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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Un vert de tous les jours au goût d'épinard traversé d'asperge — et la seule plante banale de la carte sabahienne dont la consommation crue a envoyé des centaines de personnes à l'hôpital.
En août 1995, R.
S.
Lai et ses coauteurs décrivaient dans The Lancet vingt-trois patientes taïwanaises, jeunes ou d'âge moyen, âge moyen trente-neuf ans, hospitalisées pour une bronchiolite oblitérante après environ dix semaines de consommation de jus cru de Sauropus androgynus pris comme coupe-faim, et la revue publiée en 2015 par Hamidun Bunawan de l'Institute of Systems Biology de l'Universiti Kebangsaan Malaysia avec Siti Noraini Bunawan du centre de recherche en biotechnologie du MARDI porte le bilan taïwanais à deux cent soixante-dix-huit patients diagnostiqués et neuf décès, la transplantation pulmonaire restant la seule issue pour les formes les plus graves.
La même revue chiffre la teneur des feuilles à cinq cent quatre-vingts milligrammes de papavérine pour cent grammes, alors que la dose thérapeutique de cet alcaloïde antispasmodique est de l'ordre de deux cents milligrammes par jour, et rappelle que les malades absorbaient environ six cents grammes de feuilles crues, un ordre de grandeur sans commune mesure avec une portion de restaurant.
Les autorités sanitaires ont tranché sur le mode de préparation et non sur le produit, la Singapore Food Agency demandant de cuire complètement le cekur manis par ébullition, vapeur, sauté, four ou gril et d'éviter d'en manger cru sous quelque forme que ce soit, le Centre for Food Safety de Hong Kong ajoutant de ne jamais en consommer le jus et d'éviter toute consommation prolongée et régulière en grande quantité.
Le second litige porte sur le nom, puisque le Kamus Dewan du Dewan Bahasa dan Pustaka n'enregistre que « cekur manis », sous le binôme désuet Sauropus albicans, alors que « cangkuk manis », forme employée à Sabah, au Sarawak et à Brunei, est explicitement absente du dictionnaire, et que la taxonomie actuelle a reversé l'espèce dans le genre Phyllanthus sous le nom de Phyllanthus androgynus.
Enfin, l'appellation commerciale « Sabah vegetable » n'a rien d'une origine géographique, l'espèce étant native d'une aire allant de l'Inde au sud de la Chine et à toute l'Asie du Sud-Est ; la fiche technique du Jabatan Pertanian du Sarawak nomme la variété cultivée « Sabah Green » et prescrit un régime de fumure très soutenu, quatre à dix tonnes de matière organique par hectare chaque mois plus du NPK 15:15:15 tous les quatre mois, avec une taille tous les six mois à cent vingt ou cent cinquante centimètres — c'est cette conduite de culture, et non un terroir, qui produit les tiges épaisses et tendres vendues sous le nom de Sabah.
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Au marché du matin de Kota Kinabalu comme chez les grossistes de Kundasang, sur les pentes du mont Kinabalu, le sayur manis se vend en bottes de tiges entières et non en feuilles détachées. Cherchez des bottes dont les vingt derniers centimètres sont d'un vert tendre et souple, avec des feuilles bien étalées et brillantes, et écartez celles dont les tiges sont grises, dures ou lignifiées sur toute leur longueur. Vous devez pouvoir casser la pointe d'une tige entre deux doigts avec un claquement net et humide, sans effort. La cible est une botte dont au moins la moitié du poids sera récupérable après triage. Si toutes les bottes disponibles paraissent ligneuses, achetez-en davantage en sachant que le rendement tombera à un tiers et prévoyez le double du poids indiqué.
Le pourquoiLa lignification progressive des tissus conducteurs déposant de la lignine dans les parois cellulaires est irréversible et ne se défait pas à la cuisson. Une tige déjà lignifiée restera fibreuse quel que soit le temps passé au wok.
Tenez chaque tige par la base et remontez vers la pointe en pinçant, en cassant net les vingt à trente derniers centimètres et en détachant à la main les feuilles qui poussent plus bas sur la partie dure. Jetez sans regret toute la portion ligneuse, qui ne s'attendrira pas, et gardez séparément les pointes tendres et les feuilles, car les premières demandent une minute de plus de cuisson que les secondes. Vous devez obtenir un tas de feuilles vert franc et un petit tas de pointes charnues, ensemble environ la moitié du poids d'achat. La cible est un légume trié en deux fractions, sans un seul fragment de tige rigide. Si le doute subsiste sur un morceau, tranchez-le en deux dans la longueur pour vérifier qu'il n'y a pas de coeur blanc et fibreux au centre.
Le pourquoiLes cellules du parenchyme foliaire, à parois minces, se ramollissent en quelques dizaines de secondes à la chaleur par solubilisation des pectines, alors que les faisceaux lignifiés de la tige ne se dégradent qu'à des durées et des températures inatteignables au wok.
Plongez les feuilles dans un grand volume d'eau froide et lavez-les en les malaxant doucement entre les paumes, geste que les cuisinières de Sabah et du Sarawak appellent « ramas », qui décolle la terre et froisse légèrement le limbe. Changez l'eau deux fois, jusqu'à ce qu'elle reste parfaitement claire, puis égouttez à fond dans une passoire et laissez s'écouler cinq minutes. Vous verrez le vert s'intensifier et l'odeur devenir franchement végétale, presque herbacée. La cible est un légume propre et bien égoutté, sans eau résiduelle qui viendrait faire chuter la température du wok. Si vous êtes pressé, essorez délicatement dans un torchon propre plutôt que dans une essoreuse à salade, dont la force briserait les feuilles les plus tendres.
Le pourquoiLe froissement rompt une partie des parois cellulaires et libère l'eau de constitution ainsi que les composés sucrés qui donnent son nom à la plante, ce qui accélère nettement le flétrissement et raccourcit le temps passé sur le feu.
Émincez l'ail en lamelles fines, taillez les échalotes rouges dans la longueur, coupez les piments oiseaux en rondelles et rincez les anchois séchés à l'eau froide avant de les sécher soigneusement dans un linge. Cassez les oeufs dans un bol et battez-les à la fourchette juste assez pour rompre les jaunes, sans les faire mousser. Vous devez avoir sous la main, alignés, tous les éléments dans l'ordre où ils entreront dans le wok, car le plat entier se joue en moins de cinq minutes une fois le feu allumé. La cible est une mise en place complète, y compris les six cuillères d'eau mesurées à l'avance dans un verre. Si les anchois sont encore humides au moment de les mettre à l'huile, ils vont bouillir au lieu de frire et resteront mous.
Le pourquoiUn sauté au wok se conduit à très haute température, où chaque ajout fait chuter la chaleur de la fonte. La séquence doit être ininterrompue pour que le métal remonte en température entre deux apports.
Chauffez le wok à vide jusqu'à ce qu'un filet de fumée s'en échappe, versez les deux cuillères d'huile en les faisant tourner sur les parois, puis jetez d'un coup l'ail, les échalotes et les anchois séchés. Remuez sans arrêt à la spatule pendant une minute et demie à deux minutes, en raclant le fond, jusqu'à ce que l'ail soit blond pâle et que les anchois soient devenus rigides et dorés. Vous entendrez un crépitement vif puis plus sec, et l'odeur passera de l'ail cru à l'ail grillé et au poisson torréfié. La cible est un fond doré, jamais brun, dans lequel les anchois croquent sous la spatule. Si l'ail commence à foncer plus vite que prévu, ajoutez les piments immédiatement, leur humidité fait chuter la température et stoppe la coloration.
Le pourquoiLa réaction de Maillard entre les acides aminés des anchois et les sucres réducteurs, combinée à la caramélisation des sucres de l'ail et de l'échalote, construit en deux minutes une base aromatique que rien ne remplace ensuite.
Poussez le fond aromatique sur un côté du wok, versez les oeufs battus dans l'espace libre et laissez-les prendre huit à dix secondes sans y toucher avant de les casser en gros lambeaux à la spatule. Mélangez-les ensuite au fond aromatique en trois ou quatre gestes seulement, en les laissant encore légèrement baveux au centre. Vous devez voir se former des morceaux dorés de la taille d'un ongle, souples, et non une masse compacte ni une poudre sèche. La cible est un oeuf à peine pris, qui finira sa cuisson au contact du légume. Si les oeufs prennent trop vite et durcissent, baissez le feu quelques secondes et ajoutez le légume immédiatement, l'humidité qu'il libère les détendra en partie.
Le pourquoiLes protéines de l'oeuf coagulent entre 62 et 70 °C. Une coagulation poussée au-delà expulse l'eau retenue dans le réseau protéique par synérèse, et l'oeuf devient sec et granuleux.
Ajoutez d'abord les pointes de tige, remuez trente secondes, puis versez toutes les feuilles d'un coup et les six cuillères d'eau, et couvrez immédiatement le wok pendant une minute pour créer un coup de vapeur. Découvrez, remuez vigoureusement et poursuivez deux à trois minutes à feu vif, jusqu'à ce que les feuilles soient entièrement flétries et d'un vert profond, et que les tiges soient devenues translucides et tendres sous la dent. Vous entendrez le sifflement de la vapeur puis un grésillement franc lorsque l'eau aura disparu, et l'odeur deviendra nettement sucrée. La cible est un légume cuit à coeur de part en part, ce qui n'est pas ici une question de goût mais de sécurité alimentaire, les autorités sanitaires de Singapour et de Hong Kong prescrivant une cuisson complète et proscrivant toute consommation crue. Si les feuilles vous semblent encore fermes au bout de trois minutes, rajoutez deux cuillères d'eau et recouvrez trente secondes plutôt que de prolonger à sec.
Le pourquoiLa chaleur humide dégrade les parois pectiques et attendrit le tissu, et c'est la cuisson complète que les agences sanitaires retiennent comme la mesure de maîtrise du risque, l'ensemble des cas de bronchiolite oblitérante décrits depuis Taïwan en 1995 étant liés à l'ingestion répétée de feuilles crues ou de jus, jamais à un légume cuit.
Versez la cuillère de sauce d'huître le long de la paroi chaude du wok plutôt qu'au centre, ajoutez le poivre blanc, remuez vingt secondes et goûtez avant de décider si le quart de cuillère de sel est nécessaire. Le jus doit être court, brillant, nappant à peine le légume, et non une flaque au fond du plat. Vous devez percevoir en bouche une douceur végétale immédiate, suivie du salé des anchois et d'une pointe de poivre à l'arrière. La cible est un plat servi brûlant, dans la minute, à côté d'un riz blanc. Si le jus est trop abondant, laissez réduire trente secondes à feu vif à découvert plutôt que d'ajouter un liant.
Le pourquoiLes sucres et acides aminés de la sauce d'huître réagissent au contact du métal surchauffé, ce qui approfondit l'umami. Versée directement sur les feuilles humides, elle se dilue sans jamais passer par cette étape.
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Sourcer ou se taire
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