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Atlas Culinaire · Thaïlande · Asie
Le sukiyaki qui a rompu avec le Japon — sauce rouge fermentée au tofu, œufs au wok, vermicelles de verre, chou chinois : le plat préféré des familles de Bangkok que Leela Punyaratabandhu mangeait enfant dans les restaurants de sa mère
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Préparation sauce — Assembler et goûter la sauce suki — l'âme du plat se décide maintenant — Dans un petit bol, mélanger la sauce chili sweet, la sauce soja légère, le tofu fermenté rouge (tao hu daeng) écrasé à la fourchette jusqu'à dissolution de tout grumeau, le vinaigre blanc, l'ail haché fin et l'huile de sesame. Fouetter 30 secondes pour homogénéiser. La sauce doit être d'un rouge-orangé profond, lisse, avec une odeur à la fois sucrée, piquante et fermentée. Goûter avec une cuillère à café : l'équilibre idéal est sucré-acide-umami en trois temps distincts — si le sucre domine, ajouter quelques gouttes de vinaigre ; si c'est trop acide, une demi-cuillère à café de sucre suffit ; si la sauce paraît plate, c'est généralement que le tao hu daeng manque ou est insuffisant. Réserver ce bol au bord du wok — tout se passe vite ensuite et il n'y a plus le temps de corriger.
Mise en place — Préparer tous les ingrédients — le suki haeng ne pardonne pas l'improvisation — Tremper les vermicelles de verre dans l'eau froide 10 à 15 minutes, égoutter et couper aux ciseaux en tronçons de 8-10 cm. Sécher les crevettes et les tranches de porc sur du papier absorbant — l'humidité résiduelle fera descendre brutalement la température du wok et transformera la saisie en braisage non désiré. Séparer les côtes de chou des feuilles et grouper chaque élément dans un bol distinct : protéines ensemble, légumes durs (côtes de chou, champignons, oignons verts blancs) ensemble, légumes tendres (feuilles de chou, céleri chinois) ensemble, vermicelles seuls, œufs cassés dans un bol. Cette organisation en mise en place stricte est indispensable : la cuisson dure 8 à 10 minutes en tout, chaque élément entre dans le wok à un moment précis, et s'interrompre pour couper un légume pendant la cuisson fait brûler ce qui est déjà dedans.
Chauffe du wok — Chauffer le wok à blanc — la température décide de tout — Poser le wok (acier ou fonte — pas antiadhésif) sur le feu le plus puissant disponible et le chauffer à blanc 2 à 3 minutes, sans rien dedans. Un wok correctement chaud pour le suki haeng doit produire de la fumée fine quand on approche la main à 20 cm au-dessus du fond — c'est à cette température (220-250 °C) que la sauce suki caramélise légèrement au contact du métal et développe sa complexité umami caramélisée caractéristique. Verser les 2 cs d'huile et les laisser fumer 10 secondes — quand une légère fumée blanche monte de l'huile, le wok est prêt. Si votre fourneau est électrique ou à induction et ne monte pas assez en température, préchauffer le wok au four à 250 °C pendant 5 minutes avant de le transférer sur la plaque — la chaleur résiduelle de la fonte vous donnera la saisie recherchée pendant les 2-3 premières minutes.
Saisie des protéines — Saisir le porc et les crevettes — la réaction de Maillard crée les arômes de fond — Déposer d'abord les tranches de porc en une seule couche dans le wok chaud huilé — ne pas remuer pendant 30 secondes pour laisser la face inférieure colorer. Retourner avec la spatule wok (spatule plate, pas de pinces) et colorer l'autre face 20 secondes. Les tranches fines de porc colorent très vite à cette température. Ajouter ensuite les crevettes séchées et les faire sauter 1 à 2 minutes en remuant continuellement jusqu'à ce qu'elles soient rosées sur toute leur surface mais encore légèrement translucides au centre — elles finiront de cuire avec les légumes. Pousser protéines et crevettes sur le bord du wok pour dégager le centre. L'arôme qui monte doit être une caramélisation sèche de viande et crustaces — rien de brûlé, tout d'une odeur grillée-sucrée.
Cuisson légumes — Intégrer les légumes par ordre de dureté — chronologie précise — Dans le centre du wok dégagé, ajouter les côtes de chou chinois et les champignons. Sauter en remuant tout le wok (protéines comprises) 1 minute à feu vif — les côtes doivent commencer à translucir sur les bords. Ajouter ensuite les oignons verts (partie blanche) et mélanger 30 secondes. Incorporer les feuilles de chou, le céleri chinois et les vermicelles de verre égouttés et coupés. Remuer rapidement pour intégrer tous les éléments — les vermicelles vont commencer à s'assouplir et à absorber les sucs du wok. Cette phase dure exactement 1 à 2 minutes : les légumes doivent être al dente (croquants-fondants), jamais ramollis en bouillie, et les vermicelles doivent commencer à devenir translucides. Le repère sensoriel est une odeur de légumes verts légèrement caramélisés sur un fond de sucs de viande — riche et végétal à la fois.
Sauce et tofu — Verser la sauce suki et incorporer le tofu — la caramélisation finale — Pousser brièvement tous les ingrédients sur les bords du wok pour dégager le fond. Verser la sauce suki préparée au centre du wok en un seul geste — elle doit grésiller et fumer au contact du métal brûlant, signe qu'elle caramélise légèrement sur le fond. Mélanger immédiatement et énergiquement tout le contenu du wok pendant 30 secondes pour enrober uniformément chaque vermicelle, chaque crevette et chaque morceau de légume de sauce. Ajouter le tofu soyeux en cubes et mélanger délicatement — le tofu est fragile, utiliser deux mouvements de spatule larges plutôt que de remuer frénétiquement pour éviter de le réduire en purée. Laisser le tofu se réchauffer 30 secondes au contact du wok chaud. La sauce doit napper tous les ingrédients d'une pellicule brillante rouge-orangée — si la sauce semble trop sèche ou collante, ajouter une cs d'eau bouillante.
Finition aux œufs — Les œufs au dernier moment — l'élément signature du suki haeng — Réduire légèrement le feu (feu moyen-vif). Faire un petit puits au centre du wok en poussant les ingrédients sur les bords. Casser les deux œufs directement dans le puits — ou les verser du bol dans lequel ils ont été cassés. Laisser les blancs commencer à coaguler 10 secondes sans toucher, puis mélanger vigoureusement tout le wok en grand mouvement circulaire pour incorporer les œufs avant qu'ils soient complètement cuits. Les œufs doivent s'intégrer sous forme de filaments soyeux mi-cuits qui enrobent la sauce et les vermicelles — ni omelette brouillée en gros morceaux ni œuf cru encore liquide. Cette texture spécifique, à mi-chemin entre l'œuf coulant et l'œuf brouillé, lie la sauce en une émulsion légère brillante. Retirer immédiatement du feu — la chaleur résiduelle du wok continuera la cuisson pendant le dressage.
Dressage — Dresser et servir immédiatement — le suki haeng ne supporte pas l'attente — Transférer sans attendre dans des assiettes creuses chaudes ou dans les bols profonds traditionnels des restaurants de Bangkok. Parsemer de la partie verte des oignons verts ciselés. Servir avec une petite soupière de sauce suki supplémentaire à table — les convives thaïlandais aiment ajuster la sauce à leur goût, ajouter quelques gouttes supplémentaires selon leur préférence pour l'acidité. Poser une moitié de citron vert pressable à côté de chaque assiette. Le suki haeng doit être mangé immédiatement après dressage : en refroidissant, les vermicelles absorbent toute la sauce résiduelle et la texture se dégrade. Dans les restaurants de Bangkok, le wok arrive directement du passe au bout de 8 minutes — c'est volontaire : le plat est conçu pour être mangé brûlant, dans les 5 premières minutes.
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