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Atlas Culinaire · Jamaïque · Amériques
Le poisson entier des plages jamaïcaines, vivaneau doucement étuvé dans un bouillon au thym, à la cive, au piment de la Jamaïque et au scotch bonnet, garni d'okras, de chocho et de carotte, lié par des water crackers gonflés dans la sauce — l'alternative délicate au poisson frit
Sur les plages de Jamaïque, et nulle part davantage qu'à Hellshire, dans la paroisse de St. Catherine, les barques rentrent au petit matin avec la pêche du jour. Le vivaneau file soit vers la friture de l'escovitch, soit vers la grande sauteuse du steamed fish : un bouillon court où frémissent déjà le thym, la cive, les baies de piment de la Jamaïque et un scotch bonnet entier, laissé intact pour parfumer sans incendier. Le nom est un charmant mensonge : il n'y a pas de panier vapeur ici. Le poisson entier est posé dans ce bouillon parfumé et étuvé à couvert, à feu très doux, arrosé à la cuillère, jusqu'à ce que la chair se détache en flocons nacrés de l'arête. Autour de lui pochent les légumes qui font du plat un repas complet : la carotte, le chocho (la chayote) et les okras, dont le mucilage épaissit naturellement la sauce. Puis vient la signature absolue : les water crackers, ces biscuits secs jamaïcains, déposés dans le bouillon où ils gonflent et boivent tous les sucs. Une noix de beurre montée hors du feu, et la sauce devient soyeuse. Face au fried fish et à l'escovitch, le steamed fish est le visage doux et réconfortant du poisson jamaïcain, celui que l'on réclame quand on veut se refaire une santé. Servez-le avec du bammy, des bananes vertes bouillies ou du riz, et surtout, gardez une cuillère pour le bouillon.
Le débat le plus sérieux autour du steamed fish jamaïcain est écologique : le perroquet de mer (parrotfish), l'un des poissons favoris pour cette préparation avec le vivaneau, est au cœur d'une controverse de conservation en Jamaïque.
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Écaillez, videz et rincez le poisson entier. Incisez la chair en deux ou trois entailles de chaque côté, frottez-le au citron vert, rincez puis séchez-le délicatement.
Le pourquoiLe citron vert nettoie la peau et neutralise les odeurs marines trop fortes, tandis que les incisions laissent le bouillon pénétrer et assurent une cuisson uniforme jusqu'à l'arête.
Dans une large sauteuse, réunissez l'oignon, le thym, la cive, les baies de piment de la Jamaïque, le scotch bonnet entier et un fond d'eau ou de fumet. Portez à frémissement et laissez infuser 5 minutes.
Le pourquoiLe poisson cuit vite : c'est le bouillon qui doit être parfumé d'avance, pas l'inverse. Cinq minutes d'infusion donnent aux aromates le temps de livrer leur goût avant l'arrivée de la chair fragile.
Ajoutez la carotte et le chocho, laissez cuire 5 minutes, puis ajoutez les okras.
Le pourquoiLes légumes denses demandent plus de temps que les okras, qui deviendraient filandreux et visqueux s'ils cuisaient dès le départ. L'échelonnement garantit que tout arrive à point ensemble.
Déposez délicatement le poisson dans le bouillon. Couvrez et étuvez à feu doux 10 à 12 minutes, en l'arrosant une fois de bouillon, jusqu'à ce que la chair soit cuite. Manipulez-le le moins possible.
Le pourquoiÀ feu doux, les protéines se raidissent lentement et la chair reste moelleuse et attachée à l'arête ; à gros bouillon, elle se contracte, se dessèche et le poisson se disloque.
Émiettez une partie des water crackers dans le bouillon pour l'épaissir, et posez-en quelques-uns entiers sur le poisson. Retirez le scotch bonnet. Hors du feu, montez au beurre froid si désiré. Goûtez et rectifiez.
Le pourquoiL'amidon des crackers gonfle et lie légèrement le bouillon, c'est la signature du plat ; le beurre ajouté hors du feu s'émulsionne en sauce soyeuse au lieu de fondre en gras.
Servez le poisson entier nappé de bouillon et de légumes, entouré des crackers, avec du bammy, des bananes vertes bouillies ou du riz.
Le pourquoiLe bouillon concentre tout le travail des aromates et des okras : c'est la moitié du plat, et il fait le lien avec l'accompagnement qui le boit.
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L'accompagnement classique du steamed fish : la galette de manioc trempée dans le lait de coco éponge le bouillon parfumé, le duo « steam fish and bammy » est une institution des plages jamaïcaines.
Voir la recette →CousineL'autre grand poisson mijoté de Jamaïque : là où le steamed fish poche dans un bouillon clair aux okras, le run down réduit le poisson dans une crème de coco. Deux visages du poisson en sauce jamaïcain.
Voir la recette →CousineLe frère rival des mêmes plages : à Hellshire, le vivaneau du matin part soit à la friture vinaigrée de l'escovitch, soit dans le bouillon doux du steamed fish, présenté comme son alternative légère.
Voir la recette →Le parent des Antilles françaises : en Martinique et en Guadeloupe, le blaff poche lui aussi le poisson entier citronné dans un court-bouillon relevé au piment antillais, cousinage direct de méthode et d'esprit.
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