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Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
L'amidon arraché au tronc du palmier moriche, décanté, séché puis cuit en galette sur le feu : l'aliment de base millénaire du peuple warao, et l'un des rares pains du monde qui ne vient pas d'une céréale
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Le yuruma est l'un des rares pains du monde qui ne provient pas d'une cĂ©rĂ©ale mais de l'amidon de rĂ©serve stockĂ© dans le tronc d'un palmier. Le moriche est l'arbre de vie des Warao : il donne l'amidon du tronc, ses fruits, ses fibres pour le tissage, ses larves comestibles et son matĂ©riau de construction. Abattre un palmier pour en tirer l'amidon s'inscrit donc dans un cycle d'usage total, et non dans un gaspillage â c'est un point qu'il faut Ă©noncer avant tout le reste.
Une fois le palmier abattu, on pratique une entaille longitudinale dans l'écorce dure du tronc pour atteindre l'intérieur fibreux et blanchùtre. On déchiquette ensuite cette moelle à l'aide d'un outil appelé **azuela**, une sorte de herminette, jusqu'à obtenir une masse fibreuse humide. C'est le travail le plus physique de toute la préparation et il occupe plusieurs personnes plusieurs heures.
Délayez la masse fibreuse dans une grande quantité d'eau, dans un bac ou une auge, en la brassant et en la pressant énergiquement à pleines mains. L'eau devient laiteuse : c'est l'amidon qui passe en suspension. Continuez jusqu'à ce que la masse fibreuse ne relùche plus de blanc et que l'eau reste claire malgré le brassage.
Filtrez le liquide laiteux Ă travers un tamis ou une vannerie pour retenir les fibres, et laissez reposer une heure : l'amidon blanc tombe au fond et une eau trouble surnage. Jetez cette eau, remettez de l'eau claire, brassez et laissez dĂ©canter Ă nouveau. RĂ©pĂ©tez trois fois : Ă chaque cycle l'amidon devient plus blanc et plus pur. C'est le mĂȘme principe que celui du sebucĂĄn pour la yuca.
RĂ©cupĂ©rez le culot d'amidon, Ă©talez-le en couche mince sur une surface propre et laissez-le sĂ©cher au soleil ou prĂšs du feu jusqu'Ă obtenir une masse friable qui s'effrite entre les doigts. Un amidon encore humide collera au budare et la galette se dĂ©chirera. Ămiettez-le et passez-le au tamis pour Ă©liminer les grumeaux.
MĂ©langez l'amidon avec l'eau tiĂšde par trĂšs petites doses, en travaillant Ă la main, jusqu'Ă obtenir une pĂąte qui se tient tout juste en boule sans coller. L'amidon pur absorbe beaucoup moins d'eau qu'une farine de cĂ©rĂ©ale : dosez Ă l'Ćil et arrĂȘtez-vous dĂšs que la masse s'agglomĂšre. Salez si vous voulez, sachant que la version traditionnelle s'en passe.
Chauffez un budare ou une plaque de fonte Ă feu moyen, sans matiĂšre grasse. Ătalez une portion de pĂąte en galette mince et rĂ©guliĂšre, directement sur la plaque, en tassant Ă la main ou Ă la spatule. Laissez cuire cinq Ă six minutes : les bords se dĂ©collent et la surface devient mate et lĂ©gĂšrement tachetĂ©e. Retournez dĂ©licatement et donnez quatre minutes de plus.
Servez le yuruma chaud, avec du poisson de fleuve grillĂ© ou fumĂ© â c'est l'accompagnement traditionnel documentĂ© et c'est sa fonction : le pan warao est le fĂ©culent qui accompagne le poisson, exactement comme le casabe ailleurs au Venezuela. Il se conserve quelques jours sec et se rĂ©chauffe sur la plaque. C'est un aliment de subsistance devenu marqueur identitaire, et son dĂ©clin accompagne celui du mode de vie warao traditionnel.
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Sourcer ou se taire
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