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Atlas Culinaire · Pérou · Amériques
Le sang de poulet cuit, Ă©miettĂ© et sautĂ© au comino : l'aliment le plus riche en fer du garde-manger pĂ©ruvien, longtemps mĂ©prisĂ©, aujourd'hui promu par l'Ătat contre l'anĂ©mie.
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RĂ©cupĂ©rez un sang de poulet frais, dĂ©jĂ pris en bloc gĂ©latineux, d'une source fiable. Passez-le sous l'eau froide dans une passoire, en le brisant doucement du bout des doigts jusqu'Ă ce que l'eau ressorte claire. On Ă©limine ainsi le surplus de sĂ©rum et les impuretĂ©s. La cible : un bloc rouge sombre, ferme mais tremblant, sans odeur aigre. S'il sent le sĂ»r ou colle de façon suspecte, jetez-le â ici, la fraĂźcheur n'est pas nĂ©gociable.
Portez une casserole d'eau salĂ©e Ă frĂ©missement avec un beau bouquet de hierbabuena. Plongez-y le sang et laissez pocher Ă petits bouillons 12 Ă 15 minutes. La menthe parfume et gomme l'odeur ferreuse; la chaleur douce fige le sang Ă cĆur sans le durcir. Il vire d'un rouge cru Ă un brun-gris mat et devient ferme sous la cuillĂšre. C'est l'Ă©tape de sĂ©curitĂ© : le sang doit ĂȘtre cuit de part en part, jamais rosĂ© au centre.
Ăgouttez le sang et laissez-le tiĂ©dir cinq minutes. Ămiettez-le Ă la main ou Ă la fourchette en petits morceaux irrĂ©guliers de la taille d'un pois Ă un dĂ©, surtout pas en purĂ©e. Cette texture grumeleuse, un peu anarchique, est la marque d'une vraie sangrecita : elle accroche l'aderezo et garde du mordant. Visez un tas homogĂšne de bouchĂ©es meubles, sans gros blocs restants.
Dans une grande poĂȘle, chauffez l'huile et faites suer l'oignon rouge Ă feu moyen jusqu'Ă ce qu'il devienne translucide et doux, 5 Ă 6 minutes. Ajoutez l'ail rĂąpĂ©, puis les pĂątes d'ajĂ amarillo et d'ajĂ panca, et enfin le cumin. Laissez cuire jusqu'Ă ce que le mĂ©lange fonce, embaume et que l'huile se colore : c'est le socle aromatique criollo. Il ne doit pas brĂ»ler mais concentrer ses sucres.
Incorporez le sang émietté et mélangez pour l'enrober complÚtement de l'aderezo. Laissez sauter 5 à 7 minutes à feu moyen-vif, en remuant réguliÚrement, pour qu'il s'imprÚgne des saveurs et perde son humidité de pochage sans se dessécher. C'est le point d'équilibre du plat : le sang doit rester meuble et brillant, jamais recroquevillé en petites billes sÚches. Si ça accroche, déglacez d'une cuillÚre d'eau chaude.
GoĂ»tez et ajustez : sel, poivre, un supplĂ©ment de cumin si besoin, puis une pointe de vinaigre blanc pour trancher le cĂŽtĂ© ferreux et donner du relief. L'assaisonnement doit ĂȘtre franc â c'est un plat nĂ© de l'art d'assaisonner gĂ©nĂ©reusement des abats modestes. La cible : une bouchĂ©e savoureuse, ni fade ni mĂ©tallique, avec une aciditĂ© discrĂšte en arriĂšre-plan.
Coupez le feu et jetez la coriandre (culantro) et la cebolla china ciselées, éventuellement quelques feuilles de hierbabuena. Mélangez une derniÚre fois : la chaleur résiduelle libÚre leur parfum sans les cuire. Cette fraßcheur verte réveille le plat sombre et dense. On sert aussitÎt, tant que les herbes sont vives et éclatantes.
Servez la sangrecita bien chaude, avec des pommes de terre sancochadas (bouillies) et une poignĂ©e de cancha grillĂ©e ou de mote. C'est l'assiette populaire par excellence : dense, nourrissante, ultra-Ă©conomique. Le fondant de la papa et le croquant du maĂŻs Ă©quilibrent le plat. Un trait de limĂłn Ă table rĂ©veille le tout â et, bonus, aide le corps Ă fixer le fer.
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Sourcer ou se taire
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