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Atlas Culinaire · Indonésie · Asie
La « soupe aux quatre trĂ©sors » sino-javanaise : un bouillon de gingembre brĂ»lant versĂ© sur un bol de haricots mungo, cacahuĂštes grillĂ©es, perles de pacar cina et dĂ©s de pain. HĂ©ritier du su ko thung chinois naturalisĂ© Ă Java Centre, rĂ©chauffant du soir et des nuits pluvieuses de Solo et Semarang â cousin du wedang ronde, mais sans les boules de riz gluant.
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Rincer les haricots mungo (kacang hijau) et les faire bouillir dans l'eau jusqu'Ă ce qu'ils soient tendres et fondants mais encore entiers, sans Ă©clater en purĂ©e â environ 25 Ă 30 minutes, ou moins aprĂšs trempage. Ăgoutter et rĂ©server. Les haricots mungo sont l'une des garnitures nourrissantes qui font du sekoteng un en-cas complet autant qu'une boisson, et l'un des ingrĂ©dients locaux qui ont remplacĂ© les quatre trĂ©sors chinois du su ko thung d'origine. Bien cuits, ils apportent un fondant doux qui contraste avec le croquant des cacahuĂštes et le mĂąchant du pacar cina.
Porter une casserole d'eau Ă Ă©bullition et y verser les perles de pacar cina (sagou). Laisser cuire en remuant jusqu'Ă ce qu'elles deviennent translucides (le cĆur blanc opaque disparaĂźt), puis les Ă©goutter et les rincer Ă l'eau froide pour stopper la cuisson et retirer l'excĂšs d'amidon qui les collerait en masse. RĂ©server dans un peu d'eau pour qu'elles ne s'agglutinent pas. Les perles de pacar cina, souvent roses, apportent au sekoteng leur mĂąchant translucide et leur couleur, une texture ludique qui participe au plaisir de pĂȘcher les garnitures dans le bol.
TorrĂ©fier les cacahuĂštes Ă sec dans une poĂȘle jusqu'Ă ce qu'elles soient dorĂ©es et odorantes, puis les frotter pour retirer les peaux â elles apportent le croquant et le parfum grillĂ©. Couper les tranches de pain de mie en dĂ©s (Ă rĂ©server pour le dernier moment). Si on les utilise, rincer et bouillir les kolang-kaling puis les Ă©mincer. Disposer chaque garniture prĂȘte dans un bol sĂ©parĂ© : c'est la mise en place du marchand de sekoteng, qui compose ensuite chaque bol Ă la demande. La variĂ©tĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© des garnitures â haricots mungo, cacahuĂštes, pacar cina, pain, parfois kolang-kaling â font tout l'intĂ©rĂȘt du sekoteng et le distinguent d'une simple eau de gingembre.
Griller le gingembre (bakar) sur une flamme ou une poĂȘle sĂšche jusqu'Ă ce que la peau noircisse et embaume, puis l'Ă©craser (geprek). Le mettre dans une casserole avec l'eau, le sucre blanc (et un peu de gula jawa), la citronnelle Ă©crasĂ©e et nouĂ©e, les feuilles de pandan nouĂ©es, le bĂąton de cannelle et les clous de girofle. Porter Ă Ă©bullition puis laisser frĂ©mir 15 Ă 20 minutes, jusqu'Ă ce que le bouillon soit chaud, parfumĂ© et franchement gingembrĂ© â il doit « mordre le ventre » (nyokot weteng), selon l'Ă©tymologie javanaise populaire. GoĂ»ter et ajuster le sucre. Filtrer pour un bouillon limpide. Ce bouillon brĂ»lant, piquant et aromatique, est l'Ăąme du sekoteng, celui qui rĂ©chauffe et mĂ©dicamente.
Dans chaque bol, disposer une part de chaque garniture : haricots mungo, cacahuĂštes grillĂ©es, perles de pacar cina, dĂ©s de pain de mie (ajoutĂ©s en dernier), et kolang-kaling si utilisĂ©. Verser par-dessus le bouillon de gingembre brĂ»lant, qui recouvre et rĂ©chauffe les garnitures et fait lĂ©gĂšrement gonfler le pain. Ajouter si dĂ©sirĂ© un trait de lait concentrĂ© sucrĂ©, usage trĂšs rĂ©pandu. Servir immĂ©diatement, Ă la cuillĂšre, tant que le bouillon est brĂ»lant et le pain encore ferme. Le sekoteng se dĂ©guste en pĂȘchant les garnitures variĂ©es entre les gorgĂ©es de bouillon gingembrĂ© â un en-cas complet et rĂ©confortant, cousin du wedang ronde dont il partage le bouillon mais pas les boules de riz gluant.
DĂ©guster le sekoteng brĂ»lant, Ă la cuillĂšre, en alternant le bouillon gingembrĂ© et les garnitures : le fondant des haricots mungo, le croquant des cacahuĂštes grillĂ©es, le mĂąchant translucide du pacar cina, le moelleux du pain gonflĂ©. Le gingembre chaud « mord le ventre » (nyokot weteng), selon l'Ă©tymologie javanaise populaire â cette sensation de chaleur mordante dans l'estomac est toute l'identitĂ© du sekoteng et le cĆur de sa rĂ©putation de boisson-santĂ© contre les refroidissements, rĂ©putĂ©e rĂ©chauffer, dĂ©gager les voies respiratoires et faciliter la digestion. C'est un en-cas complet du soir, rassasiant et rĂ©confortant, Ă savourer sur les bancs des marchands nocturnes de Java Centre. Un trait de lait concentrĂ© sucrĂ© adoucit le bol pour qui le prĂ©fĂšre plus doux, sans jamais Ă©teindre le gingembre.
Le sekoteng se vit dans son cadre : celui du marchand ambulant du soir, qui pousse son gerobak dans les rues de Solo, Semarang et des villes de Java Centre Ă la nuit tombĂ©e, maintenant son bouillon de gingembre fumant sur un rĂ©chaud et composant chaque bol Ă la demande sur ses garnitures prĂȘtes. PopularisĂ© par les vendeurs itinĂ©rants de Solo dĂšs la fin du XIXe siĂšcle, le sekoteng a transformĂ© une simple tisane de gingembre en rituel social et communautaire de la street food de Java Centre. Boisson de veillĂ©e et de temps froid, elle rĂ©chauffe les corps et rassemble les gens autour du gerobak. C'est cette culture ambulante qui fait du sekoteng, comme du wedang ronde, un rĂ©confort populaire du soir.
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