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Atlas Culinaire · Philippines · Asie
La « soupe noire » des Tausug de Sulu â sa robe d'Ă©bĂšne vient d'une noix de coco torrĂ©fiĂ©e jusqu'au noir puis pilĂ©e, mariĂ©e au bĆuf et aux Ă©pices ; plat de mariage et de Hari Raya souvent dit « nourriture de la royautĂ© » dans le sillage du Sultanat de Sulu
Le Tiyula Itum porte TROIS controverses identitaires et techniques. PLAT DE ROYAUTĂ TAUSUG, PAS CURRY GĂNĂRIQUE : selon la WikipĂ©dia EN (Tiyula itum) et The Curious Morena, le plat est rattachĂ© Ă la cuisine de cĂ©rĂ©monie du peuple Tausug de l'archipel de Sulu et qualifiĂ© de « food for the royalty » dans le sillage de la Maison royale de Sulu â il est servi aux mariages musulmans et aux festivitĂ©s du Hari Raya (les deux Eid), et reste rare dans les restaurants philippins ordinaires. The Curious Morena prĂ©cise l'Ă©tymologie tausug : « tiyula » = soupe/ragoĂ»t, « itum » = noir. Le rĂ©duire Ă un bĆuf bouilli de type nilaga/tinola est une erreur courante du Nord (Luzon/Visayas) : c'est un plat religieusement halal et culturellement codifiĂ©. TECHNIQUE DU COCO BRĂLĂ (PAS SEULEMENT TORRĂFIĂ) : selon Steven Raichlen (barbecuebible.com) et Ang Sarap, la noix de coco rĂąpĂ©e doit ĂȘtre poussĂ©e bien au-delĂ du dorĂ© â jusqu'au NOIR-charbon â puis pilĂ©e au mortier (ou mixĂ©e) en poudre ; c'est ce charbon de coco qui donne la robe d'Ă©bĂšne et la profondeur fumĂ©e-noisette. Le piĂšge : la frontiĂšre entre « noir aromatique » et « brĂ»lĂ© amer » se franchit en quelques secondes, et la version I Am a Filipino (Ponseca & Trinidad) recommande mĂȘme de rĂ©server une part de coco « trĂšs brun-noir mais pas totalement carbonisĂ©e ». PAMAPA ET PARENTĂ MARITIME : la pĂąte d'Ă©pices pilĂ©e (pamapa) â gingembre, curcuma, galanga (lengkuas), citronnelle, ail, Ă©chalote â rattache le plat au monde culinaire de la mer de Sulu, partagĂ© avec les communautĂ©s tausug de Sabah (Malaisie) et du Kalimantan Nord (IndonĂ©sie) selon WikipĂ©dia EN, fruit du commerce maritime ancien plutĂŽt qu'un import rĂ©cent. Acteurs nommĂ©s : Nicole Ponseca & Miguel Trinidad (I Am a Filipino, Artisan 2018), Steven Raichlen (Barbecue Bible), Amy Besa & Romy Dorotan (Memories of Philippine Kitchens 2006).
Repas familial halal Tausug â accord OBLIGATOIREMENT sans alcool (interdiction halal absolue). Traditionnel : eau fraĂźche ou thĂ© noir local infusĂ© au gingembre frais pour les fins de repas. Boissons sucrĂ©es philippines acceptĂ©es : sago't gulaman (tapioca-gĂ©latine au sucre brun) ou jus de calamansi qui Ă©claircit la richesse de la soupe noire. ĂVITER tout vin et toute biĂšre, ainsi que les sodas industriels qui saturent un palais dĂ©jĂ chargĂ© de coco brĂ»lĂ©e, de curcuma et de piment.
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Au mortier en pierre (lusong) ou au robot, piler ensemble le gingembre, le curcuma frais, le galanga, l'ail, les Ă©chalotes et une pincĂ©e de sel jusqu'Ă obtenir une pĂąte aromatique grossiĂšre. Ăcraser Ă part la partie blanche des tiges de citronnelle au plat du couteau pour libĂ©rer ses huiles. C'est le pamapa, base aromatique du plat â il doit embaumer le gingembre, le curcuma et le galanga.
Dans un wok ou une poĂȘle en fonte SANS AUCUNE HUILE, Ă©taler la noix de coco rĂąpĂ©e. Ă feu moyen-doux, remuer CONSTAMMENT Ă la spatule en bois : la coco passe du blanc au crĂšme, au dorĂ©, puis au brun trĂšs foncĂ© tirant sur le noir. Compter 10 Ă 15 minutes. Surveiller la derniĂšre minute comme une torrĂ©faction d'amandes â on bascule du noir aromatique au cendre amer en quelques secondes. Sortir IMMĂDIATEMENT dans un bol froid.
Une fois la coco brûlée refroidie, la piler longuement au mortier ou la mixer au blender jusqu'à obtenir une poudre noire huileuse. C'est le pamapa itum, le charbon de coco qui donnera la robe d'ébÚne et la profondeur fumée de la soupe. Réserver l'essentiel pour la marinade et garder 1 à 2 cuillÚres de cÎté pour rectifier la couleur en fin de cuisson.
Dans un grand bol, frotter Ă©nergiquement les cubes de bĆuf avec le pamapa (pĂąte d'Ă©pices) et la majeure partie de la poudre de coco brĂ»lĂ©e, jusqu'Ă enrober chaque morceau d'un manteau sombre. Saler lĂ©gĂšrement. Laisser mariner 20 Ă 30 minutes Ă tempĂ©rature ambiante pour que la couleur et les arĂŽmes pĂ©nĂštrent la viande. Cette marinade est ce qui distingue un Tiyula Itum profond d'un simple bouillon teintĂ©.
Chauffer l'huile dans une grande cocotte en fonte Ă feu moyen-vif. Saisir les cubes de bĆuf marinĂ©s par lots, sans surcharger, pour les colorer sur toutes les faces â la marinade de coco brĂ»lĂ©e va attacher lĂ©gĂšrement au fond et concentrer le goĂ»t. Ajouter les piments oiseau et les tiges de citronnelle Ă©crasĂ©es, faire revenir 1 minute de plus jusqu'Ă ce que tout embaume.
Verser le bouillon de bĆuf halal (ou l'eau) pour couvrir, en raclant le fond pour dĂ©coller les sucs. Porter Ă frĂ©missement, Ă©cumer, puis couvrir aux trois quarts et laisser mijoter doucement 1 h 30 Ă feu doux, jusqu'Ă ce que le bĆuf soit tendre Ă la fourchette et que la soupe ait pris une couleur noire profonde. ComplĂ©ter d'un peu d'eau chaude si la soupe rĂ©duit trop.
Quand le bĆuf est tendre, goĂ»ter et rectifier le sel. Si la robe n'est pas assez noire, dĂ©layer la poudre de coco brĂ»lĂ©e rĂ©servĂ©e dans une louche de soupe chaude puis la reverser dans la cocotte et mĂ©langer : la couleur s'intensifie aussitĂŽt. Retirer les tiges de citronnelle. Laisser frĂ©mir 5 minutes pour fondre les arĂŽmes.
Servir le Tiyula Itum brĂ»lant dans des bols profonds, accompagnĂ© OBLIGATOIREMENT de riz blanc vapeur (kanin) â jamais de pain. Chaque convive verse une louche de soupe noire sur son riz. Manger de la main droite est traditionnel (Ă©tiquette halal). PrĂ©senter Ă part quelques piments frais pour ceux qui veulent relever.
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