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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le cinquième quartier du zébu remis à l'honneur : bonnet et feuillet mijotés quatre heures aux clous de girofle de Madagascar
Le Rakibolana sy Rakipahalalana malagasy définit vorivorinkena avec une précision d'anatomiste : « anarana ilazana ireo kitapo faharoa sy fahatelo amin' ny vavonin' ny biby mandinika toy ny omby », le nom des deuxième et troisième poches de l'estomac des ruminants comme le bœuf, autrement dit le bonnet et le feuillet.
Les recettes publiées, elles, mélangent allègrement « panses et gras doubles » sans distinguer, et la version anglophone de TripeRecipes réduit le tout à un générique tripe.
Point tranché : le mot malgache désigne un abat PRÉCIS, et un plat monté avec du seul rumen n'est pas un vorivorinkena, il est simplement moins fin.
Deuxième différend : la filiation.
Le blog culinaire malgache Le Kanto affirme explicitement que le plat se distingue des tripes à la mode de Caen — mais sa propre recette convoque un bouquet garni de thym et de persil, des carottes et un oignon piqué de clous, c'est-à-dire l'appareil complet de la cuisine bourgeoise française.
Ce qui malgachise réellement le plat, ce sont les clous de girofle de Madagascar et le piment oiseau, et le fait qu'il se mange avec du riz en ville et avec des tubercules à l'eau à la campagne.
Troisième point, le plus sérieux : la cuisson de quatre à cinq heures n'est pas seulement une affaire de tendreté.
L'étude de N.
Ravaonindrina, I.
Razanajatovo et A.
Bastaraud publiée en 2014 dans la Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux a analysé 137 échantillons de viande prélevés sur les marchés et en grande surface d'Antananarivo : moins de 2 % respectaient les critères microbiologiques d'hygiène du règlement européen CE 2073/2005, et 81 % portaient au moins un micro-organisme potentiellement pathogène, dont 48 souches d'Escherichia coli O157:H7 isolées principalement dans la filière bovine.
Sur un abat, qui est par nature la partie la plus exposée de la carcasse, la cuisson longue n'est pas une coquetterie de tradition : c'est la barrière sanitaire du plat, et elle ne se raccourcit pas.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincez les tripes à grande eau froide, puis frottez-les énergiquement au gros sel dans une bassine, morceau par morceau, comme on récurerait un torchon. Rincez, recommencez avec le vinaigre blanc en massant cinq bonnes minutes, rincez encore, puis terminez par un frottage à sec à la farine avant un dernier rinçage. Chacun de ces trois temps agit sur une salissure différente : le sel décroche les mucosités par abrasion, le vinaigre neutralise les composés soufrés de l'odeur, la farine absorbe les dernières impuretés. Sauter l'un des trois laisse une note d'étable qui traverse ensuite les quatre heures de cuisson sans jamais disparaître.
Le pourquoiLes mucosités résiduelles portent l'essentiel des composés soufrés volatils responsables de l'odeur, et seule une action combinée mécanique et acide les élimine.
Placez les tripes dans une grande marmite, couvrez largement d'eau FROIDE et portez doucement à ébullition sans couvrir. Une écume grise abondante monte au fur et à mesure : écumez-la à mesure qu'elle se forme. Laissez frémir dix minutes puis videz entièrement cette eau et rincez les tripes à l'eau chaude. Cette première eau emporte l'écume et l'essentiel des odeurs résiduelles ; le bouillon définitif se construira ensuite sur une base propre, ce qui change radicalement le goût final.
Le pourquoiLa montée lente en température permet aux protéines solubles et aux impuretés de migrer vers l'eau avant que la coagulation de surface ne les enferme dans le tissu.
Égouttez les tripes tièdes et détaillez-les au couteau bien affûté en lanières de un centimètre de large sur cinq à six de long. Le bonnet, alvéolé comme un nid d'abeilles, et le feuillet, en pages superposées, se coupent différemment : suivez la structure plutôt que de trancher au hasard. Une découpe régulière est ce qui permettra à des tissus de fermetés très inégales de finir tendres au même moment. Taillez au même moment la poitrine de porc en cubes de trois centimètres.
Le pourquoiL'homogénéité des sections égalise les temps de diffusion thermique et d'hydrolyse du collagène, très abondant dans les parois stomacales.
Faites chauffer l'huile dans une cocotte à fond épais et jetez-y les oignons émincés. Laissez-les suer à feu moyen dix minutes, en remuant, jusqu'à ce qu'ils soient translucides puis franchement blonds. Ajoutez alors l'ail en lamelles et le gingembre râpé, et poursuivez deux minutes de plus, le temps que les parfums montent. Cette base sucrée est ce qui équilibrera l'abat pendant les heures suivantes : bâclée, elle laisse le plat plat et sans fond.
Le pourquoiLa caramélisation partielle des sucres de l'oignon crée les composés de Maillard qui donneront de la profondeur à un bouillon d'abats naturellement neutre.
Ajoutez les lanières de tripes et les cubes de porc, mélangez pour les enrober et laissez-les prendre couleur cinq minutes. Incorporez les tomates concassées et écrasez-les à la cuillère pour qu'elles rendent leur jus. Versez l'eau chaude jusqu'à couvrir de deux travers de doigt, puis ajoutez les carottes, les clous de girofle, les grains de poivre, les piments entiers et le bouquet. Ne salez surtout pas : la réduction de quatre heures s'en chargera bien assez.
Le pourquoiL'acidité des tomates accélère l'hydrolyse du collagène des parois stomacales, ce qui raccourcit sensiblement la cuisson par rapport à un bouillon neutre.
Couvrez et laissez mijoter quatre heures à feu très doux, en vérifiant toutes les quarante minutes que le liquide couvre encore et en rajoutant un peu d'eau chaude si besoin. Le repère malgache est un frémissement à peine visible, jamais un bouillonnement, qui déchiquetterait les lanières. Cette durée n'est pas négociable et elle a deux raisons : le collagène des parois stomacales ne s'hydrolyse pas plus vite, et l'abat, partie la plus exposée de la carcasse, exige une cuisson à cœur prolongée. En autocuiseur, comptez une heure et demie sous pression, mais la sauce y gagne moins.
Le pourquoiL'hydrolyse du collagène des parois stomacales en gélatine demande plusieurs heures autour de 85 °C, et c'est elle qui donne la texture fondante recherchée.
Retirez le couvercle, ôtez le bouquet, les piments et l'oignon clouté, et laissez réduire à découvert vingt-cinq à trente minutes. Le liquide se resserre, les carottes se défont et lient naturellement la sauce, qui doit napper la cuillère sans être épaisse. C'est maintenant, et seulement maintenant, que l'on sale et que l'on donne un tour de moulin. Goûtez plusieurs fois à quelques minutes d'intervalle : la concentration continue de progresser jusqu'au dernier moment.
Le pourquoiLa gélatine libérée par les tripes confère à la sauce sa viscosité caractéristique, qui n'apparaît qu'une fois l'excès d'eau évaporé.
Servez très chaud, dans des assiettes creuses préchauffées, car ce plat fige vite. L'accompagnement révèle immédiatement d'où l'on vient : riz blanc nature pour les citadins, tubercules cuits à l'eau, manioc ou patate douce, dans les campagnes des Hautes Terres. Le sakay circule à part et chacun se sert. Le vorivorinkena gagne beaucoup à être préparé la veille et réchauffé doucement, comme tous les plats d'abats, la nuit au froid achevant de fondre ce que la cuisson a commencé.
Le pourquoiLe repos permet la redistribution de la gélatine et des composés aromatiques dans l'ensemble de la préparation, ce qui homogénéise le goût.
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Sourcer ou se taire
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