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Atlas Culinaire · Croatie · Europe
Le potage Ă©pais des dimanches zagrĂ©bois â abattis de volaille, carotte, racine de persil, cĂ©leri et petits pois, avec des noklice de semoule qui remontent Ă la surface
Le portail gastronomique municipal Delicious Zagreb en fait l'ouverture canonique du déjeuner dominical des familles bourgeoises zagréboises du XXe siÚcle, un bouillon de poule aux quenelles de foie « hérité des voisins autrichiens ».
Mais la définition se dispute encore sur deux points.
Le premier oppose deux Ă©coles de garniture : les noklice de semoule, simples Ćufs-semoule-huile, contre les jetrene knedle, les quenelles de foie de volaille Ă l'ail â et la version du bouillon aux abattis (estomac, cĆur, foie) que dĂ©fend la presse istrienne n'est pas celle, plus policĂ©e, du blanc de poulet des recettes urbaines contemporaines.
Le second point est technique et tranchĂ© par les grands-mĂšres : « la volaille doit rester BLANCHE », c'est-Ă -dire ne jamais colorer Ă la poĂȘle, et les lĂ©gumes s'ajoutent dans l'ordre STRICT de leur duretĂ© â carotte, puis racine de persil et cĂ©leri, puis seulement les petits pois et la courgette.
Contrairement à la plupart des soupes continentales croates, l'ajngemahtec ne se lie PAS à la zaprƥka : l'épaisseur vient des légumes et de la semoule, pas d'un roux.
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Rincer et éponger les morceaux de volaille, parer les abattis en retirant les membranes du gésier et les canaux du foie si l'on fait des quenelles de foie. Peler et tailler les carottes en rondelles épaisses, la racine de persil et le céleri en dés réguliers, émincer l'oignon trÚs fin. Séparer les légumes par famille dans trois récipients : ils n'entreront pas ensemble dans la casserole, mais dans l'ordre strict de leur dureté.
Le pourquoiLe tri préalable par dureté conditionne toute la réussite du plat : chaque légume a un temps de cuisson propre et le mélange en une seule fournée donne des carottes crues et des pois en purée.
Chauffer l'huile ou le saindoux dans une grande casserole et y faire fondre l'oignon émincé à feu doux, cinq minutes, jusqu'à translucidité sans coloration. Ajouter la volaille et les abattis, et les raidir à feu modéré en les retournant : la chair doit blanchir et se raffermir SANS jamais brunir. C'est la rÚgle cardinale du plat, celle qui donne un bouillon clair et doux au lieu d'un fond brun.
Le pourquoiLa réaction de Maillard, recherchée dans un bouillon brun, est ici proscrite : elle apporterait des composés torréfiés qui masqueraient la douceur lactée du bouillon de volaille blanche.
Ajouter les carottes, faire revenir cinq minutes avec la volaille, puis incorporer la racine de persil et le cĂ©leri et poursuivre cinq minutes encore. Mouiller ensuite d'un litre et demi d'eau froide, Ă hauteur des ingrĂ©dients seulement. Porter doucement au frĂ©missement, Ă©cumer soigneusement la mousse grise qui remonte â mais SANS retirer le gras, qui porte tout le goĂ»t du plat.
Le pourquoiLe passage des lĂ©gumes racines dans le gras avant mouillage libĂšre leurs arĂŽmes liposolubles, que l'eau seule n'extrairait pas â c'est ce qui donne Ă l'ajngemahtec sa profondeur malgrĂ© des ingrĂ©dients modestes.
Laisser cuire Ă couvert et Ă tout petit frĂ©missement une trentaine de minutes, jusqu'Ă ce que la volaille se dĂ©tache facilement des os et que les lĂ©gumes racines soient tendres sans se dĂ©faire. Saler et poivrer Ă mi-parcours seulement, quand le volume de liquide s'est stabilisĂ©. Le bouillon doit rester lĂ©gĂšrement trouble et gras â c'est un potage rustique, pas un consommĂ© de gala.
Le pourquoiAu-dessus de l'ébullition, les protéines de la volaille se contractent et rejettent leur eau, ce qui donne une chair sÚche et filandreuse et un bouillon durablement trouble.
Pour les noklice, battre les Ćufs avec l'huile et une bonne pincĂ©e de sel, puis incorporer la semoule jusqu'Ă une pĂąte Ă©paisse et homogĂšne. Laisser reposer une dizaine de minutes, le temps que la semoule s'hydrate. Pour la version aux jetrene knedle, hacher trĂšs finement le foie dĂ©nervĂ© et l'ajouter avec l'ail pilĂ© Ă la mĂȘme base Ćufs-semoule-huile. La pĂąte doit tenir sur la cuillĂšre sans couler.
Le pourquoiLe repos permet Ă la semoule d'absorber l'eau des Ćufs et de gonfler ; façonnĂ©e aussitĂŽt, elle continuerait de gonfler dans le bouillon et ferait Ă©clater les quenelles.
Ajouter les petits pois et le chou-fleur ou la courgette au bouillon frémissant. Tremper une cuillÚre à café dans le bouillon chaud, prélever une noix de pùte et la faire glisser dans la soupe ; répéter en retrempant la cuillÚre à chaque fois. Les quenelles descendent, gonflent puis remontent à la surface : les laisser alors cuire encore deux à trois minutes avant de couper le feu.
Le pourquoiLes quenelles remontent quand leur densitĂ© chute sous celle du bouillon, c'est-Ă -dire quand la semoule a gonflĂ© et que l'Ćuf a coagulĂ© â le flottement est donc un indicateur de cuisson, pas un hasard.
Rectifier l'assaisonnement, retirer les gros os si l'on en a mis, puis servir brĂ»lant en assiettes creuses en rĂ©partissant Ă©quitablement viande, lĂ©gumes et quenelles. Semer trĂšs gĂ©nĂ©reusement le persil plat fraĂźchement hachĂ© Ă la surface de chaque assiette â jamais dans la casserole, oĂč il perdrait sa couleur et son parfum. Ă Zagreb, l'ajngemahtec ouvre le dĂ©jeuner dominical, avant le plat de viande.
Le pourquoiLes huiles essentielles du persil sont volatiles et se dĂ©gradent au-dessus de 60 °C â hachĂ©es Ă cru sur l'assiette, elles restent intactes et parfument la premiĂšre cuillerĂ©e.
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Sourcer ou se taire
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