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Atlas Culinaire · Autriche · Vienne
Le rumsteck viennois poĂȘlĂ© rosĂ©, nappĂ© de son jus de dĂ©glaçage et couronnĂ© d'une avalanche d'oignons frits croustillants, avec ses Bratkartoffeln
Avant que Vienne ne soit la capitale d'un empire multicentenaire, elle Ă©tait dĂ©jĂ une ville qui aimait la viande sur le gril. Le Rossbratl â orthographe d'Ă©poque â entre dans les livres de cuisine viennois dĂšs 1800, et l'encyclopĂ©diste Johann Georg KrĂŒnitz dĂ©crit dĂšs 1819 dans son Ăkonomische EncyklopĂ€die oder allgemeines System der Staats-, Stadt-, Haus- und Landwirtschaft le Wiener Rostbraten avec sa technique de cuisson [Wien Geschichte Wiki, Rostbraten]. C'est une Ă©poque oĂč la cuisine bourgeoise viennoise cherche Ă se distinguer : les tables nobles dĂ©coupent des piĂšces entiĂšres au spit, mais le Rostbraten en portion â tranchĂ© dans la Beiried (la noix de rumsteak), saisi Ă la poĂȘle â est l'apanage des repas privĂ©s, des soupers en famille, de la vie civile. Un plat de portion, nota le Wien Geschichte Wiki, Ă©tait une marque de la table bourgeoise par excellence [Kulinarisches Erbe Ăsterreich, Rostbraten].
L'ajout des oignons frits transforme le plat en icĂŽne. J. M. Heitz le baptise en 1902 Rostbraten aux oignons Ă la Viennoise â une Ă©tiquette franco-autrichienne qui dit tout de l'ambivalence culturelle de la Vienne fin-de-siĂšcle, tiraillĂ©e entre ses racines germaniques et son amour de la culture française [Wien Geschichte Wiki]. Les RöstÂzwiebeln â oignons Ă©mincĂ©s, farinĂ©s, frits dans le beurre jusqu'au dorĂ©-croustillant â sont dĂ©posĂ©s en pluie sur la tranche de viande. Ce n'est pas une garniture : c'est la signature. Supprimer les oignons croustillants, c'est supprimer le plat. L'Empereur Franz Joseph lui-mĂȘme apprĂ©ciait le Wiener Rostbraten, comme on nommait alors ce qui allait devenir le Zwiebelrostbraten. Pour un souverain dont la table Ă©tait rĂ©putĂ©e pour sa sobriĂ©tĂ© calculĂ©e â il aimait manger vite, seul, sans cĂ©rĂ©monie â choisir ce plat de Beisl plutĂŽt qu'un mets de cour en dit long sur son ancrage dans le quotidien viennois [timetravel-vienna.at].
Le Beisl, cette taverne de quartier Ă la dĂ©co rustique et Ă la carte inchangĂ©e depuis des dĂ©cennies, reste l'habitat naturel du plat. On y mange le Zwiebelrostbraten debout au zinc ou attablĂ© sur des bancs de bois, avec un verre de GrĂŒner Veltliner et une demi-baguette de pain bis pour saucer le jus. La dispute entre l'Ă©cole Plachutta â viande saisie 2 Ă 3 minutes par cĂŽtĂ©, rosĂ©e Ă cĆur â et l'Ă©cole Altwiener qui mijote la tranche pendant 90 minutes jusqu'Ă fondre dans les oignons caramĂ©lisĂ©s, reste vivante dans chaque cuisine viennoise. Deux rĂ©sultats opposĂ©s, deux restaurants vĂ©nĂ©rables qui revendiquent l'original. L'ordre ne change pas : les RöstÂzwiebeln en pluie, le jus montĂ© au beurre, le pain pour saucer.
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Sortir les tranches de Beiried à température ambiante. Les aplatir légÚrement au maillet et inciser les bords du gras en plusieurs endroits pour éviter qu'elles ne se recroquevillent à la cuisson. Saler et poivrer les deux faces.
Ămincer les oignons en anneaux fins et rĂ©guliers. Les mĂ©langer avec la farine dans un saladier pour bien les enrober, puis les secouer dans une passoire pour Ă©liminer l'excĂ©dent de farine. C'est cet enrobage lĂ©ger qui les rend croustillants.
Chauffer l'huile dans une poĂȘle profonde. Y jeter les anneaux d'oignon farinĂ©s et les frire en remuant constamment Ă la fourchette jusqu'Ă ce qu'ils soient brun dorĂ© clair. Les retirer, les Ă©goutter sur du papier absorbant et les saler aussitĂŽt.
Fariner une seule face de chaque tranche de Beiried. Faire chauffer le beurre clarifiĂ© dans une poĂȘle jusqu'Ă ce qu'il soit bien chaud. Saisir les tranches face farinĂ©e en premier, 2 Ă 3 minutes de chaque cĂŽtĂ© pour une viande rosĂ©e Ă cĆur.
Retirer les tranches de la poĂȘle et les rĂ©server au chaud sous une feuille d'aluminium pendant la prĂ©paration du jus. La viande doit reposer pour que les sucs se rĂ©partissent et qu'elle reste juteuse.
Verser le bouillon de boeuf dans la poĂȘle de cuisson encore chaude pour dĂ©coller tous les sucs caramĂ©lisĂ©s. Laisser rĂ©duire lĂ©gĂšrement Ă feu vif pour concentrer le goĂ»t. On obtient un jus court, pas une sauce Ă©paisse.
Hors du feu ou à feu trÚs doux, incorporer les parcelles de beurre froid en remuant pour lier et lustrer légÚrement le jus. Ajouter éventuellement une cuillÚre de moutarde. Rectifier sel et poivre. Le jus reste fluide et brillant.
Dresser chaque tranche de Beiried, la napper de son jus chaud et la couronner généreusement d'oignons frits croustillants. Servir aussitÎt avec des Bratkartoffeln (pommes de terre sautées) et, à part, une moutarde et des cornichons.
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