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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Le « ramoneur » : un hareng baltique salĂ© une heure, posĂ© nu sur la braise et grillĂ© jusqu'Ă ce que la peau noircisse â le plat de pauvre devenu, en un siĂšcle, une entrĂ©e de restaurant.
La fiche que lui consacre Smaka Sverige, la plateforme du Jordbruksverket, est explicite sur deux points que la pratique domestique contredit chaque été.
Le premier : on ne lĂšve pas les filets.
L'arĂȘte dorsale doit RESTER, parce qu'elle donne plus de goĂ»t et qu'elle laisse, paradoxalement, moins d'arĂȘtes libres dans l'assiette â la colonne se retire d'un seul geste aprĂšs cuisson, entraĂźnant avec elle les arĂȘtes latĂ©rales, ce qu'un poisson dĂ©sarĂȘtĂ© cru ne permet plus.
Le second : le poisson se sale AVANT et Ă sec, dans un sac qu'on secoue, puis se repose une heure au froid, ce qui n'est pas un assaisonnement mais un saumurage court qui raffermit la chair et l'empĂȘche de coller Ă la grille.
La mĂȘme fiche date la premiĂšre mention littĂ©raire du plat de 1889, dans « FrĂ„n gator och skĂ€r » de Frans Hedberg, tout en reconnaissant que la pratique est certainement bien plus ancienne â ce dĂ©calage entre l'usage et sa premiĂšre trace Ă©crite est la rĂšgle pour la cuisine des pĂȘcheurs, dont personne n'Ă©crivait les recettes.
Le troisiÚme point est social et Smaka Sverige le nomme sans détour : le sotare a fait une « klassresa », un parcours de classe, de la nourriture du pauvre à la délicatesse des bons restaurants.
Reste l'angle qu'aucune fiche suĂ©doise ne peut esquiver : le strömming de la Baltique dĂ©passe les seuils europĂ©ens de dioxines et de PCB et n'est vendu en SuĂšde qu'en vertu d'une dĂ©rogation, laquelle oblige le Livsmedelsverket Ă publier des recommandations de frĂ©quence â pas plus d'une fois par semaine en gĂ©nĂ©ral, deux Ă trois fois par AN pour les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, allaitantes ou souhaitant l'ĂȘtre.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Vider les harengs sans lever les filets et sans retirer l'arĂȘte dorsale, les rincer rapidement et les Ă©ponger. Les glisser dans un grand sac de congĂ©lation avec le gros sel, fermer et secouer franchement pour que chaque poisson soit enrobĂ©, puis mettre au rĂ©frigĂ©rateur une heure â c'est exactement la mĂ©thode que dĂ©crit Smaka Sverige. Pendant cette heure, le sel tire l'eau de surface et la chair se raffermit ; Ă la sortie, les poissons sont plus fermes, lĂ©gĂšrement brillants, et une fine pellicule collante s'est formĂ©e en surface. La cible est un poisson qui a perdu son aspect mou et mouillĂ©. Si l'on a moins d'une heure devant soi, trente minutes valent mieux que rien, mais la chair sera plus fragile sur la grille.
Le pourquoiLe sel dissout partiellement les protĂ©ines myofibrillaires de surface, qui migrent et forment en sĂ©chant une pellicule collante puis, Ă la chaleur, une croĂ»te qui adhĂšre Ă elle-mĂȘme plutĂŽt qu'au mĂ©tal. C'est la raison technique pour laquelle un poisson salĂ© Ă sec ne colle pas Ă la grille alors qu'un poisson nu y laisse sa peau.
Allumer le barbecue assez tÎt pour que les braises aient perdu leurs flammes et se soient couvertes d'un voile de cendre blanche. C'est une braise chaude et réguliÚre qu'il faut, pas un feu : les flammes lÚcheraient le poisson et le carboniseraient de façon irréguliÚre, alors que le sotare doit noircir uniformément par rayonnement. La main tenue à quinze centimÚtres au-dessus de la grille ne doit pas pouvoir y rester plus de deux ou trois secondes. La cible est un lit de braises grises, incandescentes en dessous, sans une flamme. Si les flammes reprennent quand le gras du poisson tombe, écarter le poisson vers un bord de la grille plutÎt que d'asperger d'eau, ce qui projetterait de la cendre.
Le pourquoiUne braise couverte de cendre rayonne dans l'infrarouge de façon rĂ©guliĂšre, alors qu'une flamme transmet la chaleur par convection et dĂ©place des suies imbrĂ»lĂ©es qui dĂ©posent sur le poisson un goĂ»t Ăącre â le noir du sotare doit venir de la caramĂ©lisation de sa propre peau, pas d'un dĂ©pĂŽt.
Disposer les harengs bien Ă plat dans une grille double Ă charniĂšre â l'ustensile qui rend le retournement possible â et poser sur la braise SANS huiler ni le poisson ni la grille. Laisser trois Ă quatre minutes de chaque cĂŽtĂ©. La peau se tend, cloque, puis noircit franchement par endroits : c'est le but, et non un accident. On entend le gras du poisson grĂ©siller et tomber sur la braise. La cible est un poisson noirci sur les points de contact, dorĂ© ailleurs, dont la chair se dĂ©tache de l'arĂȘte. Si un poisson accroche Ă la grille au moment de retourner, c'est qu'il n'est pas prĂȘt : attendre trente secondes de plus et il se dĂ©collera seul.
Le pourquoiLe noircissement combine caramĂ©lisation des sucres rĂ©siduels de la peau et pyrolyse superficielle des protĂ©ines. PoussĂ©e sur quelques minutes seulement, elle apporte des composĂ©s amers et fumĂ©s recherchĂ©s ; prolongĂ©e, elle produit des composĂ©s franchement Ăącres â d'oĂč une cuisson trĂšs courte sur une braise trĂšs chaude, et non l'inverse.
Poser les sotare sur un plat, laisser reposer une minute, puis ouvrir chaque poisson par le dos et tirer l'arĂȘte dorsale : elle vient d'un seul tenant, entraĂźnant avec elle la quasi-totalitĂ© des arĂȘtes latĂ©rales â c'est prĂ©cisĂ©ment l'argument que donne Smaka Sverige pour ne pas la retirer avant. Servir avec les pommes de terre bouillies chaudes, une rondelle de beurre d'herbes citronnĂ© sur chaque poisson et de la fleur de sel Ă part. La cible est une assiette oĂč le beurre commence Ă fondre au moment oĂč elle arrive Ă table. Si l'on prĂ©fĂšre la version en tartine, Ă©mietter la chair tiĂšde sur un knĂ€ckebröd tartinĂ© de crĂšme acidulĂ©e.
Le pourquoiLa colonne vertĂ©brale d'un clupĂ©idĂ© porte des arĂȘtes latĂ©rales attachĂ©es par du tissu conjonctif que la cuisson gĂ©latinise : une fois chaudes, elles suivent l'arĂȘte quand on la tire, alors qu'Ă cru elles restent dans la chair. C'est la raison technique du conseil institutionnel.
Le sotare se fait aussi Ă la poĂȘle, et Smaka Sverige le donne comme Ă©quivalent : une poĂȘle en fonte chauffĂ©e Ă blanc, SANS matiĂšre grasse, et les harengs salĂ©s posĂ©s directement dessus, trois minutes par face. La fumĂ©e est franche et la hotte indispensable. La peau accroche puis se libĂšre exactement comme sur la grille. La cible est la mĂȘme : une peau noircie et tendue, une chair opaque. Si la poĂȘle n'est pas assez chaude, le poisson colle dĂ©finitivement â il vaut mieux attendre deux minutes de plus qu'il ne fume lĂ©gĂšrement Ă vide avant de commencer.
Le pourquoiLa fonte accumule une grande quantitĂ© de chaleur et la restitue sans chuter quand le poisson froid arrive, ce qu'une poĂȘle fine ne fait pas : sur un support qui refroidit, le poisson rend son eau et cuit Ă l'Ă©touffĂ©e au lieu de noircir.
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Sourcer ou se taire
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