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Atlas Culinaire · Autriche · Styrie
Velouté de courge Hokkaido tracé d'une spirale de Kürbiskernöl IGP de Styrie, graines toastées croquantes : l'accord parfait selon Pelzmann, producteur historique du pressing.
Dans le sud de la Styrie, entre les collines douces qui ondulent vers la Slovénie, les paysans cultivent depuis le XVIIIe siècle une courge que le reste du monde ignorerait longtemps : le Steirischer Ölkürbis, la courge à huile styrienne. Vers 1870, dans les plaines de Styrie occidentale, une mutation naturelle bouleverse tout : certaines graines perdent leur coque ligneuse. Elles ne sont plus protégées, mais elles deviennent infiniment pressables. Les agriculteurs comprennent vite la valeur de ce don de la nature, et commencent à presser ces graines nues pour en extraire une huile d'une densité et d'une complexité aromatique sans équivalent — sombre comme du velours, parfumée de noisette grillée et de sous-bois, avec ce fond d'herbe coupée propre à la Styrie.
La première trace documentée d'une production d'huile de courge en Styrie remonte à 1735, mais c'est la mutation de 1870 qui transforme une curiosité artisanale en identité régionale. En 1996, l'Union européenne consacre cette singularité : le Steirisches Kürbiskernöl reçoit le label g.g.A. — geschützte geografische Angabe, Indication Géographique Protégée — devenant le premier huile de courge d'Europe à obtenir cette reconnaissance. Plus de 2 000 producteurs répartis sur 8 600 hectares en Styrie, Burgenland et Basse-Autriche peuvent aujourd'hui porter ce label, sous condition stricte : les graines doivent être de la variété Cucurbita pepo var. styriaca, torréfiées doucement à 100-120 °C, puis pressées à froid dans le périmètre IGP. Il faut entre 2,5 et 3 kilogrammes de graines décortiquées pour produire un seul litre d'huile. Cela explique son prix — entre 30 et 50 euros le litre — et l'intensité de chaque goutte.
La Steirische Kürbiscremesuppe, elle, est née de cette abondance. Quand on cultive des courges par milliers pour leurs graines, que faire de toute cette chair orangée ? On la cuit, on la mixe, on la passe. Et pour la servir, on verse un filet de l'or vert de la région sur la surface chaude. Ce geste — le filet d'huile en finition — n'est pas un ornement : c'est la signature qui distingue la soupe styrienne de toute autre soupe de courge au monde. La soupe se sert dans les Buschenschanken, ces auberges-vignerons où l'on vend le vin du domaine et les produits de la ferme, tradition codifiée par l'édit de l'Empereur Joseph II en 1784. Sur les routes du vin de Gamlitz, de Kitzeck et de Leutschach, la soupe de courge avec son filet de Kürbiskernöl est aussi rituelle que le Sauvignon Blanc servi dans le même verre.
Les restaurants étoilés viennois, à commencer par le Steirereck — deux étoiles Michelin, temple de la cuisine autrichienne contemporaine — ont élevé cette soupe paysanne au rang de manifeste régional. La courge utilisée pour le veloutée n'est pas forcément l'Ölkürbis dont on presse les graines, trop fibreuse pour la soupe : on lui préfère l'Hokkaido (peau comestible, chair dense et douce) ou le Butternut. Mais l'huile, elle, vient toujours de Styrie, avec son label vert et or sur l'étiquette.
Le geste final est un art en soi : on verse une cuillère de crème fraîche au centre du bol déjà servi, puis quatre ou cinq gouttes de Kürbiskernöl tout autour, et un cure-dent trace une étoile — ce motif que les Styriens appellent l'œil du tigre. Une soupe qu'on regarde avant de la boire, et qu'on n'oublie pas.
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Laver soigneusement la Hokkaido (la PEAU EST COMESTIBLE — c'est la signature de cette variété). Couper en deux à plat. Vider les graines à la cuillère (réserver pour autre usage). Couper la chair en cubes de 3 cm — peau gardée. Émincer les échalotes, l'oignon, l'ail. Râper le gingembre.
Dans une grande cocotte, faire fondre le beurre à feu moyen. Ajouter oignons + échalotes émincés. Suer 5 min sans coloration jusqu'à translucide. Ajouter ail et gingembre dans la dernière minute, parfumer 1 min.
Ajouter les cubes de Hokkaido (avec peau). Faire revenir 5 min à feu moyen-vif en remuant — la chair commence à colorer légèrement. Saler. Ajouter la pomme de terre coupée si utilisée. Mouiller avec le bouillon chaud — il doit juste recouvrir. Porter à frémissement.
Couvrir, baisser à feu DOUX. Laisser cuire 18 à 20 minutes — la courge doit être complètement fondante (pointe du couteau passe sans résistance). Goûter, ajuster sel.
Hors feu : mixer la soupe au blender immersion ou transvaser dans un blender puissant (Vitamix, Thermomix). Mixer 2-3 min jusqu'à TRÈS LISSE et soyeux — la peau de Hokkaido doit être complètement homogène, pas de morceaux. Ajouter la noix de muscade râpée.
Remettre la soupe sur feu très doux. Verser la crème fraîche en filet en remuant. CHAUFFER SANS BOUILLIR (80°C max). Goûter, ajuster sel + poivre blanc. La soupe doit être onctueuse, légèrement épaisse, brillante.
Dans une petite poêle SANS huile, faire chauffer à feu moyen. Verser les pépins de courge styriens. Remuer 4-5 min — ils dégagent un parfum intense, certains éclatent. Sortir immédiatement sur assiette pour stopper la cuisson. Saler très légèrement.
Verser la soupe chaude dans 6 bols creux. Au centre de chaque bol, déposer 1 cuillère à soupe de crème fraîche en cercle. Tracer un filet de Steirisches Kürbiskernöl g.g.A. tout autour de la crème (1 c.à.s. par bol). Avec un cure-dent, tirer 4-5 traits de l'extérieur vers le centre pour faire un motif 'œil de tigre' ou étoile. Parsemer généreusement les pépins toastés. Décor herbes fraîches.
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