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Atlas Culinaire · Indonésie · Asie
Petits paquets triangulaires de hachis de poulet ou de porc parfumĂ©s Ă la base genep â la pĂąte d'Ă©pices balinaises en 14 composants â enveloppĂ©s dans des feuilles de bananier et cuits Ă la vapeur, offrande cĂ©rĂ©monielle incontournable des banten hindous balinais, bouchĂ©es individuelles dont chaque ingrĂ©dient est vĂ©rifiĂ© par la maĂźtresse de cĂ©rĂ©monie
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PrĂ©parer toutes les Ă©pices de la base genep. Peler les Ă©chalotes, l'ail, le galangal, le kencur, le curcuma et le gingembre. Griller la noix de bancoul (kemiri) Ă sec dans une poĂȘle sĂšche sur feu moyen pendant 3-4 minutes en remuant, jusqu'Ă lĂ©gĂšre coloration dorĂ©e â cette torrĂ©faction est indispensable pour activer les huiles aromatiques et rĂ©duire le goĂ»t amer cru. Griller la terasi (pĂąte de crevettes) dans la mĂȘme poĂȘle sĂšche pendant 30 secondes, en l'aplatissant avec une spatule â elle doit fumer lĂ©gĂšrement et perdre son odeur crue pour dĂ©velopper un arĂŽme umami-marin profond. Trancher grossiĂšrement la tige de citronnelle (partie tendre uniquement). Ciseler finement les feuilles de combava (aprĂšs retrait de la nervure centrale). Dans un cobek (mortier en pierre balinais) ou au robot mixeur, broyer dans l'ordre : d'abord les Ă©pices les plus dures (galangal, kencur, curcuma, gingembre, citronnelle, kemiri grillĂ©), puis les plus tendres (Ă©chalotes, ail, cabai, terasi grillĂ©e, gula merah). Ajouter les feuilles de salam et de combava ciselĂ©es. Broyer en une pĂąte homogĂšne â fine mais pas liquide. La couleur de la base genep fraĂźche est jaune-orangĂ©e profonde avec des taches vertes des feuilles de combava et de salam.
SĂ©cher la viande de poulet (ou de porc) avec du papier absorbant. Hacher finement au couteau (mĂ©thode traditionnelle, texture irrĂ©guliĂšre plus agrĂ©able) ou au robot en mode pulse court (ne pas mixer en purĂ©e lisse â la farce doit avoir une lĂ©gĂšre texture). Dans un grand bol, mĂ©langer le hachis de viande avec toute la base genep prĂ©parĂ©e. Ajouter le lait de coco Ă©pais (santan kental) et le sel. Malaxer vigoureusement Ă la main (les ibu balinaises travaillent toujours Ă la main pour sentir la texture) pendant 3-4 minutes jusqu'Ă ce que la pĂąte d'Ă©pices soit uniformĂ©ment distribuĂ©e dans la viande et que la farce soit cohĂ©sive mais pas collante. La couleur doit ĂȘtre jaune-orangĂ©e uniforme (le kunyit teinte toute la farce). GoĂ»ter la farce crue si vous le souhaitez ou faire sauter une petite boulette dans une poĂȘle huilĂ©e 2 minutes pour tester l'assaisonnement â les Ă©pices doivent ĂȘtre bien prĂ©sentes, lĂ©gĂšrement piquantes, avec une chaleur douce qui monte progressivement (galangal, kencur, curcuma, citronnelle en couches). Ajuster le sel si nĂ©cessaire. Couvrir et laisser mariner 30 minutes minimum au rĂ©frigĂ©rateur (ou toute la nuit pour la version cĂ©rĂ©monielle).
DĂ©couper les feuilles de bananier en rectangles d'environ 20 Ă 25 cm â couper dans le sens perpendiculaire Ă la nervure centrale pour avoir des feuilles maniables avec la nervure qui court sur le cĂŽtĂ© plutĂŽt qu'au centre. Ramollir les feuilles de bananier par l'une des deux mĂ©thodes : (A) mĂ©thode Ă la flamme (traditionnelle) : passer chaque feuille rapidement au-dessus d'une flamme de gaz pendant 5 Ă 10 secondes par cĂŽtĂ©, en bougeant constamment â la feuille passe du vert vif au vert foncĂ© lĂ©gĂšrement brillant et devient souple comme du tissu, sans brĂ»ler ; (B) mĂ©thode Ă l'eau (pour les dĂ©butants) : plonger les feuilles dĂ©coupĂ©es dans un grand saladier d'eau bouillante pendant 30 secondes, sortir et Ă©goutter. Dans les deux cas, essuyer les feuilles avec un chiffon propre et huiler lĂ©gĂšrement le cĂŽtĂ© intĂ©rieur (face brillante) avec de l'huile de coco â cela Ă©vite que la farce accroche et facilite le pliage. Des feuilles non ramollies se craquĂšlent et s'ouvrent Ă la vapeur (voir warning).
Poser un rectangle de feuille de bananier sur le plan de travail, face brillante vers le haut. DĂ©poser 1 cuillĂšre Ă soupe gĂ©nĂ©reuse de farce (environ 25-30 g) lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©e vers un coin. Deux mĂ©thodes de pliage selon la rĂ©gion et la cĂ©rĂ©monie. MĂTHODE TRIANGULAIRE (traditionnelle Ubud-Klungkung, pour les banten) : rabattre la feuille en diagonale sur la farce, puis replier les deux cĂŽtĂ©s latĂ©raux vers le dessous pour former un triangle compact. Maintenir la forme et fermer avec un cure-dent en bambou insĂ©rĂ© en oblique Ă 45° (voir tip). MĂTHODE RECTANGULAIRE (Denpasar, pour la restauration et les warungs) : replier la feuille en enveloppe rectangulaire, les deux extrĂ©mitĂ©s repliĂ©es vers le dessous, fermer avec deux cure-dents. Les Tum triangulaires balinais font environ 5-6 cm de cĂŽtĂ© ; les Tum rectangulaires font 6-8 cm de long. Pour les cĂ©rĂ©monies, la taille est standardisĂ©e pour que tous les Tum du plateau (banten) soient identiques â signe de soin et de respect envers les divinitĂ©s et ancĂȘtres invoquĂ©s. RĂ©pĂ©ter l'opĂ©ration pour toutes les 20 portions (la recette donne environ 20 paquets selon la quantitĂ© de farce par paquet).
Remplir un cuiseur vapeur (kukusan â le modĂšle en bambou tressĂ© traditionnel est parfait) d'eau froide et porter Ă Ă©bullition vigoureuse. Huiler lĂ©gĂšrement les clayettes du cuiseur vapeur ou les tapisser de feuilles de bananier supplĂ©mentaires pour Ă©viter que les Tum n'accrochent. Disposer les Tum sans les faire se toucher (une lĂ©gĂšre sĂ©paration permet Ă la vapeur de circuler uniformĂ©ment autour de chaque paquet). Couvrir et cuire Ă la vapeur pendant 25 Ă 30 minutes Ă vapeur vive (le couvercle ne doit pas bouger â vapeur suffisamment puissante pour maintenir la pression). Ă mi-cuisson (15 minutes), vĂ©rifier le niveau d'eau et rajouter de l'eau bouillante si nĂ©cessaire. Les Tum sont cuits quand la feuille de bananier a virĂ© au vert foncĂ© brillant-translucide et qu'une odeur complexe de base genep mĂ©langĂ©e Ă l'arĂŽme vĂ©gĂ©tal de la feuille de bananier s'Ă©chappe du cuiseur. Sortir les Tum et laisser reposer 10-15 minutes Ă tempĂ©rature ambiante avant de servir â ne pas servir brĂ»lants (voir accord).
En context cĂ©rĂ©moniel : disposer les Tum sur un plateau de palme tressĂ©e (capah) tapissĂ© de feuilles de bananier fraĂźches, en pyramide rĂ©guliĂšre, aux cĂŽtĂ©s du lawar (hachis Ă©picĂ©), du sate lilit (brochettes) et des offrandes de fruits. Le Tum est considĂ©rĂ© comme un plat de base de la ngejot (offrande alimentaire) et de la mejangkep (repas de cĂ©rĂ©monie collectif) dans toute la sociĂ©tĂ© balinaise hindoue â son absence serait un affront aux ancĂȘtres et aux divinitĂ©s invoquĂ©s. En contexte quotidien (warung, nasi campur) : dĂ©baller les Tum Ă table â la feuille de bananier s'ouvre comme un emballage cadeau pour rĂ©vĂ©ler la farce dorĂ©e parfumĂ©e, que l'on mange directement Ă la fourchette ou (traditionnellement) avec les doigts de la main droite avec une bouchĂ©e de nasi putih. La farce d'un Tum bien rĂ©ussi est moelleuse, lĂ©gĂšrement humide (le santan a rendu la viande fondante), avec une chaleur progressive qui monte des galangals et du kencur, une fraĂźcheur citronnĂ©e des feuilles de combava et de la citronnelle, une profondeur umami de la terasi, et une teinte jaune-orangĂ©e uniforme du kunyit.
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