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Atlas Culinaire · Suisse · Europe
L'étoile à la cannelle moelleuse aux amandes moulues sous son glaçage meringue immaculé — le guetzli de l'Avent canonique des fêtes suisses (et du sud de l'Allemagne)
En 1536, l'empereur Charles V se voit servir des étoiles à la cannelle au douzième service d'un dîner romain donné par le cardinal Lorenzo Campeggio. La scène, documentée par la chercheuse Irene Krauss dans son étude sur la pâtisserie de Noël germanique, est la première mention connue du Zimtstern — « étoile de cannelle » en allemand. À l'époque, le mot « étoile » n'est pas qu'une forme : c'est une promesse de rareté. La cannelle arrive de Ceylan par les routes des épices, pèse son poids en or, et seules les tables des princes et des cardinaux peuvent s'en parfumer librement. Les amandes, elles aussi, comptent parmi les produits de luxe. Un Zimtstern, c'est une démonstration de richesse comestible.
L'origine géographique pointe vers la Souabe, ce vaste territoire du sud-ouest de l'Allemagne qui correspond aujourd'hui au Bade-Wurtemberg. Mais la frontière entre Souabe, Alsace et Suisse alémanique n'a jamais suffi à arrêter un biscuit. Le Zimtstern traverse les siècles et les cols alpins avec la même aisance. En Alsace, il entre dans la famille des bredele — ces petits gâteaux de l'Avent que les familles préparent en commun dès le début décembre. En Suisse, la Bâloise Johanna Von der Mühll l'atteste dans ses carnets : à côté du Basler Leckerli, les Zimtsterne comptaient parmi les Weihnachtsguetzli typiques des foyers bourgeois bâlois [Patrimoine culinaire suisse]. Le biscuit n'appartient à personne en particulier — et appartient à tous ceux qui partagent cet hiver-là.
Ce qui rend le Zimtstern singulier parmi tous les biscuits de Noël, c'est son absence de farine. Pas un gramme. La pâte est constituée uniquement de poudre d'amandes, de sucre glace et de cannelle, liée par des blancs d'œufs. Le résultat est naturellement sans gluten, mais aussi terriblement collant — la règle de l'atelier est d'abaisser sur du sucre glace plutôt que de la farine, sous peine de voir la pâte adhérer irrémédiablement au plan de travail. La texture finale est unique : moelleuse à cœur, avec ce glaçage blanc de meringue qui forme une croûte fragile à la surface — le signe de reconnaissance du biscuit réussi.
En Suisse aujourd'hui, le Zimtstern dispute au Mailänderli le titre de biscuit de Noël le plus vendu — il l'emporte clairement en Suisse alémanique. Chez Migros comme chez Coop, les étoiles industrielles envahissent les rayons dès novembre. Mais les familles qui les font à la maison savent que rien ne ressemble à ce blanc immaculé obtenu avec un glaçage posé à la minute, cette cannelle qui embaume la cuisine pendant deux heures, ces étoiles découpées à l'emporte-pièce dans une pâte qu'on a apprise à ne pas trop travailler. L'histoire commence en Souabe, à la table d'un cardinal. Elle se finit dans chaque cuisine alpine en décembre.
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Monter les blancs d'œufs en neige bien ferme avec la pincée de sel. Incorporer ensuite le sucre glace tamisé en pluie, sans cesser de battre, jusqu'à obtenir une meringue lisse et brillante qui forme des pics.
Prélever environ 50 g (une petite tasse) de cette meringue et la réserver à couvert au frais : c'est elle qui formera le glaçage blanc immaculé des étoiles.
Au reste de la meringue, ajouter les amandes moulues, la cannelle, le sucre vanillé, le kirsch (ou le jus de citron) et le cacao facultatif. Mélanger en une pâte homogène, dense et un peu collante.
Aplatir la pâte entre deux feuilles de papier sulfurisé sur environ 1 cm d'épaisseur et la placer au réfrigérateur au moins 1 heure pour la raffermir.
Abaisser la pâte à environ 1 cm sur un plan saupoudré de sucre glace (jamais de farine). Découper des étoiles à l'emporte-pièce et les déposer sur une plaque garnie de papier sulfurisé.
Badigeonner le dessus de chaque étoile d'une fine couche de meringue réservée, en lissant bien. Le glaçage doit napper la surface sans déborder sur les bords.
Laisser sécher les étoiles glacées à température ambiante plusieurs heures, idéalement une nuit. Cette étape forme une croûte de meringue qui tiendra à la cuisson et gardera le cœur moelleux.
Cuire au four préchauffé, à feu doux et bref pour que le glaçage reste blanc et le cœur moelleux. Compter 20-25 min à 120 °C (école Swissmilk), ou seulement 3-5 min à 240-250 °C (école Betty Bossi / presse suisse), au besoin sous une feuille de papier sulfurisé pour ne pas dorer.
Laisser refroidir les étoiles sur une grille. Conserver dans une boîte hermétique, où elles se gardent 3 à 4 semaines et gagnent même en moelleux.
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