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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
L'amasijo du llano qui accompagne le majule â riz moulu, cuajada, panela, cuit Ă la vapeur dans une feuille jusqu'Ă devenir tendre comme un flan
L'Instituto de Turismo de Villavicencio le donne simplement comme « envueltos de maĂz con queso », et l'on trouve sous le nom de « tungos de jojoto » â jojoto Ă©tant le maĂŻs tendre en llanero comme au Venezuela â des envueltos de maĂŻs frais rĂąpĂ©.
Les recueils de gastronomie llanera, eux, décrivent le tungo comme « una masa dulce de ARROZ con queso envuelta en diferentes hojas », enveloppée dans la lengua de vaca, le bijao ou la feuille de plåtano.
Chisaba Pereira et DĂaz HenrĂquez, dans « Llano Adentro â Orinoquia: gastronomĂa nĂłmada » (tome 7 de la Biblioteca bĂĄsica de cocinas tradicionales de Colombia, MinCultura / Universidad de los Andes), tranchent d'une maniĂšre qui Ă©claire tout : ils listent sĂ©parĂ©ment, parmi les amasijos llaneros, les « cachapas » (qui sont bien de maĂŻs) et les « tungos » â et ils placent par ailleurs dans les desserts un « esponjado de tungos rellenos ».
Autrement dit, dans la taxonomie officielle de la région, le tungo n'est pas classé avec les préparations de maïs et il possÚde une descendance sucrée.
La fiche ci-dessous documente donc la version au RIZ, qui est aussi celle qui distingue rĂ©ellement le tungo du bollo de mazorca dĂ©jĂ largement documentĂ© sur la cĂŽte colombienne â deux plats de maĂŻs frais enveloppĂ©s seraient un doublon, pas une entrĂ©e.
Le troisiÚme point de désaccord porte sur la feuille : la lengua de vaca (Sansevieria ou, selon les sources llaneras, une plante amazonienne à grande feuille) donne un parfum différent du bijao.
Aucune institution n'impose l'une des trois, et les cuisiniĂšres prennent ce qui pousse prĂšs de chez elles.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Couvrir le riz cru de son volume d'eau froide et laisser tremper huit heures au frais. Le grain blanchit, gonfle d'environ un tiers, et devient assez tendre pour se casser sous l'ongle sans effort. C'est le mĂȘme principe que pour le pan de arroz : on ne cherche pas Ă cuire le riz mais Ă hydrater ses granules d'amidon pour qu'ils gĂ©latinisent d'un seul coup Ă la vapeur. Rincer une derniĂšre fois et Ă©goutter au moins vingt minutes. La cible est un riz humide, blanc opaque, qui ne rend plus d'eau quand on presse une poignĂ©e. Trop peu trempĂ©, il donnera des grains durs dans un tungo par ailleurs cuit.
Le pourquoiL'hydratation prĂ©alable abaisse la tempĂ©rature de gĂ©latinisation de l'amidon de riz et la rend homogĂšne dans tout le grain â sans elle, la surface gĂ©latinise avant que le cĆur n'ait pris l'eau et le grain reste crayeux.
Passer ensemble le riz Ă©gouttĂ© et la cuajada Ă©miettĂ©e au moulin Ă disques ou au robot, par petites quantitĂ©s, jusqu'Ă obtenir une mouture humide et fine. Comme pour le pan de arroz, ils se moulent ENSEMBLE â les grains de riz servent d'abrasif Ă la cuajada qui, seule, s'Ă©crase en pĂąte et bloque les lames. Repasser une seconde fois si des grains entiers subsistent. La cible est une mouture d'un blanc cassĂ©, sans grain perceptible sous le doigt, qui sent le lait frais. Si le robot chauffe, faire des pauses : au-delĂ de 40 °C la cuajada fond et la mouture tourne Ă la pĂąte collante.
Le pourquoiMoudre le riz encore humide produit des particules irréguliÚres qui retiennent l'eau ; c'est cette rétention qui, à la vapeur, donne une masa fondante plutÎt qu'une pùte sÚche.
Verser la mouture dans un saladier, ajouter la panela rĂąpĂ©e, le sel, la cannelle et le beurre fondu. MĂ©langer, puis ajouter le lait petit Ă petit en fouettant. On doit arriver Ă une masa de la consistance d'une pĂąte Ă crĂȘpes Ă©paisse : elle coule du fouet en ruban large qui s'efface en trois secondes. C'est plus liquide que l'instinct ne le suggĂšre, et c'est capital â la masa va absorber Ă©normĂ©ment Ă la vapeur. Une masa qui tient dĂ©jĂ debout avant cuisson donnera un tungo compact et sec. GoĂ»ter : la panela doit ĂȘtre nette sans ĂȘtre Ă©cĆurante, et le sel doit se sentir en arriĂšre-plan.
Le pourquoiLe sucre entre en compĂ©tition avec l'amidon pour l'eau disponible et retarde la gĂ©latinisation : une masa sucrĂ©e a donc besoin de plus de liquide qu'une masa salĂ©e pour atteindre la mĂȘme texture finale.
Passer chaque feuille trois Ă cinq secondes au-dessus d'une flamme ou d'une plaque trĂšs chaude, face brillante vers le bas. Elle passe du vert mat au vert profond et devient souple. Essuyer au linge humide, puis couper des rectangles d'environ 25 Ă 20 cm. Une feuille crue casse au pliage et laisse fuir la masa liquide, qui est ici bien plus coulante que celle d'un tamal classique â l'assouplissement est donc encore plus critique que pour la hayaca. La cible est une feuille qui se plie en quatre sans marquer de cassure blanche sur l'arĂȘte du pli. Si elle brunit, elle est brĂ»lĂ©e : la mettre de cĂŽtĂ© pour tapisser le fond du panier vapeur.
Le pourquoiLa chaleur brĂšve fait fondre la cuticule cireuse et Ă©vapore l'eau des nervures rigides â la feuille devient un matĂ©riau souple, impermĂ©able et aromatique.
Poser une feuille, verser au centre une grosse louche de masa â environ 120 ml. Rabattre les deux grands cĂŽtĂ©s l'un sur l'autre, puis replier les extrĂ©mitĂ©s par-dessous, en laissant volontairement du jeu : le tungo doit pouvoir gonfler d'un tiers. Ficeler lĂąchement, ou simplement poser les envueltos pliure vers le bas, serrĂ©s les uns contre les autres dans le panier, ce qui suffit Ă les maintenir fermĂ©s. La cible est un paquet plat, souple sous le doigt, qui gargouille lĂ©gĂšrement quand on le secoue. Un tungo ferme et tendu avant cuisson est un tungo qui Ă©clatera.
Le pourquoiLa masa de riz gonfle d'environ un tiers pendant la gĂ©latinisation, en piĂ©geant la vapeur d'eau libĂ©rĂ©e â sans espace, cette expansion se traduit par une rupture de l'enveloppe.
Tapisser le fond du panier ou de la marmite de chutes de feuilles, ranger les tungos Ă plat, sur une ou deux couches, couvrir et cuire Ă la vapeur une heure Ă feu moyen. L'eau doit bouillir franchement sous le panier mais ne jamais toucher les envueltos â le tungo cuit Ă la VAPEUR, pas Ă l'eau, contrairement Ă la hayaca. VĂ©rifier le niveau d'eau Ă mi-cuisson et rallonger Ă l'eau bouillante. Les feuilles brunissent, se tendent, et un parfum sucrĂ© de riz au lait envahit la cuisine. La cible est une masa prise, tremblotante, qui se dĂ©tache proprement de la feuille.
Le pourquoiLa vapeur transmet la chaleur par condensation sans immersion : la masa gĂ©latinise sans se diluer, ce qui est impossible dans une cuisson Ă l'eau oĂč l'enveloppe finirait par laisser passer du liquide.
Sortir les tungos et les laisser reposer vingt minutes Ă plat, fermĂ©s. La masa continue de raffermir en refroidissant et passe de tremblotante Ă franchement coupable Ă la cuillĂšre. C'est un tungo tiĂšde, et non brĂ»lant, qui a la bonne texture â ouvert Ă la sortie du panier, il s'affaisse et colle Ă la feuille. Ils se conservent trois jours au frais dans leur feuille et se rĂ©chauffent dix minutes Ă la vapeur. Refroidis puis rĂ©chauffĂ©s, ils sont mĂȘme plus fermes et plus faciles Ă manger Ă la main, ce qui en fait l'en-cas de route par excellence au Meta.
Le pourquoiEn refroidissant, l'amidon gĂ©latinisĂ© commence Ă rĂ©trograder : les chaĂźnes d'amylose se rĂ©associent et rigidifient le gel â c'est ce qui fait passer la masa de coulante Ă tranchable.
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Sourcer ou se taire
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