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Atlas Culinaire · Pérou · Amériques
La soupe verte des Andes centrales : un bouillon de papa teintĂ© d'un broyat d'herbes vives, un fromage fondant et un Ćuf pochĂ© pour braver le froid du Mantaro.
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Effeuille et lave soigneusement le paico, le huacatay, la muña, la hierbabuena, le culantro et le persil ; ne garde que les feuilles, les tiges du paico et du huacatay étant fibreuses et amÚres. Le paico se reconnaßt à son odeur pénétrante presque médicinale : c'est lui qui signe la soupe, mais aussi lui qui la gùche si on force la dose. Vise une petite montagne d'herbes bien vertes et sÚches. Si le paico manque, n'essaie pas de le remplacer par plus de menthe : c'est un arÎme unique, mieux vaut une soupe plus douce qu'une soupe déséquilibrée.
Dans une grande marmite, fais chauffer l'huile et blondis l'oignon Ă©mincĂ© avec l'ail hachĂ© Ă feu moyen, jusqu'Ă ce qu'ils deviennent translucides et parfumĂ©s. Ce sofrito discret ancre le goĂ»t du bouillon avant mĂȘme l'eau : sans lui, la soupe reste plate. L'oignon doit fondre, pas colorer fortement â on cherche la douceur, pas le grillĂ©. S'il commence Ă brunir trop vite, baisse le feu et ajoute une cuillĂšre d'eau.
Verse l'eau ou le bouillon, sale légÚrement, puis ajoute les pommes de terre blanches en dés et les deux papas amarillas entiÚres. Glisse quelques brins entiers de muña et de culantro dans le liquide pour l'infuser, et laisse cuire à feu moyen. Les papas amarillas vont commencer à se déliter et épaissir naturellement le bouillon, tandis que les dés blancs restent entiers. Retire les brins infusés avant qu'ils n'amÚrent. Si le bouillon reste trop clair, écrase une papa jaune contre la paroi.
Pendant que les papas cuisent, passe toutes les herbes effeuillées au batån (pierre à moudre andine) ou au mixeur avec un petit verre d'eau FROIDE, jusqu'à obtenir un broyat vert lisse et intense. L'eau froide et un mixage bref évitent que la chaleur des lames n'oxyde la chlorophylle. Tu dois obtenir une purée d'un vert profond, presque fluorescent, qui sent le paico et le huacatay. Réserve-la à couvert : c'est ce liquide qui donnera sa couleur et son ùme à la soupe, ajouté au tout dernier moment.
Baisse le feu pour que le bouillon frĂ©misse Ă peine, puis casse les quatre Ćufs entiers directement dans la marmite, espacĂ©s, sans les remuer, et laisse-les prendre. Ensuite, verse l'Ćuf battu en un mince filet en tournant doucement pour former des rubans dorĂ©s dans le vert. Les blancs des Ćufs pochĂ©s doivent se figer autour d'un jaune encore coulant. Si le bouillon bout trop fort, les Ćufs se dĂ©chirent : garde un frĂ©missement tranquille.
ĂTEINS le feu, puis seulement lĂ verse le broyat d'herbes rĂ©servĂ© et mĂ©lange dĂ©licatement : le bouillon vire instantanĂ©ment Ă un vert vif et embaume le paico et le huacatay. C'est LE moment dĂ©cisif de la recette â la chaleur rĂ©siduelle cuit les herbes sans dĂ©truire leur couleur. Ne rallume jamais sous prĂ©texte de « rĂ©chauffer » : le vert Ă©clatant se perdrait en quelques minutes. GoĂ»te et rectifie le sel.
Ajoute les dĂ©s de fromage frais dans la soupe chaude hors du feu : ils doivent s'attendrir et fondre en partie sans filer ni se figer en boule. Sers aussitĂŽt, trĂšs chaud, un Ćuf pochĂ© entier par bol, avec le rocoto broyĂ© Ă part pour que chacun relĂšve au goĂ»t, et pourquoi pas une poignĂ©e de cancha (maĂŻs grillĂ©) pour le croquant. Dans la sierra, on accompagne d'une « yapa » â le rab gĂ©nĂ©reux qui fait qu'on en redemande.
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