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Atlas Culinaire · El Salvador · Amériques
Le dessert reine de la Semaine Sainte salvadorienne : des tranches de pan de yema Ă©pongĂ©es de lait, enrobĂ©es d'un Ćuf battu montĂ© en neige, frites au dorĂ© puis plongĂ©es dans une miel de panela Ă la cannelle, au girofle et Ă la pimienta gorda â un pain perdu crĂ©ole confit, qu'on laisse boire le sirop des heures avant de servir tiĂšde, accompagnĂ© d'un chilate.
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Coupe le pan de yema en tranches rĂ©guliĂšres d'environ deux centimĂštres et demi d'Ă©paisseur, en veillant Ă ce qu'elles soient toutes de la mĂȘme taille pour cuire et confire uniformĂ©ment. On choisit le pan de yema â ce pain dense et riche en jaunes d'Ćuf â et non le pan francĂ©s, parce que sa mie serrĂ©e absorbe le sirop sans se dĂ©liter, lĂ oĂč une baguette lĂ©gĂšre se dĂ©sagrĂ©gerait dans la miel. Le pain doit ĂȘtre de la veille, lĂ©gĂšrement rassis : un pain trop frais boit trop de lait et s'effondre Ă la friture. Tu sauras que les tranches sont bonnes quand elles tiennent droites sans s'affaisser, fermes sous le doigt. Si ton pain est encore mou, laisse les tranches sĂ©cher une heure Ă l'air. RĂ©serve-les le temps de prĂ©parer le sirop et l'Ćuf battu.
Mets la panela cassĂ©e en morceaux dans une casserole avec l'eau, la cannelle, les clous de girofle, les grains de pimienta gorda et, si tu veux, une laniĂšre de zeste d'orange, puis porte Ă Ă©bullition Ă feu moyen en remuant jusqu'Ă dissolution complĂšte du dulce. On rĂ©duit ensuite Ă frĂ©missement une dizaine de minutes pour que le sirop prenne une teinte ambrĂ©e et libĂšre son parfum d'Ă©pices : c'est la miel de atado, signature salvadorienne, et non un miel d'abeille. Tu sauras qu'elle est prĂȘte quand le sirop nappe la cuillĂšre sans ĂȘtre encore filant et que la cannelle « despide » son arĂŽme, le liquide ayant pris une teinte rosĂ©e-ambrĂ©e. GoĂ»te l'Ă©quilibre Ă©pices : la pimienta gorda doit pointer sans dominer. Ne rĂ©duis pas trop : un sirop trop Ă©pais cristallise et durcit en refroidissant, et les torrejas ne le boiront plus.
SĂ©pare les blancs des jaunes et monte les blancs en neige ferme avec une pincĂ©e de sel â « a punto de turrĂłn », jusqu'Ă ce qu'ils forment des pics qui tiennent au fouet. Incorpore alors les jaunes un Ă un sans casser la mousse, puis la farine en pluie, en mĂ©langeant dĂ©licatement jusqu'Ă un enrobage homogĂšne et gonflĂ©. On monte les blancs en neige plutĂŽt que de battre l'Ćuf Ă plat parce que c'est cette mousse aĂ©rĂ©e qui donne aux torrejas salvadoriennes leur manteau gonflĂ© et dorĂ©, bien plus gĂ©nĂ©reux qu'un simple French toast trempĂ©. Tu sauras que l'enrobage est Ă point quand il forme un ruban Ă©pais qui retombe lentement et nappe le pain sans couler. Si la mousse retombe, c'est que les jaunes ou la farine ont Ă©tĂ© incorporĂ©s trop brutalement â recommence en pliant plus doucement. Travaille vite ensuite : l'Ćuf montĂ© n'attend pas.
Trempe briĂšvement chaque tranche de pain dans le lait â juste un aller-retour, sans la gorger â puis enrobe-la entiĂšrement dans l'Ćuf montĂ© avant de la plonger dans l'huile chaude Ă feu moyen. On humecte Ă peine parce qu'un pain trop trempĂ© s'effondre dans la friture, alors qu'un pain juste humide reste ferme et boit ensuite le sirop. Fais dorer les torrejas des deux cĂŽtĂ©s en les retournant dĂ©licatement, jusqu'Ă une belle couleur dorĂ©e uniforme. Tu sauras qu'elles sont prĂȘtes quand l'enrobage est gonflĂ©, dorĂ© et ferme au toucher, et qu'elles flottent en surface. Ăgoutte-les sur du papier absorbant. Frire Ă tempĂ©rature moyenne et pas brĂ»lante : trop chaude, l'huile brĂ»le l'Ćuf avant que la tranche soit chaude Ă cĆur. Travaille par petites fournĂ©es pour ne pas faire chuter la tempĂ©rature de l'huile.
Plonge les torrejas dorĂ©es dans la casserole de miel de panela tiĂšde et laisse-les confire Ă feu trĂšs doux quelques minutes, ou mieux, laisse-les reposer dans le sirop plusieurs heures â jusqu'Ă six selon Alicia Maher â pour qu'elles s'imprĂšgnent Ă cĆur. On les confit longuement parce que c'est lĂ toute la diffĂ©rence avec un pain perdu pressĂ© : la torreja salvadorienne se gorge de sirop Ă©picĂ© jusqu'au centre et devient fondante. Tu sauras qu'elles sont Ă point quand elles ont foncĂ©, gonflĂ© et qu'une pointe de couteau s'enfonce sans rĂ©sistance. Sers-les tiĂšdes ou Ă tempĂ©rature ambiante, nappĂ©es d'un peu de miel supplĂ©mentaire, avec un bol de chilate qui Ă©quilibre le sucre. C'est le dessert rituel de la Semaine Sainte et de NoĂ«l, Ă prĂ©parer en avance et Ă partager en famille â il est meilleur le lendemain, quand le sirop a tout pĂ©nĂ©trĂ©.
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