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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le riz gluant se transforme en sucre et en alcool dans la même jarre et en même temps — c'est toute la singularité du ferment de Bornéo, et c'est aussi ce qui rend le tuak si difficile à tenir.
L'article « A Study Of Sarawak Ethnic Food "Tuak" As Means Of Communication In Understanding Culture », signé Nik Mohd Shahril Nik Mohd Nor, Aida Khalida Mohamed Idris, Norliana Hashim, Siti Anis Adilah Tarmazi et Siti Dorsiela Binti Dawi dans le GADING Journal for Social Sciences de l'Universiti Teknologi MARA (vol.
23 n° 1, juin 2020), tranche explicitement le point — « it is understandable and accepted for the host if the guest rejects the drinks when entering the longhouse but instead they will pour the Tuak to the ground as a sign of gratitude and ask Petara for more blessings, long life and prosperity.
There is no coercion or an act of insulting even though it is part of the Iban culture.
» Les auteurs précisent que les visiteurs musulmans et les femmes enceintes ne sont pas censés boire, et que le refus se règle par une libation à la terre plutôt que par une obligation.
Le geste est d'ailleurs déjà celui du rite lui-même — le portail patrimonial officiel Pemetaan Budaya du JKKN, fiche 1053 consacrée à l'adat miring des Iban de Sarawak, décrit la personne honorée qui « menuang separuh air tuak ke dalam beberapa buah gelas sebagai pedara dan separuh lagi akan diminum », soit une moitié versée en offrande et une moitié bue.
Deuxième désaccord, sur la date — l'article de l'UiTM écrit que la fête « starts on the 31st May of every year » quand Anna Sulan Masing, dans son enquête pour Good Beer Hunting du 20 juillet 2022, place le Gawai « on June 1-2 » ; les deux ont raison, la veille du 31 mai ouvre la fête et les 1er et 2 juin en sont les jours fériés.
Troisième confusion, et la plus lourde pour un lecteur européen — Evelyn Teo, productrice sarawakienne et fondatrice de Tuak Atelier by WAT (2020), rappelle que le tapai est le riz fermenté qu'on mange à la cuillère, le tuak le vin de riz fermenté à 11-17 % vol., et le langkau un distillat à 40 % vol.
ou plus.
Beaucoup d'articles de voyage appellent « tuak » ce qui est en réalité du langkau, et la boisson des Iban se retrouve accusée d'une force qui n'est pas la sienne.
Le désaccord le plus net est pourtant lexicographique, et il oppose la Malaisie péninsulaire à Bornéo — le Kamus Dewan Edisi Keempat de Dewan Bahasa dan Pustaka, autorité officielle de la langue malaise, définit « tuak », en jawi تواق, comme « sj minuman keras yg dibuat drpd nira (kelapa, enau, dll) », c'est-à-dire une boisson alcoolisée tirée de la SÈVE de palmier, cocotier ou arenga, et le Kamus Pelajar reprend « minuman yg dibuat drpd nira enau, nira kelapa dsb ».
Ni l'une ni l'autre de ces entrées ne mentionne le riz.
Autrement dit, le dictionnaire national décrit un vin de palme quand les maisons longues de Sarawak, la presse de Kuching et la littérature académique malaisienne elle-même désignent unanimement par ce mot un vin de riz gluant — l'usage bornéen a purement et simplement déplacé le sens du terme, et aucune des deux définitions ne se trompe dans son aire.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Sortez les galettes de ragi et examinez-les à la lumière avant tout — elles doivent être d'un blanc crème uniforme, parfaitement sèches, casser net entre les doigts avec un petit claquement, et ne dégager qu'une odeur douce de farine et d'épice. Écartez sans hésiter toute galette molle, grise, tachée de noir ou sentant le renfermé, car elle porte une flore concurrente qui gagnera la jarre. Écrasez ensuite 25 g de galettes au mortier propre et sec jusqu'à obtenir une poudre fine et homogène, sans grumeau, que vous réservez dans un bol couvert. Cette poudre n'est pas une levure de boulanger mais un assemblage de moisissures amylolytiques et de levures pris dans de la farine de riz et des épices, moulé en disques d'environ 2,5 cm sur 0,5 cm d'épaisseur. Si vous ne disposez que de galettes légèrement humides, séchez-les deux heures à l'air libre sur une assiette avant de les écraser, jamais au four, dont la chaleur tuerait la flore.
Le pourquoiLe ragi contient deux familles fonctionnelles distinctes, celle qui hydrolyse l'amidon en glucose et celle qui convertit ensuite ce glucose en éthanol. Réduire la galette en poudre fine multiplie les points d'inoculation sur les grains, ce qui accélère la colonisation et prive les contaminants du temps de s'installer.
Rincez le kilo de riz gluant à l'eau froide dans une grande bassine, en brassant du plat de la main et en changeant l'eau quatre ou cinq fois, jusqu'à ce qu'elle sorte à peine laiteuse plutôt que blanche et opaque. Couvrez ensuite d'eau froide sur cinq bons centimètres et laissez tremper six heures, jusqu'à dix si la pièce est fraîche — les Iban trempaient traditionnellement le riz dans un courant de rivière, précisément pour renouveler l'eau en continu. Le riz est à point quand un grain s'écrase entre le pouce et l'index sans laisser de cœur dur et crayeux au centre. Égouttez ensuite très soigneusement, un quart d'heure à la passoire, en secouant deux fois pour faire tomber l'eau retenue entre les grains. Si votre riz est resté crayeux après six heures, prolongez plutôt que de compenser à la cuisson, car un grain mal hydraté cuira en surface et restera vitreux au cœur, hors de portée des enzymes.
Le pourquoiLe trempage hydrate les granules d'amidon avant la cuisson et permet une gélatinisation complète et homogène à la vapeur ; un amidon incomplètement gélatinisé reste largement inaccessible aux amylases et aux glucoamylases du ragi, ce qui plafonne le rendement en sucre puis en alcool.
Tapissez le panier vapeur d'un linge de coton propre, étalez le riz égoutté en couche de trois centimètres au plus, creusez trois ou quatre cheminées avec le manche d'une cuillère et rabattez le linge par-dessus. Faites cuire à la vapeur vive quarante-cinq minutes en remuant une seule fois à mi-parcours, pour ramener les grains du bord vers le centre. Le riz est à point quand il est devenu translucide et brillant, qu'il colle sans former de purée et qu'un grain écrasé n'a plus aucun cœur blanc. La vapeur, à la fin, sent la châtaigne et le lait chaud, et le linge se décolle proprement du riz. Si un grain reste ferme au centre, arrosez de deux cuillerées à soupe d'eau bouillante, recouvrez et poursuivez dix minutes, plutôt que de noyer l'ensemble.
Le pourquoiLa gélatinisation de l'amidon, autour de 65 à 75 °C en présence d'eau, fait éclater les granules et rend les chaînes d'amylopectine accessibles à l'attaque enzymatique ; la cuisson vapeur y parvient sans diluer le milieu ni lessiver les sucres, contrairement à une cuisson à l'eau.
Renversez immédiatement le riz cuit sur une natte propre ou deux grands plateaux, et étalez-le en couche très mince, deux centimètres au plus, en le décollant à la spatule de bois pour l'aérer. Laissez-le perdre sa chaleur à l'air libre une heure et demie, en le retournant deux fois, sans jamais le passer au froid ni le ventiler violemment, ce qui le dessécherait en croûte. Le riz est prêt quand il est franchement froid au dos de la main, y compris au cœur d'une poignée pressée, et qu'il a perdu son brillant humide pour un aspect mat et souple. C'est l'étape la plus sanctionnée de toute la recette, et celle qu'on bâcle le plus volontiers. Si vous êtes pressé, étalez encore plus mince sur un plateau métallique posé sur un torchon humide, mais ne mettez jamais le riz au réfrigérateur, où il rétrograde et durcit.
Le pourquoiLes moisissures et les levures du ragi sont détruites au-delà de 45 °C environ ; ensemencer un riz tiède revient à stériliser son propre ferment, et la niche laissée vacante est aussitôt prise par des bactéries acétiques et des moisissures d'ambiance, qui elles supportent le choc.
Saupoudrez la moitié de la poudre de ragi sur le riz étalé, mélangez à la main propre et sèche en soulevant la masse plutôt qu'en la pétrissant, puis saupoudrez le reste et recommencez, de façon à ce que chaque grain soit voilé de beige très clair. Transférez le riz ensemencé dans une jarre de grès ou un grand bocal de verre parfaitement propres, rincés à l'eau bouillante et séchés, sans jamais tasser — la masse doit rester aérée, avec des interstices visibles. Creusez au centre un puits d'une dizaine de centimètres avec le manche d'une cuillère, jusqu'au fond du récipient. Couvrez d'un linge de coton maintenu par un élastique, et non d'un couvercle, puis placez la jarre à l'abri de la lumière entre 25 et 30 °C. Si votre cuisine est fraîche, calez la jarre près d'une source de chaleur douce, car en dessous de 22 °C le démarrage traîne et les contaminants prennent l'avantage.
Le pourquoiLa première phase est aérobie pour les moisissures amylolytiques, qui ont besoin d'oxygène pour coloniser les grains et sécréter leurs glucoamylases ; le puits central et l'absence de tassement créent le chemin d'air qui leur permet de gagner le cœur de la masse.
Laissez la jarre couverte de son linge, immobile et à l'abri de la lumière, pendant trois jours pleins, sans jamais remuer ni goûter à la cuillère plongée. Dès la première nuit, un duvet blanc et fin apparaît sur les grains du dessus, puis l'odeur passe de la farine au fruit mûr et à la poire, avec une pointe alcoolique en fin de troisième jour. Au fond du puits central, un liquide ambré clair commence à s'accumuler — c'est l'ai tapai, le premier jus, et c'est le signe que la saccharification est en route. Goûtez-le avec une cuillère ébouillantée et refroidie, il doit être franchement sucré, légèrement acidulé et déjà un peu piquant. Si le duvet blanc vire au vert, au noir ou au rose, ou si l'odeur tourne au vinaigre ou au solvant, jetez la jarre sans discuter et recommencez avec un matériel réébouillanté.
Le pourquoiLe ragi travaille sur deux fronts simultanément et non l'un après l'autre — les moisissures amylolytiques hydrolysent l'amidon en glucose pendant que les levures convertissent déjà ce glucose en éthanol, ce que la littérature décrit comme une liquéfaction et une fermentation alcoolique concomitantes. C'est ce qui distingue radicalement un ferment de type ragi d'un maltage d'orge, où la saccharification précède la fermentation.
Faites bouillir les 2 l d'eau cinq minutes avec les 250 g de sucre de canne, laissez refroidir complètement à couvert, puis versez ce sirop tiède à froid sur le riz fermenté, doucement, le long de la paroi, sans casser la masse. Fermez alors la jarre, soit avec son couvercle de grès lut d'un boudin de pâte, soit avec un couvercle de verre muni d'un barboteur, de façon que le gaz sorte mais que l'air n'entre pas. Dans les heures qui suivent, la surface se couvre d'une mousse de fines bulles et la jarre chuchote — c'est le gaz carbonique de la fermentation qui s'échappe. Laissez travailler quatorze jours au minimum entre 25 et 30 °C ; les brasseuses de maison longue poussent souvent jusqu'à plusieurs mois, et une jarre laissée un an ressort limpide et nettement plus amère. Si vous voulez un tuak plus sec et moins sucré, ajoutez après cette première quinzaine un litre d'eau froide bouillie et laissez repartir deux semaines de plus.
Le pourquoiLa phase noyée bascule le milieu en anaérobiose, ce qui arrête la croissance des moisissures et donne la main aux levures, dont la glycolyse convertit le glucose en éthanol et en gaz carbonique ; le sucre ajouté sert de substrat de relais une fois l'amidon largement épuisé et fixe le degré final, jusqu'au seuil de tolérance alcoolique de la souche.
Soutirez d'abord le liquide clair à la louche ou au tuyau, sans remuer le dépôt du fond, puis pressez doucement le marc de riz à travers un linge de coton propre pour en tirer le reste, sans jamais tordre le linge à fond. Passez l'ensemble une seconde fois au chinois fin doublé d'une étamine, jusqu'à obtenir un liquide ambré ou rosé, translucide, sans particules en suspension. Mettez en bouteilles de verre ébouillantées, remplies à trois centimètres du bord, et placez au froid au moins quarante-huit heures. Le tuak s'y clarifie encore, les dernières levures sédimentent et les arômes de fruit blanc et de riz grillé se posent. Si la boisson continue de pétiller franchement en bouteille, ouvrez-la une fois par jour au-dessus de l'évier plutôt que de la laisser sous pression, ou remettez-la en jarre ouverte quelques jours.
Le pourquoiLa clarification à froid repose sur la floculation et la sédimentation des levures et des débris d'amidon, dont la solubilité et la mobilité chutent avec la température ; presser trop fort le marc réintroduirait au contraire des particules fines et des composés amers issus des cellules éclatées.
Servez le tuak frais mais non glacé, autour de 12 °C, dans de petits verres remplis aux deux tiers, et présentez-le à l'invité dès l'entrée, avant même de l'installer — c'est le sens du geste, pas la soif. Dans le rite miring, la personne honorée verse la moitié du verre en offrande, la pedara, et boit l'autre moitié ; l'usage domestique en a gardé le rythme, un verre d'accueil puis plusieurs tournées au fil de la soirée. Un invité qui ne boit pas d'alcool, pour des raisons religieuses, médicales ou personnelles, peut décliner sans offenser quiconque — le tuak est alors versé au sol en signe de gratitude, ce que la littérature académique malaisienne documente explicitement comme un usage accepté et sans coercition. Accompagnez systématiquement d'une assiette, car le tuak ne se boit pas à jeun et son acidité pousse à manger. Si la boisson paraît trop sucrée à la dégustation, laissez-la simplement vieillir quelques semaines de plus, le sucre résiduel continuera de baisser.
Le pourquoiServi trop froid, un vin de riz voit ses esters fruités et ses arômes de céréale s'effacer, la perception du sucre chute et l'acidité ressort seule ; autour de 12 °C, l'équilibre entre acidité, sucre résiduel et chaleur alcoolique est le plus lisible.
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Sourcer ou se taire
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