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Atlas Culinaire · Autriche · Styrie
Le pot-au-feu de porc styrien — échine et poitrine pochées dans un bouillon de légumes-racines, servies dans leur jus avec raifort fraîchement râpé et un filet d'huile de pépins de courge IGP
Il existe en Styrie une manière très ancienne de traiter le cochon qui n'a rien à voir avec le rôti : on le plonge entier — ou par morceaux — dans une grande marmite d'eau froide avec des légumes-racines, et on le laisse pocher très lentement, à frémissement à peine perceptible, pendant deux heures ou davantage. Ce geste paysan, né de la nécessité de nourrir une maisonnée avec les morceaux les moins nobles de l'animal, a donné naissance au Steirisches Wurzelfleisch — littéralement, la « viande aux racines » de Styrie.
Le nom dit tout. Wurzel désigne les racines : carottes (Karotten), céleri-rave (Sellerie), panais (Pastinake), racine de persil (Petersilwurzel), poireau (Lauch). Ce sont les légumes du jardin potager alpin, ceux qui résistent à l'hiver, ceux qu'on gardait en cave jusqu'en mars. Le porc, lui, est l'animal domestique universel des fermes styriennes — chaque famille en élevait au moins un, abattu à l'automne lors de la Hausschlachtung (l'abattage à la maison), et le Wurzelfleisch était l'un des premiers plats à sortir de ce rituel annuel.
Ce qui distingue le Wurzelfleisch du simple pot-au-feu, c'est l'exigence sur la qualité du porc. On utilise l'échine (Schweinsschopf) ou la poitrine (Bauchfleisch), des morceaux riches en collagène qui libèrent leur gélatine dans le bouillon au long du pochage. Ce bouillon — doré, parfumé de carvi (Kümmel, Carum carvi), de marjolaine, de laurier et de baies de genièvre — est si précieux qu'il ne se jette pas : on le sert à part, comme une soupe d'entrée, tandis que la viande et les légumes constituent le plat principal. Un repas dans un repas.
La signature styrienne, l'invariant absolu, c'est le Kren — le raifort frais râpé à la minute sur une Krenreibe (râpe à raifort). On ne le râpe pas d'avance : le raifort libère ses composés soufrés piquants (isothiocyanates) au contact de l'air et perd son mordant en quelques minutes. Un chef styrienne comme Werner Goach du Wirtshaus Jagawirt le martèle : « le Kren doit être râpé juste avant de servir. » Le piquant frais du raifort tranche dans le gras soyeux du porc comme une lame propre — c'est ce contraste qui fait le plat.
La Steiermark est aussi le pays de l'huile de pépins de courge (Steirisches Kürbiskernöl), protégée par une IGP depuis 1996 et produite par quelque 3 700 agriculteurs dans une quarantaine de moulins. Son goût de noisette torréfiée, sa couleur vert presque noir, en font un condiment d'une identité absolue. Certaines maisons styriennes en versent quelques gouttes crues sur la viande égouttée juste avant de servir — jamais chauffée, jamais cuite, toujours crue — une touche de luxe paysan qui unit la terre et l'animal dans un seul plat.
Servi avec des pommes de terre nature bouillies ou des Kümmelerdäpfel (pommes de terre au carvi), le Wurzelfleisch est le repas de l'automne styrienne : dense, honnête, réchauffant. Il n'a pas cherché à se moderniser et il n'en avait pas besoin.
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Porter 2,5 l d'eau à ébullition avec le vinaigre de pomme. Pendant ce temps, laver les légumes-racines : en éplucher environ la moitié et tailler tout grossièrement. Ajouter à l'eau l'oignon coupé en deux, une partie des carottes, du céleri-rave, la racine de persil, le navet et le poireau, avec les os de porc si l'on en a.
Rincer l'échine et la poitrine, puis les plonger dans le bouillon frémissant avec le laurier, le poivre concassé, les baies de genièvre et le sel. Maintenir un frémissement doux, jamais une grosse ébullition, en veillant à ce que la viande reste toujours couverte.
Durant les 30 premières minutes, écumer soigneusement la mousse grise qui remonte pour clarifier le bouillon. Laisser ensuite cuire doucement environ 2 heures, jusqu'à ce que la viande soit tendre à cœur et se laisse percer sans résistance.
Éplucher les pommes de terre, les couper en quartiers et les cuire à l'eau salée avec le cumin une vingtaine de minutes, jusqu'à tendreté. Les égoutter et les garder au chaud. Ce sont les Kümmelerdäpfel qui accompagnent traditionnellement le plat.
Tailler en fine julienne les légumes-racines réservés (carotte, céleri-rave, navet). Prélever une louche du bouillon de viande, le filtrer, et y cuire la julienne 8 à 10 minutes pour qu'elle reste nette et légèrement croquante.
Sortir l'échine et la poitrine du bouillon, les laisser reposer une minute, puis les trancher en travers des fibres en tranches généreuses. Filtrer le bouillon de cuisson et rectifier l'assaisonnement en sel.
Disposer les tranches de viande dans des assiettes creuses, répartir la julienne de racines par-dessus, ajouter les pommes de terre au cumin, puis arroser de bouillon chaud filtré pour que le plat baigne dans son jus.
Râper le raifort frais À LA MINUTE directement sur la viande, parsemer de ciboulette ciselée, puis terminer par un filet d'huile de pépins de courge styrienne versée crue. Servir immédiatement, tant que le bouillon est brûlant et le Kren mordant.
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