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Atlas Culinaire · CÎte d'Ivoire · Afrique
Le vert dense des montagnes de l'Ouest â feuilles de manioc pilĂ©es au mortier et mijotĂ©es longuement dans l'huile rouge jusqu'Ă perdre toute amertume.
Comme le documente le blog ivoirien Ivoire Cuisine, c'est dans l'Ouest de la CÎte d'Ivoire, dans les montagnes, que cette sauce est réellement chez elle, parce que le manioc et l'huile de palme rouge, ses deux ingrédients maßtres, y sont d'une qualité particuliÚre.
Le point technique tranchĂ© est la durĂ©e : les feuilles de manioc contiennent des glucosides cyanogĂšnes et des fibres coriaces qui exigent un pilage prĂ©alable et une cuisson longue, d'au moins une heure et demie, lĂ oĂč les feuilles de patate douce sont fondantes en vingt minutes.
Une cuisson écourtée laisse une sauce ùpre, amÚre et potentiellement mal détoxifiée.
Le second débat oppose les tenants du pilage au mortier, qui rompt les fibres et libÚre les enzymes de détoxification, à ceux qui hachent ou mixent : les sources de terrain sont unanimes sur la supériorité du mortier.
Le troisiÚme point concerne l'ajout de bicarbonate ou de potasse, courant pour attendrir et fixer le vert, mais que certaines cuisines refusent parce qu'il dégrade les vitamines.
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Ne gardez que les jeunes feuilles de manioc, tendres et d'un vert clair, en Ă©cartant les feuilles ĂągĂ©es et les pĂ©tioles ligneux. Lavez-les dans plusieurs eaux pour Ă©liminer terre et poussiĂšre. Les feuilles ĂągĂ©es sont non seulement fibreuses mais aussi plus riches en composĂ©s amers et cyanogĂšnes. Ăgouttez soigneusement avant le pilage.
Le pourquoiLa teneur en glucosides cyanogÚnes et en lignine augmente avec l'ùge de la feuille, ce qui rend les feuilles ùgées à la fois plus amÚres et plus dures.
Pilez les feuilles au mortier par petites quantitĂ©s, jusqu'Ă obtenir une masse verte compacte et homogĂšne, sans feuille entiĂšre reconnaissable. C'est le geste central de la prĂ©paration, celui qui rompt les parois cellulaires et met en contact les enzymes avec les glucosides Ă neutraliser. Comptez un bon quart d'heure de travail rĂ©el. La pĂąte obtenue doit ĂȘtre d'un vert sombre et lĂ©gĂšrement humide.
Le pourquoiL'écrasement met en contact la linamarase des feuilles avec la linamarine, ce qui déclenche l'hydrolyse enzymatique préalable à l'élimination des composés cyanogÚnes par la chaleur.
Mettez la pùte de feuilles dans une grande marmite avec l'eau et portez à ébullition à découvert. Laissez bouillir franchement une bonne demi-heure, en remuant de temps en temps. Cette premiÚre cuisson à découvert est celle qui élimine les composés volatils indésirables et casse l'amertume. Ne couvrez sous aucun prétexte pendant cette phase.
Le pourquoiLe cyanure d'hydrogÚne libéré par l'hydrolyse enzymatique est volatil et s'évapore avec la vapeur d'eau, à condition que la marmite reste ouverte.
Pendant ce temps, faites revenir la viande en cubes dans l'huile de palme rouge avec l'oignon émincé, dans une seconde marmite, jusqu'à belle coloration. La viande doit prendre une croûte brune sur toutes ses faces. Cette coloration développe les composés torréfiés qui apporteront de la profondeur à une sauce dominée par le végétal. Réservez avec toute l'huile parfumée.
Le pourquoiLa réaction de Maillard sur la surface de la viande génÚre des composés aromatiques qui équilibrent la note végétale dominante des feuilles de manioc.
Versez la viande et son huile dans la marmite de feuilles, ajoutez le poisson fumé, les crevettes séchées et le piment, puis laissez mijoter à feu doux au moins une heure. C'est la durée qui fait tout : les fibres de manioc ont besoin de ce temps pour se déliter complÚtement. Remuez toutes les dix minutes en raclant le fond. La sauce épaissit progressivement et devient d'un vert profond presque noir.
Le pourquoiLa dégradation thermique des parois lignifiées des feuilles de manioc exige une exposition prolongée, bien supérieure à celle des légumes-feuilles tendres.
GoĂ»tez la sauce : elle doit ĂȘtre franche, vĂ©gĂ©tale et profonde, sans amertume mordante ni astringence. Si une amertume persiste, prolongez la cuisson par tranches de quinze minutes en ajoutant un peu d'eau bouillante si nĂ©cessaire. L'huile rouge et la longueur de cuisson sont les deux seuls correcteurs de l'amertume des feuilles de manioc. Ne cherchez pas Ă corriger au sucre.
Le pourquoiLes composés amers des feuilles de manioc sont partiellement liposolubles et se trouvent séquestrés par la phase grasse, ce qui atténue leur perception.
Salez en fin de cuisson seulement, aprĂšs avoir goĂ»tĂ©, car le poisson fumĂ© et les crevettes sĂ©chĂ©es apportent dĂ©jĂ beaucoup de sel. Ajustez la consistance : la sauce doit ĂȘtre Ă©paisse et tenir Ă la cuillĂšre. Si elle est trop dense, dĂ©tendez Ă l'eau bouillante ; si elle est trop liquide, poursuivez la rĂ©duction Ă dĂ©couvert. Retirez le piment si vous voulez maĂźtriser la force.
Le pourquoiLa concentration en sel augmente avec la réduction ; un assaisonnement précoce devient excessif en fin de cuisson.
Servez trĂšs chaud avec du riz blanc, du foutou de banane ou du placali. Dans l'Ouest, on l'accompagne volontiers de riz de montagne, dont le grain ferme tient tĂȘte Ă la densitĂ© de la sauce. RĂ©partissez la viande et le poisson dans chaque assiette. C'est un plat riche et nourrissant, qui appelle des portions raisonnables.
Le pourquoiLa densité et la richesse en gras de la sauce appellent un féculent neutre et structuré qui n'entre pas en concurrence gustative.
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Sourcer ou se taire
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