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Atlas Culinaire · Japon · Asie
Cuisse, peau, cou, ventre â chaque morceau du poulet a sa brochette, et chacun son geste.
Le dĂ©bat fondamental du yakitori sĂ©pare deux Ă©coles : sauce tare (sucrĂ©e-salĂ©e laquĂ©e) versus shio (sel pur). L'Ă©cole Shio (Ăcole traditionnelle de Tokyo, dĂ©fendue par les yakitori-ya de Yakitori Imai et Toriki) considĂšre que seul le sel met en valeur la qualitĂ© du poulet jidori (race autochtone) â la tare cacherait le goĂ»t d'un poulet mĂ©diocre. L'Ă©cole Tare (popularisĂ©e par les chaĂźnes et l'omoide yokocho de Shinjuku) maintient que la tare, vieillie depuis des dĂ©cennies dans la mĂȘme casserole comme un kimoto de sakĂ©, fait partie du patrimoine. RĂ©alitĂ© : les bons yakitori-ya offrent les deux et choisissent par morceau â la peau, le foie, le cĆur en tare ; la poitrine et le filet en shio. Le dĂ©bat secondaire : charbon binchotan obligatoire (chĂȘne ubame, sans fumĂ©e, 1000 °C) versus charbon ordinaire â pour les puristes, sans binchotan, c'est du gril, pas du yakitori.
BiĂšre japonaise (Asahi Super Dry, Yebisu), sakĂ© tokubetsu junmai (chambrĂ© 38 °C), shochu d'orge (mugi-jochu) sur glaçons â le sakĂ© chaud et la biĂšre fraĂźche sont les deux compagnons traditionnels.
Le yakitori est l'un des plats nationaux du Japon, omniprĂ©sent dans les yokocho (ruelles de bistrots) aprĂšs le travail. Le quartier d'Omoide Yokocho Ă Shinjuku (« la ruelle des souvenirs ») est l'Ă©picentre nostalgique : 60 yakitori-ya minuscules, comptoirs de 4 places, fumĂ©es et biĂšres depuis 1946. Au Japon, on en mange en accompagnant la biĂšre du salaryman â 20-50 ⏠l'omakase de quartier, jusqu'Ă 200 ⏠chez les Michelin. La technique binchotan + jidori (poulet de race autochtone, Ă©levage prolongĂ©) distingue le top du tout-venant.
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DĂ©sosse les cuisses si nĂ©cessaire, retire le gros gras et la peau (rĂ©servĂ©e pour brochettes kawa). Coupe en cubes rĂ©guliers de 2.5 cm â rĂ©guliers pour cuisson Ă©gale. Coupe le nĂ©gi en tronçons de 2.5 cm. RĂ©serve au frais 20 min â refroidit pour piquer plus facile.
Dans une petite casserole, mĂ©lange soja + mirin + sakĂ© + sucre. Porte Ă Ă©bullition, plonge la carcasse de poulet (ailerons, cou, dos). Laisse rĂ©duire Ă feu doux 25 min â la tare doit napper la cuillĂšre, ressemble Ă un caramel sirupeux. Filtre et garde dans un pot â la tare se bonifie sur des semaines (au frigo ou utilisation quotidienne).
Alterne sur des piques bambou de 15 cm trempĂ©es 30 min en eau : poireau / poulet / poireau / poulet / poireau (5 morceaux par brochette). Compresse lĂ©gĂšrement â pas de jour entre les morceaux. Pour les brochettes peau (kawa) : plie la peau en accordĂ©on serrĂ© sur 5 cm. Pour les tsukune : forme 4 boulettes ovales de 30 g, perce avec deux piques cĂŽte Ă cĂŽte (pour stabilitĂ©).
Chauffer 800 g de charbon binchotan (ou bon charbon de bois dur) jusqu'Ă incandescence rouge-blanche dans un brasero ou barbecue traditionnel. Le binchotan ne fume pas â l'air doit ĂȘtre clair, sans odeur de fumĂ©e. Si tu utilises charbon ordinaire, attends que les flammes disparaissent et qu'il soit gris-rouge. Hauteur grille : 8 cm au-dessus du charbon.
Sale légÚrement les deux faces des brochettes destinées au sel. Pose-les sur la grille à 8 cm du charbon. 60 secondes face 1, retourne, 60 secondes face 2. Pour la peau (kawa) : plus long, 90 sec par face, jusqu'à doré-croustillant. La graisse goutte sur le charbon = nuage parfumé qui parfume en retour.
Pour les brochettes destinĂ©es Ă la tare : cuit-les nature 60 sec par face d'abord. Trempe-les ensuite dans le pot de tare (immersion 1 sec), repose sur la grille. 30 sec, retrempe, 30 sec, retrempe, 30 sec finition. Total 4-5 trempages â la laque s'Ă©paissit en couches, brille comme du verre.
Pose les brochettes sur une planche en bois ou plat traditionnel. Saupoudre les shio de zeste de yuzu et shichimi togarashi. Pour les tsukune : casse un Ćuf de caille frais Ă cĂŽtĂ©, on trempe la brochette dedans avant de mordre â geste signature des yakitori-ya. Sers immĂ©diatement, le yakitori attend pas.
Comme au sushi, l'ordre compte : commence par les morceaux dĂ©licats (poitrine, filet) en shio. Continue par les plus gras (cuisse negima) en shio ou tare. Termine par les abats (foie, cĆur, gĂ©sier) et les tsukune en tare. Une biĂšre entre chaque pour rincer le palais. Ăvite la tare au dĂ©but â son sucre tue la subtilitĂ©.
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