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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
L'aristocrate des viandes hachĂ©es suĂ©doises : une farce mousseline de veau montĂ©e aux jaunes d'Ćuf et Ă la crĂšme glacĂ©e, panĂ©e de mie blanche, poĂȘlĂ©e au beurre clarifiĂ© et servie pĂąle avec purĂ©e, petits pois et airelles crues.
Svenskt Kött, l'interprofession suĂ©doise de la viande, Ă©crit encore que « receptet har fĂ„tt sitt namn efter sin skapare, kokerskan Amalia Wallenberg » ; l'historien de la gastronomie Edward Blom, citĂ© par le site du quartier de l'ancien restaurant Cecil, tranche exactement l'inverse : personne n'a jamais trouvĂ© quoi que ce soit ressemblant Ă un wallenbergare dans le grand livre de Charles Emil Hagdahl â le pĂšre d'Amalia â, et Amalia elle-mĂȘme n'a jamais rien revendiquĂ©, « den teorin har helt enkelt inget stöd ».
Reste la version datée : au milieu des années 1930, à la table 37 du Cecil, Marcus « Dodde » Wallenberg décrit au maßtre d'hÎtel Gustaf Litzén un hachis de veau mangé sur le continent, et le chef Julius Carlsson le recrée dans l'heure, servi avec purée, airelles et petits pois.
La fracture la plus dure est pourtant dans l'assiette : le wallenbergare exige du veau, et Svenskt Kött remplace ce veau par du nötinnanlÄr dans sa propre recette, faute de kalvkött suédois.
La raison est rĂ©glementaire autant qu'Ă©thique : Jordbruksverket impose aux veaux le libre accĂšs au fourrage grossier dĂšs l'Ăąge de deux semaines, ce qui rend impossible en SuĂšde l'engraissement au lait appauvri en fer par lequel les Pays-Bas, le Danemark et l'Allemagne obtiennent la chair trĂšs pĂąle attendue â un rĂ©gime dont Svenskt Kött Ă©crit qu'il crĂ©e une carence et affecte l'Ă©tat des animaux.
Manger un wallenbergare « comme avant », c'est donc presque toujours manger du veau importé ; le nom, lui, n'est protégé par rien, et les versions industrielles au porc ou au poulet circulent librement.
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Demander au boucher une noix de veau parfaitement dĂ©nervĂ©e, puis la passer trois fois Ă la grille la plus fine du hachoir en replaçant viande, grille et couteau au congĂ©lateur entre chaque passage. Trois passages, parce qu'une seule mouture laisse des fibres entiĂšres qui dĂ©chireront l'Ă©mulsion au moment oĂč la crĂšme entrera. La farce doit sortir en ruban lisse, presque nacrĂ©, d'un rose trĂšs pĂąle, et coller lĂ©gĂšrement au doigt sans graisser. La cible est une pĂąte fine et homogĂšne, glacĂ©e au toucher. Si la viande commence Ă blanchir sur les bords de la grille et Ă sortir tiĂšde et pĂąteuse, la graisse a dĂ©jĂ fondu : replacer l'ensemble trente minutes au froid avant de continuer, faute de quoi l'appareil tranchera plus tard.
Le pourquoiUne mouture fine et froide libÚre les protéines myofibrillaires (la myosine) sans faire fondre la graisse : c'est cette myosine, ensuite solubilisée par le sel, qui formera le réseau capable de retenir la crÚme.
Saler la farce d'abord, la travailler une minute au fouet Ă©lectrique ou au robot coupe jusqu'Ă ce qu'elle devienne collante et lĂ©gĂšrement Ă©lastique, incorporer les jaunes un Ă un, puis verser la crĂšme glacĂ©e en filet, en plusieurs fois, sans jamais cesser de fouetter. Le sel avant la crĂšme, parce qu'il faut d'abord extraire la myosine ; la crĂšme ensuite, lentement, exactement comme une mayonnaise. L'appareil pĂąlit, gonfle, passe du rose au blanc cassĂ© et prend sous le fouet un bruit de succion sourd. La cible : une masse souple et brillante qui tient sur la spatule en formant un bec mou, assez lĂąche pour trembler, assez ferme pour se façonner. Si des perles de liquide apparaissent en surface, arrĂȘter net, replacer dix minutes au congĂ©lateur, puis reprendre au fouet sans ajouter une goutte de crĂšme supplĂ©mentaire.
Le pourquoiIl s'agit d'une farce mousseline : la myosine solubilisée par le sel enrobe les globules gras de la crÚme. Au-delà d'environ 12 °C la matiÚre grasse fond, l'enrobage protéique lùche et l'émulsion se rompt de façon irréversible.
Les mains mouillĂ©es Ă l'eau glacĂ©e, façonner quatre galettes de deux centimĂštres d'Ă©paisseur au plus â un cercle Ă pĂątisserie huilĂ© donne un bord parfaitement droit â, puis les retourner dans la chapelure blanche tamisĂ©e sans jamais tasser. Blanche impĂ©rativement : du ströbröd de mie sĂ©chĂ©e, ni chapelure dorĂ©e ni panure toastĂ©e, dont les sucres dĂ©jĂ caramĂ©lisĂ©s coloreraient la surface bien avant que le cĆur soit chaud. La galette panĂ©e doit ĂȘtre mate, uniformĂ©ment poudrĂ©e, sans plaque humide ni amas. Remettre au rĂ©frigĂ©rateur vingt minutes sur une plaque : la panure s'humidifie Ă peine et forme une croĂ»te solidaire. Si l'appareil est trop mou pour se façonner, l'Ă©taler dans le cercle posĂ© directement sur la plaque et paner en place.
Le pourquoiLa mie blanche contient peu de sucres réducteurs déjà caramélisés ; la réaction de Maillard y démarre plus tard et plus doucement, ce qui laisse au centre le temps de monter en température sans que la surface fonce.
Cuire les pommes de terre Ă©pluchĂ©es Ă l'eau salĂ©e une quinzaine de minutes, les Ă©goutter, les passer au presse-purĂ©e, incorporer le beurre puis dĂ©tendre au lait chaud en fouettant le moins possible. Pendant ce temps, mĂ©langer simplement les airelles encore congelĂ©es avec le sucre et remuer de temps en temps : les rĂ„rörda lingon ne cuisent pas, elles dĂ©gĂšlent dans le sucre et gardent ainsi leur aciditĂ© vive. Faire tomber les petits pois deux Ă trois minutes dans un peu d'eau beurrĂ©e. La purĂ©e doit ĂȘtre lisse, nappante, presque coulante, les airelles brillantes et encore un peu craquantes, les pois d'un vert franc. Une purĂ©e trop ferme se rattrape au lait chaud, jamais au lait froid, qui la grumellerait aussitĂŽt.
Le pourquoiL'amidon de la pomme de terre gélatinise à la cuisson ; le triturer libÚre hors des cellules de longues chaßnes d'amylopectine et donne une texture de colle. Le presse-purée sépare les cellules sans les rompre.
Clarifier le beurre â le fondre doucement, Ă©cumer la mousse blanche, verser la graisse claire en laissant le petit-lait au fond â et le chauffer dans une large poĂȘle jusqu'au frĂ©missement, sans fumĂ©e. DĂ©poser les galettes sans les serrer et les laisser environ trois minutes par face Ă feu moyen-doux, en ne les retournant qu'une seule fois. Le beurre clarifiĂ© tient une tempĂ©rature franche lĂ oĂč le beurre entier noircirait, ses protĂ©ines lactiques ayant Ă©tĂ© retirĂ©es. Le son doit rester un grĂ©sillement rĂ©gulier et fin, jamais un crĂ©pitement violent ; la couleur visĂ©e est un blond dorĂ© uniforme, pas un brun de pannbiff. Si la panure fonce trop vite, Ă©carter la poĂȘle du feu trente secondes et baisser d'un cran, plutĂŽt que d'ajouter du beurre froid qui dĂ©tremperait la croĂ»te.
Le pourquoiLe beurre clarifié, débarrassé de son eau et de ses caséines, voit son point de fumée passer d'environ 150 °C à plus de 200 °C : la coloration devient lente, réguliÚre et sans amertume de brûlé.
Glisser la poĂȘle ou une plaque au four prĂ©chauffĂ© entre 150 et 175 °C et laisser monter jusqu'Ă 70 °C au centre, sonde plantĂ©e Ă l'horizontale â comptez de six Ă quinze minutes selon l'Ă©paisseur. Livsmedelsverket est catĂ©gorique sur le hachĂ© : « för att vara genomstekt ska köttfĂ€rs ha nĂ„tt 70 graders temperatur », et la couleur ne prouve rien. Ce seuil ne contredit nullement la pĂąleur recherchĂ©e : un appareil de veau, de crĂšme et de jaunes reste presque blanc Ă 70 °C, et c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui le sĂ©pare d'une pannbiff brune. Le centre doit ĂȘtre moelleux, aĂ©rĂ©, presque soufflĂ©, et le jus qui perle rester incolore. Un cĆur encore froid se rattrape au four, jamais Ă la poĂȘle, oĂč la croĂ»te serait perdue.
Le pourquoiĂ 70 °C les protĂ©ines musculaires ont achevĂ© de coaguler et les bactĂ©ries pathogĂšnes sont inactivĂ©es â enjeu propre au hachĂ©, oĂč la contamination de surface se retrouve dispersĂ©e au cĆur de la masse par le passage au hachoir.
Fondre le beurre restant dans une petite casserole Ă feu moyen, en agitant sans arrĂȘt, jusqu'Ă ce que la mousse retombe et que les particules du fond prennent une teinte noisette, puis stopper immĂ©diatement hors du feu. Dresser la galette sur la purĂ©e, poser les petits pois et une cuillerĂ©e d'airelles crues Ă cĂŽtĂ©, et napper d'un trait de beurre noisette au moment de porter Ă table. Le beurre bascule en une quinzaine de secondes du parfum de noisette Ă l'amertume du brĂ»lĂ© : l'odeur est le seul repĂšre fiable, la couleur arrive toujours trop tard. L'assiette doit sentir la noisette chaude et l'airelle, et la croĂ»te rester audible sous la fourchette. Un beurre parti trop loin ne se rattrape pas â le jeter et recommencer dans une casserole rincĂ©e.
Le pourquoiLe brunissement du beurre est une rĂ©action de Maillard entre les protĂ©ines lactiques rĂ©siduelles et le lactose ; elle s'emballe dĂšs que l'eau du beurre s'est Ă©vaporĂ©e, d'oĂč une bascule brutale.
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Sourcer ou se taire
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