénézuélienne servie en marmite conviviale, bâtie sur les mêmes tubercules créoles et le même sofrito, mais aux tripes de bœuf plutôt qu'aux viandes croisées.
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